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La séquence commence par un plan fixe sur Gang-du, le personnage central, qui vient servir un plateau à l'un de ses clients. Dans le cadre, il est le seul à regarder dans cette direction et l'utilisation du hors-champ fonctionne parfaitement grâce à un léger travelling avant qui implique un mouvement s'effectuant vers le personnage. C'est la caméra qui s'approche pour signifier le monstre qui accourt. Le plan qui suit, filmé d'abord par dessus l'épaule du personnage est en opposition avec le plan précédent puisqu'il pratique un travelling arrière et définit immédiatement la soudaineté et le danger de la créature approchant. Pas de temps pour se poser des questions sur sa nature, le monstre semble aussitôt redoutable. Alors que ce dernier grimpe sur les hauteurs du fleuve Han, où se déroule l'action, Gang-du reste en position inférieure, filmé en contre-plongée et donc en proie aux exactions de la créature. Nous avons ici affaire à un rapport de force direct qui va néanmoins être contre-balancé par la montée du personnage de Gang-du qui décide de rejoindre la bestiole sur son territoire et de se placer donc à son niveau. Sa montée des marches un peu maladroite témoigne de son intention de se battre plutôt que de rester en position de victime. Si ce n'est pas évident à première vue, on sait néanmoins que le père a décidé de rejoindre sa fille, coûte-que-coûte !

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Le film, qui s'ouvre donc sur cette séquence spectaculaire, crée un conflit immédiat entre le genre du film et le réalisme de ce lieu paisible et familial qu'est le bord du fleuve Han : l'apparition soudaine d'une créature inconnue transforme cet espace en grand champ de bataille. Ainsi, pour mieux appuyer son jeu de contrastes, Bong Joon-Ho brise sa séquence d'action en plan large pour se concentrer sur une main, en très gros plan. Une jeune femme, vraisembablement, retire la crasse coincée sous ses ongles à l'aide d'une épingle à cheveux. Un plan étonnant et assez symbolique accompagné d'un morceau d'opéra suivi d'un plan plus large où l'on voit l'ensemble de la jeune femme, écouteurs sur les oreilles, trop occupée pour voir la panique autour d'elle et les gens courant au loin. La mise au point l'isole, le décor est flou. Puis, à l'instant où elle se retourne, elle se fait littéralement happer par la créature... Un plan d'une violence suprenante et visuellement ébouriffant qui amène alors l'action qui suit où la jeune femme se fait traîner au sol. La bande-sonore originale du film reprend et l'on quitte cette intrusion momentanée d'un morceau d'opéra pour ré-investir une scène d'action. Le cinéaste multiplie les plans courts et accélère son montage. De la même manière, les couleurs se mélangent et s'affolent, c'est une véritable agression visuelle pour le spectateur. En poussant à outrance ces contrastes, l'action devient presque flamboyante...

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