
CLOVERFIELD ET L'HISTOIRE DU MOCKUMENTARY
Pas besoin de remonter à Spinal Tap ou au Projet Blair Witch pour trouver les références dans ce qu'appelle les Américains le mockumentary. Les rois de la Glisse de Ash Brannon et Chris Buck amène ce style dans le film d'animation, montrant une compétition de surf entre pingouins comme un véritable évènement sportif retransmis par une chaîne spécialisée, recyclant les codes télévisuels : interview des pingouins, caméras fish-eye embarquées sur les surfs , caméra à l'épaule, perche dans le champs, jingle... De même Live ! sorti la semaine dernière, utilise les images de la télé-réalité et du making-of pour emmener le spectateur dans les coulisses d'un jeu télévisé un poil glauque : la création et la retransmission en directe d'un jeu basé sur la roulette russe. L'arrivée de Cloverfield, produit par JJ Abrams et Paramount, traduit véritablement cette nouvelle tendance et la capacité qu'ont les studios américains à comprendre l'évolution de son public et de son rapport à l'image.

Le film de Matt Reeves exprime assez bien le rapport qu'entretiennent les Américains avec l'image (télévisée ou d'internet) et l'apport des nouvelles technologies. Au début du film, Hud le cadreur du film justifie auprès de son ami Rob, le héros que nous suivons à travers New york, que seul le témoignage filmé à de l'importance et que les gens ne veulent pas qu'on leur raconte mais qu'on leur montre. Seule l'image filmique a désormais une valeur, un pouvoir pour des spectateurs constamment abreuvés d'images que ce soit au cinéma, à la télévision, sur ordinateur, sur son téléphone ou baladeur mp3... Des images dont nous pouvons tous en devenir les auteurs à chaque instant. Ainsi, au début du film, après la chute de la tête de la Statue de la Liberté au milieu de la rue, la première réaction des gens est de prendre une photo avec leurs téléphones portables. Même si Cloverfield triche beaucoup sur la qualité obtenue par sa caméra indestructible, Matt Reeves réutilise les défauts qualitatifs propres au style amateur qui inondent les chaînes de télévision et internet. Ce genre cinématographique et cet aspect amateur (cadre tremblant et approximatif, défaut de compression...) permettent de crédibiliser des images fictives hallucinantes par leur proximité au quotidien visuel des spectateurs. L'aspect réaliste de cette mise en image décuple la puissance des scènes et atténue les barrières de la fiction, limitée jusqu'ici à de belles images soignées et professionnelles. Ainsi, voir des centaines de bad guys se faire descendre dans un film d'action est divertissant, mais voir quelqu'un se prendre une balle au journal télévisé choque tous les téléspectateurs. Cloverfield trouve dans ce procédé réaliste une efficacité imparable.



































