
PHILOSOPHY OF A KNIFE, LE CHOC DE SITGES
Tout sur PHILOSOPHY OF A KNIFE - Photos - Le 2008-11-10 05:41:51
PHILOSOPHY OF A KNIFE de
A la sortie de la projection de Philosophy of a knife, vers les cinq heures du matin dans les rues désertes de Sitges, on aurait dit une chape de plomb, comme si les spectateurs qui avaient eu le courage de rester jusqu'au bout venaient de vivre un traumatisme sans savoir quoi en penser. Une réaction logique vu que ce film traitant du «camp 731» (boucherie clandestinement organisée par l'armée d'occupation japonaise dès le début de la seconde guerre sino-japonaise entre 1937 et 1945) est aussi équivoque que dérangeant. Réalisateur controversé, Andrey Iskanov, qui depuis ce film est victime de menaces constantes (le KGB l'aurait selon certaines rumeurs passé à la question), s'est intéressé à la manière dont la seconde guerre mondiale a contribué à élargir ces expérimentations chimiques et bactériologiques sur des prisonniers aux nationalités différentes (chinois mais aussi coréens et russes). Pour des raisons personnelles, il a choisi d'adopter un point de vue caucasien sur les événements et de les retranscrire avec une brutalité aveugle. La majorité des scènes de torture se déroule au moment où le gouvernement japonais demande à un médecin militaire (Ishii Shiro, nommément cité) de prendre le contrôle des opérations et de mettre au point le plus rapidement possible une arme biologique de destruction massive. C'est un sujet tabou qui a déjà servi de matière à un autre film tout aussi éprouvant mais très discutable dans son traitement : Camp 731 (Men behind the sun), de Mou Tun Fei (1987).

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La différence, c'est que Philosophy of a Knife dure quatre heures et n'organise pas de festin Rabelaisien pour les rats en balançant un pauvre chat dans la meute. De toute évidence, il ne pouvait se contenter de ne proposer qu'une succession de tortures aussi réalistes soient-elles, au risque d'épuiser le spectateur le plus déviant. Pourtant, les quatre heures de Philosophy of a knife (deux parties de deux heures chacune) passent avec efficacité en proposant un mélange d'images d'archives, de fiction et de documentaire et en prenant lesdites images pour ce qu'elles sont, en les privant de hiérarchie. En jouant une certaine surenchère, Iskanov s'épargne ainsi toute mise en perspective. Le réalisateur utilise des tels dispositifs de mise en scène et de narration qu'il organise comme convenu une expérience sensorielle des plus éprouvante. Toutes les questions qu'il pose sont avant tout cinématographiques : est-il possible de traiter d'un sujet délicat et aussi peu consensuel ? Qu'est-ce qu'il faut montrer pour représenter la barbarie ? Comment revendiquer une légitimité ? Historiquement, certains exégètes ont trouvé le moyen de s'insurger. Visuellement, Iskanov assure un certain talent pour donner à voir l'insoutenable de front et à faire ressentir ce que les victimes, présentées comme des cobayes attendant leur tour dans une cellule insalubre, éprouvent à travers une utilisation consommée du montage et un travail remarquable sur le son (le design sonore suggère aussi bien la peur au ventre, la souffrance ou la menace). Mais on le savait déjà pour avoir découvert son travail sur Nails et Visions of Suffering, ses deux opus précédents, qui affichaient les mêmes qualités esthétiques.

































