
WOODY ALLEN ET SES MUSES
Tout sur VICKY CRISTINA BARCELONA - La Critique - Photos - Le 2008-10-07 03:11:16DIANE KEATON
Le grand Woody, malgré son extrême modestie, se reconnaît tout de même le talent d'écrire de bons dialogues percutants et drôles (comme d'autres savent dessiner, ou jouer de la musique). Il commence donc par écrire des comédies où il s'emploie à faire rire le plus fort possible. Il a débuté en tant que comédien de stand-up, se destinant d'abord au théâtre, mais devant les résultats que donnent ses scripts adaptés au cinéma par d'autres, qui l'ont mortifié, il se décide à les mettre en scène lui-même. Ce grand saut, il le fait avec Diane Keaton pour l'accompagner. Il l'avait déjà engagée pour jouer dans l'une de ses pièces de théâtre « Play it again Sam ») adaptée au cinéma sous le titre de Tombe les filles et tais-toi en 1972 (réalisé par Herbert Ross). Elle représente pour lui la période où il passe d'écrivain (au sens anglosaxon du terme, beaucoup plus large que le nôtre, puisque ça englobe également les scénaristes) à cinéaste à part entière.

guerre et amour
Avec Diane Keaton, il évolue également d'une autre manière, stlylistiquement. Dans Woody et les robots en 1973, on sent l'amour du cinéaste pour le cinéma muet et l'humour de Chaplin et Buster Keaton. Dans Guerre et Amour, il se livre à une satire hilarante des romans russes du XIXème siècle. Il est alors un merveilleux garnement qui a le sens du rythme et de la formule, imposant son héros fétiche aussi poltron que libidineux auprès d'une Diane Keaton dont les personnages n'ont alors pas beaucoup de profondeur.
Cela change avec Annie Hall en 1977, où Woody Allen crée pour elle une figure emblématique de son cinéma, indissociablement liée à la comédienne. De son propre aveu, lui ne change pas, mais c'est elle qui évolue. Il choisit aussi de ne pas chercher automatiquement la drôlerie et l'avalanche de gags, mais d'enrichir son approche d'une réflexion plus grave: celle d'un couple qui s'aime mais dont l'histoire finit mal. On sent la grande influence de Bergman sur le cinéaste. Diane Keaton est au début peu sûre d'elle, nerveuse, timide. Le sentiment qui naît entre elle et lui est incongru (comme dans la vraie vie) puisqu'ils sont très éloignés l'un de l'autre. On sent la complicité, l'intimité s'épanouir entre eux (qui transcende le film car elle fut sa compagne dans la vie). Il lui conseille des films et des livres (sur la mort principalement, ainsi que Bergman et Le Chagrin et la pitié), ils partagent un monde. Ils s'installent ensemble. Ils se lassent. Il est éclipsé par sa carrière de chanteuse qui s'annonce pleine de succès alors qu'il était celui qui la dominait intellectuellement. Le rapport de force s'inverse. Diane Keaton est une figure de l'indépendance féminine qu'il ne peut pas assumer, même quand elle critique ses passe-temps favoris (comme la masturbation). A son contact, lui qui était charmant et légèrement névrosé (15 ans de psychanalyse tout de même), devient pathétique (et c'est dans l'abattement qu'il est le plus émouvant et le plus drôle). En rendant cet hommage à Diane Keaton, piochant dans des détails de leurs vie commune pour écrire son film, il fait un pas de géant, impose le ton qui est le sien, aussi irrésistiblement drôle que totalement pessimiste et désenchanté, se consacrant à la complexité des relations humaines.

manhattan
L'identité de Woody Allen s'affirme et c'est ainsi qu'on l'aime. Diane Keaton incarne l'équilibre stylistique qu'il a su trouver. Il fait d'elle une intellectuelle névrosée dans Manhattan en 1979, une insupportable snob qui compense son instabilité affective chronique en affichant des jugements définitifs qui la rendent d'abord antipathique (lorsqu'elle condamne pêle-mêle Van Gogh, Beckett et Bergman -l'inconsciente!- entre autres génies). Elle s'impose comme une icône allénienne, à l'image du New York sublime et en Noir et Blanc sur fond de Gershwin... impossible de ne pas songer à elle, à cette image là, si un jour vos pas vous portent vers le pont de Brooklyn. Elle est celle qui accompagne Woody dans ses années de formation et de consécration. Elle donne corps à ses références également dans le très bergmanien Interiors où elle est une poétesse qui prend conscience de la vanité de son art, de l'incroyable inutilité d'avoir une postérité.
En tant qu'actrice, elle a toujours ce côté élégant, distingué, un peu cérébral et névrotique qu'Allen a projeté sur elle (jusque dans Tout peut arriver de Nancy Meyers). Ensemble, ils font partie de l'histoire du cinéma américain, comme ces grands couples que formèrent Anna Karina et Jean-Luc Godard ou John Cassavetes et Gena Rowlands. Ils incarnent à eux deux la quintessence d'un style, une belle alchimie que l'on avait tant de plaisir à retrouver dans Meurtres mystérieux à Manhattan en 1993.
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CINE : VICKY CRISTINA BARCELONADeux jeunes Américaines débarquent à Barcelone le temps d’un été. Mais autant la... | ||
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