

CASABLANCA de michael curtiz
La Warner (dont ce film est l'un des grands succès) avait acquis les droits d'une pièce datant de 1938, évoquant le sort des réfugiés qui fuyaient l'Allemagne nazie et cherchaient à rejoindre l'Amérique. Mais, comme on le voit dans le préambule du film, le voyage pour atteindre Lisbonne d'où on partait pour le Nouveau Monde prenait de larges détours et tous les réfugiés en attente de visas se retrouvaient à Casablanca.
Après une ouverture classique décrivant la période trouble sur un globe terrestre, on arrive dans cette ville où les gens en exode font étape, victimes des escrocs ou des passeurs qui veulent leur extorquer le plus d'argent possible. Tout ce microcosme se retrouve au Bar Américain d'un certain Rick, dont la neutralité et le pragmatisme ont fait la renommée et font de son établissement un refuge pour tous les camps. L'histoire débute alors que deux courriers allemands ont été tués, et dépossédés de précieux sauf-conduits qui permettent de quitter cet endroit où certains réfugiés attendent depuis des mois. On fait connaissance avec le préfet de police Louis Renault (Claude Rains), représentant de la France non occupée mais entretenant des rapports apparemment cordiaux avec les nazis venus exiger l'arrestation du meurtrier de leurs hommes. L'interpellation aura lieu le soir, chez Rick.

CASABLANCA de michael curtiz
Et on découvre Bogart, magnifique, tel qu'en lui-même en homme cynique et ironique, indifférent au contexte historique, tentant de se maintenir à distance. On sent sa mélancolie, dans sa voix lasse et légèrement nasillarde, la manière dont il occupe l'espace avec détachement et nonchalance, le regard triste. Il n'est plus l'acteur des petites frappes de sa jeunesse, il n'est pas le détective privé d'autres classiques comme le Faucon Maltais ou le Grand sommeil. Il est juste un homme dont on sent qu'il n'a pas guéri d'une ancienne blessure et qui s'est installé en ces lieux que tous veulent quitter. Avant même que l'on sache pourquoi, sa présence est bouleversante. Ugarte, incarné par Peter Lorre (inoubliable M le maudit), se fait arrêter pour être en possession des papiers que portaient les allemands assassinés. Il les a auparavant confiés à Rick. Lorre a cette faculté d'éveiller tout à la fois, grâce à son grand regard, la défiance et la compassion. Il se fait arrêter à grand fracas, implore l'aide de Bogart qui, fidèle à ses habitudes, n'intervient pas.
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