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CINE : TWO LOVERS, LE DIAMANT DE JAMES GRAY

CINE : TWO LOVERS, LE DIAMANT DE JAMES GRAY

Tout sur TWO LOVERS - La Critique - Photos - Le 2008-12-04 08:01:56


De sa première scène (déchirante) à sa dernière (cruelle), cette romance noire de James Gray bouleverse au plus profond. Interprétation divine, mise en scène d'une classe inouïe. C'est l'un des plus beaux films que vous verrez cette année au cinéma.

Romain Le Vern 10
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Le profil d'un homme qui sort de l'ombre, un corbeau qui s'envole au loin, une démarche de plus en plus raide, des pas lourds et menaçants, une musique de fin du monde d'une pulsation ample et sourde comme le tic-tac anxiogène d'un coeur inquiet. Puis, un saut dans la mer. Pendant qu'un homme coule, des images remontent à la surface. On pense à la conclusion tragique du Démon, d'Hubert Selby Jr. On pense surtout à la beauté des plans, à l'émotion brute qui en émane, à la tristesse d'un personnage qui se manque. Il suffit de voir ces cinq premières minutes, bouleversantes, de Two Lovers pour comprendre que quelque chose de puissant va s'animer à l'écran pendant près de deux heures, va nouer notre coeur pour l'astreindre. Et c'est le cas : on en sort totalement bouleversés. Ce nouveau long-métrage de James Gray n'est pourtant qu'une romance, mais une romance dépressive, foudroyante, où passe une poignante mélancolie de l'amour. Elle est transcendée par un cinéaste en plein renouvellement qui a tourné ce nouveau long métrage un an seulement après La nuit nous appartient. Lui qui est réputé pour faire du cinéma comme un peintre, qui sait être exigeant et prendre son temps pour monter des projets qui ne ressembleront qu'à lui et à ses obsessions (trois longs métrages en quinze ans). Avec Two Lovers, il fréquente (en apparence, du moins) un registre inédit pour lui, développe un argument de drame romantique gnangnan pour midinettes en manque. Il en tire un grand film somptueux, si discret, si intime, si juste, qui éveille en nous des sentiments intimes ou endormis qui n'attendaient que ça.

TWO LOVERS
Un film de James Gray
Avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw, Isabella Rossellini, Elias Koteas
Durée : 1h50
Date de sortie : 19 Novembre 2008



two lovers  - photo 4 - cliquez pour la HD
two lovers

L'intrigue de Two Lovers tient sur un confetti. Les mains dans les poches, la démarche gauche, le corps lourd, le regard mélancolique, Leonard (Joaquin Phoenix, exceptionnel) a le coeur fendu en deux femmes : une voisine, Michelle (Gwyneth Paltrow) tour à tour spectrale et charnelle, frontale et effacée, comme tiraillée entre le coeur et la marge du récit, qui pourrait bien soigner ses blessures secrètes; et une fille de bonne famille juive new-yorkaise, Sandra (Vinessa Shaw, subtile) qu'on lui impose. La raison et le désir luttent dans le secret et répondent à un autre conflit : la famille et l'indépendance. Prisonnier d'une ville grouillante et d'un entourage oppressant qui a décidé sa vie à sa place, Leonard vit encore chez ses parents, dans un appartement exigu qui suinte la naphtaline et ne laisse de place qu'aux gestes fonctionnels. Carrément pas aux postures mélodramatiques. Et pourtant... A bien y regarder, Two Lovers n'est pas tellement un film d'amour - comme on pourrait le penser au prime abord -, encore moins un film sur le renoncement amoureux, mais quelque chose de plus cruel encore : un capharnaüm sur l'illusion d'être aimé. L'indice, c'est la maladie du protagoniste bipolaire, désamorçant ainsi tout ce qui pourrait paraître trop naïf sur le papier.



two lovers  - photo 1 - cliquez pour la HD
two lovers

En fait, chaque personnage, mal dans sa peau, mal dans sa tête, désire (ou croit désirer) un autre qui ne l'aime pas en retour et projette, surtout, une image idéalisée sur celui/ou celle qui pourra les sauver d'un carcan. Comme un cliché que l'on aimerait fantasmer à travers une photo (apparat qui sert à Leonard pour draguer sa voisine d'en face). Dans un New York sublimement photographié - ce serait, paraît-il, son dernier long métrage dans la Big Apple -, James Gray capte la beauté là où on ne la voit pas (le sourire éclatant de Sandra/Vinessa Shaw dans la dernière scène, rachetant en une seconde ce qui passait pour un élément ingrat et perturbateur ; le regard illuminé et les pleurs de Leonard/Joaquin Phoenix). Met en musique des scènes pour créer soit un décalage (la scène du restaurant où Michelle présente son homme à Leonard, qu'elle ne considère alors que comme son meilleur ami); soit une émotion furtive, avec la discrétion qui s'impose. Utilise des ralentis pour enregistrer des sentiments infinitésimaux et travaille ses plans comme des tableaux animés par des regards, des désirs, des élans. La plastique du film ne se départit jamais d'une hypersensiblité du regard à la texture des objets, aux lieux et aux surfaces, arpentés par la caméra.

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