
LA HORDE : INTERVIEW YANNICK DAHAN & BENJAMIN ROCHER
Tout sur LA HORDE - Photos - Le 2009-01-14 17:25:52
nid de guepes
Comment concrétise-t-on un projet pareil ?
Yannick Dahan : Nous avons un budget de 2 millions d'euros. C'est le budget d'A l'intérieur, un peu plus que celui de Frontières. Ça reste grosso modo dans le sillage de ceux alloués aux petits films de genre français. Quand tu regardes ces deux films, tu as cinq acteurs, ça se passe dans deux trois lieux différents. Nous, on a seize acteurs, des scènes de fusillade, des explosions, 300 zombies, des maquillages, des effets spéciaux numériques. En somme, on essaye de faire plus que ce que notre budget permet. Donc nous sommes très ambitieux dans ce que l'on souhaite faire. Il est encore trop tôt pour savoir ce qu'il en résultera. On est vraiment parti en étant inconscients : nous sommes de jeunes réalisateurs inexpérimentés, nous n'avons jamais fait de films avant. Au départ, on n'avait strictement aucune idée de combien de temps cela prenait pour réaliser un plan, aucune idée de la sécurité que nécessitait une scène de fusillade. Au lieu d'avoir peur et de ne rien essayer, on a décidé de tout faire comme des malades. Certains jours, on se disait que c'était cool parce qu'on arrivait à obtenir ce que l'on voulait. D'autres, on se disait que l'on n'y arriverait jamais donc on zappait pour avancer. En fait, nous nous sommes adaptés à la réalité tout en misant sur l'inconscience. On veut faire Terminator 2 avec le budget de Lady Chatterley et on fait ce qu'on peut.
Comment vous répartissez-vous les taches ?
Benjamin Rocher : On a chacun des univers et des sensibilités différentes. Professionnellement parlant, on fait tout ensemble. On a écrit ensemble, on découpe ensemble. Il n'y en a pas un qui s'occupe du scénario et l'autre de la mise en scène. Il n'y a ni une hiérarchie, ni une rupture aussi franches.
Yannick Dahan : Je suis plus grande gueule que Benjamin, donc pour diriger 300 figurants, je suis plus à l'aise. Ça me casse les couilles d'être derrière un combo... Je préfère être au milieu des acteurs pour tout casser et leur mimer des gestes. Benjamin est plus pointilleux que moi en technique par exemple. Il s'y connaît mille fois plus en termes d'effets spéciaux et s'occupe des toutes petites nuances qui rendent la scène plus intense.
Benjamin Rocher : Il peut arriver pendant le tournage que l'on n'ait pas la même vision de la scène, même si nous avons tout décidé avant, lors de l'écriture du scénario. On se concerte en trente secondes et très vite, on trouve un accord. Et si on ne trouve pas d'accord, alors on fait chacun sa prise. Au montage, on verra celle qui fonctionne le mieux. Mais ça arrive très rarement. Pour donner un exemple, il y a un travelling. Un personnage entre dans le champ, qui tourne la tête. Yannick va dire qu'il vaut mieux qu'il tourne la tête en fin de travelling alors que moi je vais chipoter en disant qu'il faut que ce soit deux secondes avant la fin du travelling. Que des nuances de ce genre-là. Pour deux secondes, on tourne deux plans différents.

LA HORDE de yannick dahan, benjamin rocher
Avez-vous été confrontés à des difficultés ?
Benjamin Rocher : Pour être honnête, ce n'est pas un tournage facile. Mais vu le scénario de départ, ça ne pouvait pas être un tournage facile. On le savait dès la prépa. L'assistant réalisateur nous a prévenus que ça allait être le parcours du combattant et que c'était limite infaisable. On a fait des journées avec trois scènes où il y avait des maquillages, des fusillades. Un enfer sur terre. On est parti avec des tonnes d'envies et au final, on va à l'essentiel. Pour l'instant, on ne va pas se plaindre, on a réussi à tout rentrer comme on voulait. On a juste fait des sacrifices de plans très compliqués.
Yannick Dahan : Imagine, un personnage qui rentre dans le champ. Je fais un travelling avant avec la caméra qui remonte le long du mec, qui tourne autour et qui dévoile sa tête. Sur le papier, tu te dis que le plan va être mortel. Au bout de trois semaines de tournage, tu te rends compte qu'un plan pareil, il te faut un temps monstrueux pour le faire. Alors, tu te dis que tu vas plutôt faire une contre-plongée au ras du sol et tu vas laisser le mec entrer dans le champ plus simplement. Ça n'enlève rien à l'efficacité de la scène. Mais il faut savoir renoncer à des plans. Aujourd'hui, on voulait faire un plan compliqué (NDR. Une caméra qui longe la machette du héros), on l'a fait. Maintenant, en contrepartie de ce qui peut nous frustrer sur le tournage, on a un casting de ouf qui assure au-delà des espérances. Aurélien Recoing, Claude Perron, Eriq Ebouaney, Joe Prestia, Jean-Pierre Martins... Ils se sont lancés dans l'aventure avec le coeur à donf. Ces acteurs sont bons à la seconde prise. Ils restent jusqu'à huit heures du soir même lorsque les conditions sont éprouvantes, ils ne jouent pas les stars et nous font gagner du temps. En deux mots, un tournage est comme n'importe quelle histoire de communauté. On bosse ensemble pendant deux mois. Au départ, tu es super enthousiaste. Au bout de deux semaines, tout le monde a envie de se tirer dessus. Au bout de trois semaines, tout le monde se prend dans les bras et s'aime. Et à la fin du tournage, ce n'est qu'un au revoir. C'est comme toute aventure humaine. Je pense que je ne dirais pas mieux que les mecs qui font Koh-Lanta (il se marre). On est tous les jours avec les mêmes personnes pendant trois mois, quoi ! Ça passe par des cris, des larmes, de la joie...








































