
Jean-Baptiste Guegan 7
MENSONGES D'ETAT
Un film de Ridley Scott
Avec Leonardo DiCaprio, Russell Crowe, Carice Van Houten, Ali Suliman, Michael Gaston, Clara Khoury, Mehdi Nebbou
Durée : 2h08
Date de sortie : 05 Novembre 2008

MENSONGES D'ETAT de ridley scott
Bien plus qu'uniquement présente sur son dernier métrage, cette vision semble s'adapter à merveille à l'ensemble de l'oeuvre du réalisateur culte. La carrière cinématographique de Ridley Scott semble, elle-même, doublement placée sous le signe de la dualité. Première rupture professionnelle : se lançant dans l'aventure du long métrage sur le tard, il quitte le milieu du spot publicitaire dans lequel il officie depuis une vingtaine d'années... Seconde rupture : après une succession de premiers chefs d'oeuvre plus ou moins égaux mais tous remarquables (de Duellistes en 1977 à 1492 Christophe Colomb en 1992), il fait une pause de quelques années et revient avec le timide mais bouleversant Lame de fond en 1996. Troisième rupture : c'est à partir de ce magnifique film ayant pour vedette l'inégalable Jeff Bridges que le parcours commence à jouer les montagnes russes. Entre les pièces remarquables dans lesquelles il affirme son statut de véritable esthète, il va se perdre dans des travaux moins pertinents. En témoignent ces deux listes qui s'entrecroisent : d'un côté les morceaux de bravoure (Lame de Fond, Gladiator, La chute du Faucon Noir, Kingdom of Heaven et American Gangster); de l'autre, des propositions souvent convenables mais à des lieues de la maestria du cinéaste (G.I. Jane, Hannibal, Les Associés et Une Grande année). Quiconque se penchera un peu attentivement sur le parcours de l'artiste se rendra facilement compte du caractère alimentaire de la seconde liste... Aussi, après l'excellent moment passé lors de l'affrontement prodigieux de Crowe et Washington il y a quelques mois, il semblait logique que ce retour du metteur en scène sur nos toiles s'avère moins remarquable. D'autant plus qu'une toute petite année -séparant les deux- semblait porteuse de mauvais augure. Mais un film de Scott est toujours un événement et c'est avec beaucoup d'espoir que le projet se fit attendre... malheureusement, après la projection, de vraies questions s'imposent. Attelons-nous tout d'abord au film lui-même et feignons de ne pas connaître la verve créative habituelle du monsieur : qu'en est-il de ce Mensonges d'Etat si l'on occulte sa paternité ?

MENSONGES D'ETAT de ridley scott
Ce qui marquera sans doute dans ce Body of Lies -au titre beaucoup plus approprié et sans doute jeu de mot involontaire avec le terme « Buddy » (copain) revenant à longueur du métrage-, c'est le manque radical d'ampleur. Bien que l'adaptation d'un best-seller de David Ignatius pouvait laisser envisager une intrigue ficelée et maîtrisée, le scénario de William Monahan, auteur ayant fait ses preuves sur Kingdom of Heaven et sur le futur Edge of Darkness, se révèle être d'une nonchalance sidérante. Non pas que le sujet soit inintéressant; au contraire, les véritables enjeux que survole le film auraient pu se démarquer des autres métrages dont Hollywood raffole actuellement et traitant du traumatisme post 11 septembre incarné par la dérive monstrueuse du conflit irakien... Opposant deux agents américains -l'un sur le terrain en Orient et l'autre en pantoufles à Washington-, la problématique première sera la mise en place d'une opération risquée et dont le but sera de capturer le chef d'un nouveau groupuscule islamiste. La seconde sera de confronter la guerre cérébrale et stratégique que mènent les bureaucrates de tous pays à celle plus froide dans laquelle tentent de survivre les espions et autres agents infiltrés... Sidérant mais proche de la langue de bois dans ce qu'il dévoile, le métrage se fait même le dénonciateur d'un conflit d'information et de désinformation, à défaut d'avoir de vrais enjeux religieux ou géopolitiques. Avec une base comme celle-ci, la possibilité de se lancer dans un monument courageux doublé d'un film d'action magistral aurait pu être largement envisageable et la présence de deux acteurs de la trempe de DiCaprio et Crowe ne faisait qu'enjoliver un peu plus le projet. C'était hélas sans compter sur le développement indigne des protagonistes, qui ne subiront hélas aucune évolution, aussi subtile soit elle.
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