
Kevin Dutot 9
STELLA
Un film de Sylvie Verheyde
Avec Karole Rocher, Benjamin Biolay, Léora Barbara, Guillaume Depardieu, Jeannick Gravelines
Durée : 1h40
Date de sortie : 12 Novembre 2008

STELLA de sylvie verheyde
1977. Stella entre en sixième, dans un grand lycée parisien. Stella entre dans le monde...Un nouveau monde, à l'opposé de celui qu'elle connaît. Presque un miracle. Elle, elle vit dans un café, un café d'ouvrier, à la frontière de Paris. Cette rentrée va changer sa vie.
Stella est un petit morceau de nous tous, ce moment dans notre vie où tout bascule sans qu'on ait rien demandé, cet instant où on emmerde tout le monde sous le seul prétexte qu'il nous emmerde... tout ce monde. Et puis on grandit. Sylvie Verheyde, réalisatrice des intriguants Un frère et Princesses, retrace ici son entrée dans la cour des grands à travers le récit d'une petite gamine dont elle ne peut s'éloigner. Que ce soit sur le papier ou avec sa caméra. Stella, c'est elle. Pas besoin de chercher bien loin, le personnage sent l'authenticité à plein nez, le vrai jusque dans la sape vintage et les posters de Delon sur les murs. Alors forcément, dès les premières secondes, on est transporté nous aussi sur cette ligne 6, départ quai de la gare direction le 16ème arrondissement. Gros plan sur le visage de Stella, sur lequel l'appréhension du premier jour de cours est à peine visible. Mais Stella ne montre pas ses émotions, ou si peu, elle les vit de manière si profonde que l'oeil humain ne peut les déceler. Il faut une clé, plusieurs même, et tout au long du film la réalisatrice va constituer un véritable trousseau nous permettant de mieux connaître Stella, de l'entendre, l'apercevoir, la comprendre et surtout l'aimer. Comme une petite soeur à protéger. C'est toute la force du film, de constituer un personnage enfantin plus complexe que n'importe quel adulte et de la serrer fort contre la caméra pour mieux appréhender le trouble qui se cache derrière un flegme mensonger. Sa violence peut déborder à n'importe quel instant et témoigne de l'étonnant et délicat imbroglio qui constitue la personnalité de Stella...

STELLA de sylvie verheyde
Ainsi le film ne pourrait être ce qu'il est sans l'incroyable prestation de la jeune Léora Barbara, distante et bouleversante, qui offre au rôle de Stella une grande consistance malgré la retenue de son jeu et l'absence totale de malice dont l'enfant au cinéma est trop souvent affublé. Ici sa maturité se ressent instantanément. Les courbettes, la flatterie et l'inclination, Stella ne connaît pas. Stella ne connaît pas non plus Balzac, Cocteau et galère en anglais. Elle maîtrise les rêgles de la belotte, les paroles des chansons de Gérard Lenorman et le dosage du Ricard. Bref, Stella est hors norme. A 11 ans, elle a une vie déglinguée de couche-tard mais n'en veut pas à ses parents. Nous non plus. Elle joue aux cartes avec Alain-Bernard et semble être aussi (plus) évoluée que les habitués du bar de ses parents, qui font des batailles d'eau et se battent pour une poule. Impossible de lui en vouloir quand elle traite une camarade de « grosse pute » en cours d'EPS, on se dit qu'elle a bien dû le chercher puis peu à peu on comprend que sa répartie, son bon mot et son esprit de synthèse (même si elle ne sait pas ce que cela signifie) évoquent un esprit d'une grande sincérité, d'une belle ouverture et surtout d'une profonde intelligence.

















































