Audrey Hepburn est tout simplement la quintessence de l'élégance au cinéma, une présence unique qui imposait un nouveau canon de beauté. A l'heure où le très beau
Voyage à deux de
Stanley Donen ressort en DVD (dans un coffret qui célèbre les dix ans de Carlotta et contient également
L'Aurore,
Cria Cuervos,
Assurance sur la Mort (2 DVD),
Salo ou les 120 jours de Sodome,
Tous les autres s'appellent Ali,
Tout ce que le ciel permet (2 DVD),
Voyage à Tokyo,
La Source thermale d'Akitsu,
Le Temps des Gitans (2 DVD)), on a envie de se souvenir d'elle, de sa présence magique et de sa filmographie exceptionnelle. A l'époque où le glamour était incarné par exemple par Marilyn Monroe, on vit apparaître cette jeune femme fluette, fragile à la silhouette longiligne, au visage fin et mince, aux yeux immenses, qui attendriraient le dernier des coeurs glacés (comme Humphrey Bogart dans
Sabrina). Hepburn c'est un charme distingué, mutin, une héroïne spirituelle à la grâce lumineuse, une actrice mythique et emblématique. Elle laisse également l'image d'une femme de coeur, toute entière engagée auprès de l'UNICEF dans ses dernières années.

VOYAGE A DEUX de stanley donen
Elle est née à Bruxelles le 4 mai 1929. Il est à noter que sa mère et son père sont d'ascendance aristocratique (sa mère était une baronne néerlandaise et son père, de la même lignée que l'un des époux de Marie Stuart). Elle connaît une enfance troublée, d'abord touchée à un très jeune âge par la coqueluche qui faillit l'emporter. Elle séjourne alors à travers toute l'Europe (de l'Angleterre à la France), cela lui permettra d'ailleurs de parler couramment plusieurs langues (l'anglais, le français, l'espagnol, l'italien...) ce qui lui permettra de gagner un caractère assez cosmopolite dans certains films. Son existence est bouleversée par la seconde guerre mondiale. Son père, sympathisant nazi quitte le foyer et elle souffre terriblement de malnutrition pendant la guerre. Elle est profondément marquée par cette période (sa mère s'est réfugiée en Hollande), on lui prête quelques faits de résistance (elle a porté des messages, participé à des ballets pour financer les réseaux clandestins). Cependant, les privations fragilisent sa santé. La famine la pousse à abandonner les cours de danse classique, vocation à laquelle elle se destinait d'abord. La jeune Audrey sort de la guerre maigre et vulnérable, avec cette silhouette qui, paradoxalement, fera sa fortune au cinéma.
Au début des années 50, elle décroche des petits rôles et elle est devenue mannequin en Angleterre. Elle se fait remarquer grâce à son physique atypique et attendrissant. Elle s'impose enfin à Broadway dans une adaptation du Gigi de Colette (elle a d'ailleurs été choisie par l'écrivain elle-même). William Wyler lui offre en 1953 le rôle qui lancera véritablement sa carrière de comédienne: celui de la jeune princesse de
Vacances romaines qui vit une folle escapade auprès d'un journaliste endetté et enjôleur (Gregory Peck) qui croit tenir son scoop. Il veut la piéger mais il ne résistera pas bien longtemps au charme et à l'innocence de l'héroïne. Cela se passe dans une Rome de carte postale. Même si certaines situations sont un peu poussées et ont un charme désuet, Audrey y est tout simplement irrésistible. Une star est née, charismatique et magnifique. Le succès est au rendez-vous.

sabrina
Son projet suivant est une comédie romantique classique et brillante signée Billy Wilder,
Sabrina. Audrey incarne la fille d'un chauffeur, amoureuse depuis toujours du fils de la riche famille pour laquelle son père travaille. Mais cet incorrigible séducteur -William Holden totalement irresponsable- vit en l'ignorant totalement. Désespérée et transie d'amour, elle part faire des études de cuisine à Paris. Lorsqu'elle revient, superbe et sophistiquée, son amour de jeunesse est fiancé et se prépare à un mariage potentiellement avantageux pour les affaires familiales. Mais il remarque la jeune fille et s'en éprend follement. Son frère, businessman froid et avisé (Humphrey Bogart, à la fois glaçant et émouvant), fera tout pour lui faire barrage mais se laissera attendrir par la belle Sabrina (mais on se demande bien qui ne fondrait pas devant elle). On est devant un fleuron du genre, merveilleusement rythmé et bien écrit, bourré de poncifs également (l'innocence et la pureté de la jeune fille, l'homme indifférent qui se laisse enivrer par l'amour, et Paris, ville romantique par excellence...). Mais diable, que tout cela est bien mené et comme elle est jolie...
Elle revient ensuite à Broadway aux côtés de Mel Ferrer, dans une production d'
Ondine de Jean Giraudoux. Elle remporte l'Oscar et le Tony award la même année (1954) et gagne sa gloire. Dès lors elle en subit la pression et protégera toujours farouchement sa vie privée. Ce nouveau statut lui permet de décrocher le rôle de Natacha dans la superproduction
Guerre et paix, adaptation du roman monumental de Tolstoï.