
Romain Le Vern 7
IMPORT EXPORT
COUP DE COEUR
Un film de Ulrich Seidl
Avec Ekateryna Rak, Paul Hofmann, Maria Hofstätter, Georg Friedrich, Herbert Fritsch, Susanne Lothar
Durée : 2h15
Date de sortie : 07 Janvier 2009

IMPORT EXPORT de ulrich seidl
"Amours chiennes."
Dans Import Export, on suit non pas plusieurs personnages à la manière d'un film choral comme dans Dog Days mais juste deux destins boueux, à se flinguer, dans un univers qui épouse les contours du pâle quotidien : une jeune mère Ukrainienne venue en Autriche pour travailler dans un service de gériatrie et s'occuper de corps grabataires en très mauvais état et un Autrichien venu en Ukraine avec son beau-père pour installer des distributeurs de bonbons dans des quartiers désaffectés. Contrairement à ce que l'on pourrait attendre d'une telle histoire, leurs trajectoires migratoires ne se croiseront pas mais les sorts demeurent identiques. Ils représentent chacun deux mondes distincts mais sont rapprochés par la même misère (affective, sexuelle, sociale) et demeurent les proies d'un système capitaliste qui ne laisse aucun espace aux laissés-pour-compte.

IMPORT EXPORT de ulrich seidl
Au-delà de toute provocation, Ulrich Seidl creuse le sillage de Werner Herzog en faisant des documentaires comme des fictions, et inversement. Son but, c'est d'interroger le regard du spectateur sur ce qu'il voit, sur ce qui est vrai ou faux, sur ce qui est choquant ou pas. Avec Import Export, il continue en proposant une succession de séquences qui semblent arrachées au réel et qui pourtant proviennent d'une base artificielle (le scénario et les acteurs ont été définis à l'avance). On comprend mieux ce film en ayant vu les précédents travaux de Ulrich Seidl et en saisissant sa détermination secrète : montrer frontalement ce qui existe mais que l'on n'a pas envie de voir. Au fond, le spectateur est peut-être celui qui a la position la plus gênante. Il y a ceux qui prendront le rire comme arme défensive en croyant déceler de l'ironie et ceux qui s'offusqueront de ce spectacle de la misère en prétextant la misanthropie du cinéaste manipulateur. Dans le silence d'une salle déserte, d'autres, plus discrets, seront bouleversés.
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