

AU BOUT DE LA NUIT de david ayer
David Ayer n'est pas un nom incontournable. Il n'a même pas une filmographie brève et hallucinante. Malgré tout, sa présence, son passé et surtout la richesse de son travail soulèvent des questions plutôt intrigantes. Sans pour autant entrer dans un grand débat de fond (dont la principale interrogation consisterait à opposer la vision originale des maîtres d'une époque révolue et les intervenants cultes du cinéma contemporain), on pourrait tout de même se questionner quelques instants sur l'évidente altérité qui sépare ces deux grands courants : d'un côté tous les Scorsese, De Palma, Coppola (la liste n'étant évidemment pas exhaustive et n'ayant aucune autre valeur qu'un rapport affectif personnel), de l'autre tous les élèves, les disciples. Ces derniers ayant appris le métier par l'analyse des travaux fétiches et autres pièces maîtresses, auscultant, étudiant, disséquant les oeuvres les plus remarquables et se servant des résultats plus ou moins saugrenus pour fonder leur propre parcours artistique... La micro thèse se réduisant ainsi à signifier que si le public ou même les critiques peinent à trouver dans le champ contemporain des oeuvres capables de postuler au même rang que celui des Grands, c'est peut-être parce que tout ce qui semblait pertinent a déjà été énoncé et que l'ensemble de la production prend actuellement de grands airs de redite vulgaire et aseptisée. A cette retransmission d'un patrimoine maintes fois épuisé mais proposé comme « brand new », on préférera les tentatives personnelles qui sentent le vécu, qui sont habitées par une vision et tenues par la poigne d'un seul homme et non d‘une major... Ou comment la réponse naît de rien : peut-être que ce qui sépare tant les génies intemporels des stars en vogue, ce sont les bases sur lesquelles ils fondent leur oeuvre. Certains auront pris le temps de vivre, d'expérimenter la vie, de mettre les mains dedans avant d'avoir la fougue inconsciente de jeter un regard dessus et de tenter d'en tirer des grandes leçons... Aussi et contrairement à la très grande majorité des jeunes protagonistes du cinéma actuel, Ayer fait plutôt partie de ceux dont le parcours artistique sera profondément marqué par les aventures du passé...

AU BOUT DE LA NUIT de david ayer
Il est bien évidemment impensable de mettre côte à côte le jeune artiste et les mastodontes de l'Art mais on ne pourra qu'être frappé par la dimension hautement personnelle du jeune homme. Et là où on pourra signifier aussi le genre dans lequel il semble se complaire (le polar caniculaire californien), on ne se privera pas de soulever aussi le caractère consciemment schizophrénique de sa carrière : si les frasques des ripoux et autres flicailles fascisantes bercées aux légendes du Grand Ouest se font monnaie courante dans le cinéma de David Ayer, le scénariste réalisateur sait aussi livrer quelques travaux qui trouvent une vraie légitimité dans un statut alimentaire. D'un bord, la dénonciation et les portraits rudes, chocs et burnés d'hommes qui, s'ils ne sont pas grands, ne sont pas moins des figures habitées et puissamment humaines. De l'autre, les divertissements assumés et bien ficelés dont la volonté première est de subvenir à des besoins sans pour autant perdre son intégrité. Deux faces d'une même pièce qui répondent exactement aux démons du passé qu'a côtoyé Ayer. Une manière de faire cohabiter ses vrais désirs et les contraintes du métier.
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CINE : AU BOUT DE LA NUITDeuxième film de David Ayer, scénariste de Training Day, Au bout de la... | ||
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