

ZARDOZ de john boorman
On ne tiendra jamais rigueur à quelqu'un qui s'offusquerait d'une apologie d'un métrage comme Zardoz... Tout comme on ne jettera guère la pierre à un plaidoyer en la faveur de l'essai de Boorman... Car il est certain que si l'oeuvre fut, à l'époque, présentée comme « un film de science-fiction par le réalisateur de Délivrance et avec la star de James Bond », elle est finalement tout sauf un divertissement grand public. Bloqué entre deux mouvances, perturbé par sa volonté de dire sans perdre son public, ce réquisitoire philosophique aux tendances grand spectacle ne remplit en rien les attentes ! Boorman est certes bien aux commandes de ce monument mais il sera impossible de retrouver une trace de l'énergie offerte dans le précédent film qui, encore aujourd'hui, semble ne pas avoir pris une ride. Et si Sean Connery est bien présent, c'est en totale rupture avec ses rôles coutumiers ! Désireux de rompre, une bonne fois pour toutes, avec les préjugés avantageux qui lui sont accordés, il s'engouffre dans le rôle de Zed, personnage muet pendant une bonne moitié de film et dont les seuls attributs restent pour le peu estomaquant : cuissardes, slip rouge, torse nu et velu, Connery brise définitivement son image glamour arborant pour l'occasion natte et moustache épaisse ! Quant à la prétendue anticipation, même s'il s'agit bien d'une vision d'un avenir potentiel, cet univers semblait déjà obsolète lors de ses premières heures... Kitsch à souhait, c'est sans doute ce qui rebutera la grande majorité des spectateurs. Marqué par les années, incompris ou tout simplement mal montré, on trouvera beaucoup d'explications valables pour justifier cet échec d'estime considérable : encensé ou au contraire objet favori des détracteurs, ce grand moment du cinéma rétro est, de toute façon, tout simplement incontournable.

ZARDOZ de john boorman
Hormis cette fâcheuse tendance à s'illustrer dans l'incohérence visuelle et le mauvais goût, le film de 1974 est surtout le témoin d'une époque. Bercé par les idéologies baba-cools qui font fureur depuis presque une décennie, l'intrigue de Zardoz est finalement symptomatique d'un mouvement amené à s'essouffler. Plutôt pessimiste quant à l'avenir des sociétés utopiques et fantasmées par les hippies, cette aventure se veut être un brûlot contre le sectarisme et la mise en place d'une conscience commune. Signalant la facilité des gens à se laisser berner par de fausses divinités, la crédulité des masses populaires montrée du doigt ajoute encore à cette critique acerbe d'une époque avec laquelle l'auteur grandit pourtant. Prenant en otage un public venu faire le plein d'aventures fantastiques, le scénario écrit par Boorman fonctionne telle une succession de séquences plus ou moins indépendantes mais dévoilant petit à petit l'étendue d'une supercherie annoncée... Annoncée et même présentée dès une ouverture surprenante et gentiment foireuse, Zardoz lui-même (l'amusant et cabotin Niall Buggy) se chargeant des mondanités en exposant son statut de divinité factice et avilissante. Grâce lui, l'entrée dans un monde divisé nous est envisageable : d'un côté les hommes, revenus en cette année 2293, à l'état de bêtes sanguinaires dévouées aux cultes du faux dieu et de l'arme. De l'autre, un microcosme perdu mais dans lequel évolue (ou plutôt stagne) une faune d'immortels. Reclus dans une cité bucolique, ils symbolisent toute l'idéologie naïve de l'époque, vivant littéralement d'amour et d'eau fraîche... Mais ce don du ciel et l'absence de tous problèmes connaissent tout de même quelques inconvénients et ce malgré le travail acharné de la (in)conscience collective... Un système bien pensé, réduisant les faibles et autres pauvres au rang de race inférieure et les quelques privilégiés sur le trône des demi-dieux. Difficile de s'avoir exactement quel camp est le plus enviable tant les vices semblent naître de la pureté asexuée des communautaristes et la grâce de la bestialité des autres...

































