De nature plutôt discrète,
Patrice Leconte n'en demeure pas moins l'un de nos cinéastes les plus prolifiques et les plus talentueux de sa génération. Véritable passionné, il enchaîne les tournages à une vitesse phénoménale. Il travaille avec les plus grands et s'amuse à alterner différents genres cinématographiques, du drame à l'aventure, en passant par le film historique ou bien encore le documentaire. Mais ce qui prédomine sa filmographie reste avant tout la comédie. Il en signe d'ailleurs parmi les plus prestigieuses de notre patrimoine. A l'occasion de la sortie en salles de son nouveau long-métrage,
La guerre des miss, revenons sur ces films généralement méprisés par la critique, mais à la popularité grandissante et éternelle.

LA GUERRE DES MISS de patrice leconte
DES DEBUTS CHAOTIQUES MAIS PROMETTEURS
Après une série de courts-métrages et une collaboration auprès du journal
Pilote,
Patrice Leconte réalise son premier long en 1975, intitulé
Les vécés étaient fermés de l'intérieur, avec, en tête d'affiche,
Jean Rochefort, et Coluche, alors à ses débuts. Le film est avant tout l'adaptation d'une bande dessinée de Marcel Gotlib. L'histoire raconte l'enquête extravagante menée par deux policiers sur un crime commis sans aucun mobile apparent. Cuisant échec au box-office, Rochefort nous rappelle d'ailleurs régulièrement qu'il considère ce film comme
« l'un des plus mauvais moments de sa carrière »;
« les vécés étaient fermés de l'intérieur, et les portes des cinémas aussi...». Généralement considéré comme une transposition ratée, le film ne manque pourtant pas d'idées originales et de gags véritablement hilarants. Certes le manque de moyens se fait cruellement sentir mais l'ambiance bon enfant sauve en grande partie le film, l'amenant parfois au sommet de la parodie. Et même si l'humour ne vole pas très haut, sa simplicité nous permet de garder un sourire constant. Par exemple, il devient impossible de résister au personnage dont le nom de famille est "Ordure", interpellé ensuite par
Coluche lors d'un interrogatoire des plus sévères :
"Tu vas parler, Ordure !". On reconnaît d'ores et déjà l'importance que porte le cinéaste envers les mots, il a le sens et le goût des répliques cultes. Il y reviendra d'ailleurs quelques années plus tard dans l'une de ses meilleures comédies,
Les Grands Ducs. Dans
Les vécés étaient fermés de l'intérieur, les blagues s'enchaînent très vite, à tel point que les plus mauvaises sont rapidement effacées de notre mémoire par d'autres bien meilleures. En outre, Rochefort et
Coluche forment un duo magistral, avec d'un côté le meneur et de l'autre le boulet, chacun étant parfaitement en phase avec son personnage. Nous regrettons encore aujourd'hui l'absence d'une suite. Si Leconte et Rochefort se réconcilièrent quelques années plus tard en tournant bon nombre de films main dans la main, le réalisateur ne retravaillera jamais avec
Coluche. Faute de temps, très certainement... Méprisée à tort, l'oeuvre a désormais atteint le rang de film culte, et sa récente édition en DVD Collector lui rend entièrement justice ! Mieux vaut tard...

les bronzes 3
UNE TRILOGIE « BRONZE ET OR »
Suite à l'échec commercial et critique du film
Les vécés étaient fermés de l'intérieur, Leconte pense alors qu'il ne tournera plus jamais. C'est alors qu'en 1978 une jeune troupe, l'équipe du Splendid, dont la popularité était juste grandissante, lui propose de mettre en scène l'adaptation d'une de leurs pièces à succès,
Amour, coquillages et crustacés. Ce sera, au cinéma,
Les Bronzés. Devant la caméra du jeune Leconte, on retrouve alors des acteurs en devenir, parmi lesquels
Christian Clavier,
Gérard Jugnot,
Josiane Balasko,
Thierry Lhermitte,
Marie-Anne Chazel,
Martin Lamotte,
Michel Blanc, ou bien encore
Bruno Moynot. Si la mise en scène du cinéaste s'efface souvent derrière la cocasserie des situations, celui-ci ne se contente pas d'être un simple faire-valoir. Il participe tout d'abord à l'écriture du scénario, il y apporte une grande part de sensibilité voire d'émotion, et il réussit à diriger les différents comédiens avec une grande justesse, loin de toutes caricatures. Au final, ce travail et cette rigueur se révèlent payants pour l'ensemble de l'équipe, qui attire plus de deux millions de spectateurs dans les salles. Succès honnête, donc, mais qui ne cessera de s'amplifier au fil des années, au point de devenir une oeuvre culte, explosant les records d'audimat à chacune de ses diffusions télévisées. En toute logique, une suite voit rapidement le jour, à peine un an plus tard, malgré la réticence de certains membres de la troupe.