

MANIAC de william lustig
Le nanar est un film modeste sinon modique, réalisé avec «trois bouts de ficelles» et qui prône un goût immodéré, mais qui n'est que plus affectueux, pour la démesure, qu'elle soit gore ou bien lyrique. Le nanar, par son terme néologique à la sonorité redondante, implique un certain élan cordial envers l'oeuvre. Un film peut être mauvais mais susciter un plaisir, souvent d'ordre potache mais qui peut varier d'émotions (entre l'humour noir et le pathétique grossier). S'il faut préciser cette nuance entre navet et nanar c'est pour ne pas éveiller chez le lecteur sensible à l'oeuvre dont il est question de trop vives réactions nourries d'un vain enthousiasme. Le film n'est pas un navet mais relève sans aucun doute du nanar ainsi qu'il vient d'être défini.
Cela éclairci, nous pouvons alors en venir à Maniac (1980) de William Lustig. Film culte auprès des amoureux du cinéma d'horreur, cette collaboration entre Lustig et Joe Spinell, son acteur fétiche, donne lieu à un film d'une tendre prévisibilité. D'après une idée de Spinell, acteur principal du film incarnant le serial-killer schizophrénique, et réalisé par William Lustig, neveu de Jack LaMotta (celui-là même du Raging Bull de Scorsese), Maniac suit un schème narratif semblable à celui d'un film pornographique, autrement dit répondant à un souci d'efficacité immédiat. Le modèle de l'intrigue est très simple et se résume à cette succession : dialogue concis pour instaurer un cadre narratif + pulsion scopique assouvie par des scènes de meurtres. Comme les films pornos, aussi pauvres que les affects qu'ils sollicitent, Maniac n'entend qu'assouvir les instincts les plus directs du spectateur. Par là, il ne faut pas comprendre que le film de Lustig est un film miséreux dans son contenu, cela n'affecte que son modèle narratif. Si le scénario avait été davantage travaillé, avait opté pour une approche singulière de la fiction, il n'aurait pas sa place dans les nanars et peut-être n'aurait-il pas connu un tel succès auprès des amoureux du cinéma d'horreur, alors réjouissons-nous de sa maigre inventivité.

MANIAC de william lustig
Comparer le film de Lustig à la production pornographique n'a rien d'insultant. Le seul parallèle entre les deux réside dans leur même simplicité basique du récit au profit de l'extase instinctuelle. Mais Maniac ne s'apprécie pas moins, cette évidence narrative permet même de pénétrer au mieux l'oeuvre. Sans arrière-plan intellectuel, hormis une psychologie freudienne à l'emporte-pièce, l'intrigue de ce serial-killer traumatisé par une mère castratrice cultive un goût du gore que Tom Savini réussit à rendre réaliste. Cette vraisemblance écoeurante d'un cuire chevelu qui se décolle après avoir été délicatement incisé donne des frissons pour peu que l'on croit en la scène et que l'on n'y échappe pas en la tournant en dérision. Pourtant la mine si solennelle, et à la fois tellement ridicule, du serial killer (Joe Spinell), l'indélicatesse flagrante avec laquelle Jay Chattaway accompagne de sa musique les instants de tension, chacun des détails si essentiels dans la confection juste de l'horreur se pare de gros sabots. Rustre et fruste, à l'image de son protagoniste, Maniac n'est pas subtil. Les gourmands du cinéma d'horreur n'en demandent pas tant.
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