

TRANSSIBERIAN de brad anderson
Après un petit film indépendant US aux accents de Woody Allen, Brad Anderson semble avoir trouvé une nouvelle voie artistique dans un genre qu'il feignait d'ignorer : le fantastique. Et il s'y épanouit puisque jusqu'à présent il a fait un parcours sans faute que ce soit avec Session 9 (des ouvriers chargés de nettoyer une bâtisse désinfectée qui renferme peut-être des secrets maléfiques) ou The Machinist (un homme joué par Christian Bale, écrasé par la culpabilité, essaye de comprendre le pourquoi de son mal-être entre amante intrigante, collègue hargneux et double inquiétant). Les bases sont prometteuses d'autant que s'ajoutent une histoire intrigante (deux couples se rencontrent dans le Transsiberien qui les emmène de Pékin à Moscou et deviennent victimes d'une sombre machination) et un casting ad hoc. Pourtant, on ressort de Transsiberian avec un sentiment d'insatisfaction, même s'il ne contient aucune ornière majeure.

TRANSSIBERIAN de brad anderson
L'excellente qualité de l'interprétation y est pour beaucoup : le trouble réside également dans le fait qu'ils proviennent tous de pays différents et ce n'est pas tous les jours que l'on peut voir Etienne Chicot taper la discute avec Woody Harrelson et Emily Mortimer. A ce propos, ce que produit Emily Mortimer est passionnant parce que cette actrice relayée au second rôle trouve la possibilité de se mettre en valeur en interprétant un personnage plus complexe que les autres, jouant autant en profondeur qu'en surface, croisant l'innocence et la perversité dans un regard équivoque. Le problème vient d'une atmosphère paradoxalement envoûtante mais qui a légèrement tendance à s'exprimer au détriment d'une intrigue qui fonctionne sur des pistes déjà vues. Le récit avance tranquillement sur des sentiers balisés mais il demeure suffisamment bien joué et filmé pour que l'on ait envie d'en suivre les méandres sans pour autant ressentir l'émotion ni la même sensibilité qui parcouraient The Machinist. Le trouble recherché n'est qu'intermittent : on peut préférer la première partie qui détermine les relations entre des personnages - qui se séduisent pour mieux se bouffer - à la seconde (marquée par l'arrivée de Ben Kingsley en flic clicheton) qui résume toutes ses possibilités à une intrigue policière aussi sanglante que convenue.
Romain Le Vern
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