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PAUL ANDERSON ET LES JEUX VIDEOS

PAUL ANDERSON ET LES JEUX VIDEOS

Tout sur COURSE A LA MORT - La Critique - Photos - Le 2008-10-13 02:35:18


Paul W.S. Anderson est sans conteste l'un des réalisateurs les plus critiqués sur la toile. Bon, cette lapidation systématique n'atteint pas non plus un degré aussi élevé que celle qui court contre Brett Ratner (à juste titre, et toc !) mais, tout de même, l'annonce de chacun de ses projets s'accompagne toujours malgré tout d'une sorte de ronchonnement ambiant qui ne prête pas à l'optimisme. Il faut dire aussi, avouons-le, que quelques-uns de ses longs-métrages parmi les plus attendus n'atteignaient pas la qualité que nous espérions, le fun que leur postulat de départ promettait se voyant gâché en cours de route. La faute à lui, aux producteurs ou au technicien qui a renversé du café sur la console de montage, là n'est pas là question. Car s'il est vrai que ses travaux en laissent certains souvent sur leur faim, il est tout aussi vrai que ces films restent malgré tout les oeuvres sincères d'un passionné de cinéma et de culture geek, presque des oeuvres auteurisantes (rappelons que le réalisateur anglais a presque toujours signé les scénarios de ses films). Paul W.S. Anderson, c'est ainsi un peu de cela, un grand gamin qui s'amuse avec les jouets qui le font rêver et qui y croit dur comme fer, bercé dans la bulle de ses passions et n'ayant alors pas forcément la force de s'imposer auprès des décideurs comme il le devrait. Ce qui pourrait expliquer d'autant plus les volées de bois vert qu'il reçoit à chaque nouvelle sortie d'un long-métrage, le fait que les fans se sentent comme trahis par l'un des leurs. Et d'autant plus les gamers, les fanas de jeux vidéos, puisque Paul W.S. Anderson confesse ouvertement en faire parti et que, qu'on le veuille ou non, cela est indubitable au regard de sa filmographie. Il y ainsi bien sûr les adaptations directes qu'il a dirigé mais pas seulement, car comme il le dit : "Oliver Stone a le Viet Nam, j'ai la Playstation". Petit retour sur une carrière marquée sous le signe du joypad.



resident evil  - photo 16
resident evil

Tout commence ainsi dès 1994, quand le jeune Paul réalise avec les moyens du bord son premier film, Shopping. Le récit dans un futur incertain de la lutte entre deux bandes rivales de voyous, dont le jeu préféré est de voler des voitures pour se lancer dans de dangereuses courses avant de finir en faisant le plus de dégâts possible. Un film dans lequel nous retrouvions une belle brochette d'acteurs alors inconnus, dont Sean Pertwee et Jason Isaacs qui allaient devenir des collaborateurs réguliers d'Anderson. De Sean Bean à Jonathan Pryce, en passant par Sadie Frost et même Jude Law, qui trouvait ici son premier grand rôle à la barbe d'une autre star en devenir, Ewan McGregor. Et, déjà, l'influence des jeux vidéos pouvait se sentir sur toute la longueur de ce métrage, ne serait-ce que dans le simple choix de situer l'action dans un univers de science-fiction, même très proche du nôtre (obligé au regard de la maigreur du budget). Une volonté scénaristique qui tend alors à dé-réaliser ce qui était quand même, à l'origine, un fait divers qui se déroulait régulièrement dans la ville de Newcastle où a grandi le réalisateur. Nous aurions donc pu avoir un film se contentant d'un cadre contemporain mais non, Paul W.S. Anderson choisit volontairement d'établir avec son récit une distanciation, similaire d'une certaine façon à celle que l'on connaît face à un jeu. Mais plus encore, c'est surtout le pur plaisir jouisseur de rouler à fond les ballons en ville, en détruisant tout ce qui rencontre votre route, qui établit la filiation. Les personnages du film ne font ni plus, ni moins que de transposer leurs jeux vidéos dans la réalité, et il se trouve qu'ils préfèrent Need for Speed - Hot poursuit 2 à Chase H.Q., tout comme Anderson qui profite de cette première oeuvre pour se faire plaisir et se défouler. Plutôt violent et gratuit, Shopping se voit ainsi interdit de projection dans certains coins du Royaume-Unis et ne connaît une carrière américaine que directement à la vidéo. Ce qui n'empêchera pas pour autant les responsables de New Line Cinema de remarquer l'évident goût d'Anderson pour les mondes vidéoludiques, et de lui proposer alors son premier film américain.



mortal kombat  - photo 1
mortal kombat

Avec Mortal Kombat en 1995, Paul W.S. Anderson se retrouve pour la première fois aux commandes d'une adaptation directe. Celle d'un jeu de combat qu'il connaît bien pour s'y être pas mal usé les pouces, réputé pour ses personnages "réalistes" et sa violence et qui, bien évidemment, ne s'embarrassait aucunement d'avoir un scénario un tant soit peu consistant (en tout cas, les joueurs ne s'en sont jamais souciés). C'est que les jeux de l'époque n'étaient pas réputés pour leur sophistication à ce niveau-ci, ou alors il fallait chercher du côté des RPG difficilement adaptables, et Anderson de tenter alors de donner un peu de corps à l'entreprise, en calant sur la structure inévitable du tournoi ("Mortal Kombat" est en fait le nom d'un tournoi opposant les champions du Bien et du Mal pour déterminer le sort de notre univers) des intrigues et motivations pour ses personnages. Histoire d'étoffer un peu la chose. Las, ces tentatives de bonne volonté ne sont en rien aidées par un casting relativement moyen, exception faite de notre génial Christophe Lambert en hilarant Rayden, et nous laissent finalement nous concentrer sur les combats. Ce qui n'est pas plus mal tant ces derniers se montrent sympas, très bonnes prolongations du jeu vidéo de Midway dans la batterie d'effets spéciaux qui y sont consacrés. Scorpion et son "Come here !", l'impressionnant Goro magnifiquement animé, les grosses mandales qui envoient voltiger à cinq mètres,... le tout sur une musique technoïde restée gravée dans les mémoires. Paul W.S. Anderson avoue qu'il voulait avec ce film faire une sorte de croisement entre Operation Dragon et Jason et les argonautes, et s'est ainsi investi énormément dans la conception des SFX, travaillant auprès des artistes en infographie. Une première pour lui et une opportunité qu'il ne voulait pas gâcher, que ce soit au niveau de la pure réussite visuelle ou bien du respect à l'oeuvre originale. Mission réussie, le film n'étant pas un chef d'oeuvre (loin de là) mais se suivant malgré tout sympathiquement, comme un petit plaisir coupable et crétin. Usant au mieux de ses vingt millions de dollars de budget, il rencontre même un très beau succès dans les salles du monde entier, asseyant Anderson à Hollywood comme un spécialiste des jeux vidéos et de leur adaptation (il donnera d'ailleurs une conférence à ce sujet en 2006 au Hollywood & Games Summit).

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