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CINE : LA CHUTE DU FAUCON NOIR

Tout sur LA CHUTE DU FAUCON NOIR - La Critique - Le 2008-07-29 16:12:54


Ridley Scott sort l'artillerie lourde sous le regard bienveillant de son nouveau producteur, le destroy Jerry Bruckheimer. Retrouver le réalisateur de Blade Runner, Alien et Gladiator dans l'écurie ayant produit les Michael Bay, Dominic Sena et autres Simon West pouvait inquiéter. Mais La chute du Faucon Noir démontre qu'un sujet fort peut parfois avoir raison des pires antécédents et autres mauvais penchants.

LA CHUTE DU FAUCON NOIR
(Black Hawk Down)
Années : 2001
Réalisateur : Ridley Scott
Acteurs : Josh Hartnett, Ewan McGregor, Tom Sizemore, Eric Bana, William Fichtner, Sam Shepard, Ewen Bremner, Gabriel Casseus
Durée : 2h24
Sortie : 20 février 2002

La Chute du Faucon Noir est sans doute l'un des films les plus surprenants qui soient récemment sortis des usines Bruckheimer. A l'origine du projet, une série d'articles et un livre écrits par Mark Bowden (aucun lien de parenté avec notre Ken à nous), journaliste du ''Philadelphia Inquirer'' parti enquêter en Somalie sur les lieux d'un drame survenu à Mogadiscio le 3 Octobre 1993 lorsque des rangers américains, au cours d'une opération coup de poing visant à exfiltrer les proches collaborateurs du dictateur local Mohamed Farrad Aidid, se sont retrouvés, contre toute attente, la cible de la population entière, raz-de-marée humain voué entièrement à leur perte. C'est du moins la version entérinée par le film, on y reviendra. Documenté et percutant, l'ouvrage tombe entre les mains avisées de Jerry Bruckheimer dont on devine aussitôt les motivations : refaire le coup de Pearl Harbor à grands renforts de beaux gosses martyrisés au ralenti tandis qu'au loin résonnent le clairon et claque au vent la bannière étoilée. Catapulté aux commandes, Ridley Scott est lui aussi un vieux cheval de retour puisqu'on lui doit un GI Jane patriotique et burné en diable ! Et c'est donc sans surprise qu'on nous propose des héros propres sur eux, à la moralité sans faille et avec, pour le seul pleutre du groupe, une rédemption à la clé par le courage et l'esprit de sacrifice. C'est beau, mais ce n'est heureusement pas tout. Et c'est même plutôt bien venu !



Pour autant de bonnes que de mauvaises raisons, La Chute du Faucon Noir est un authentique film de genre. Mais de quel genre exactement ? Car le film de guerre, sporadiquement exploré ces dernières années par des cinéastes très différents, est surtout utilisé comme terreau fertile à la satire (Les Rois du Désert), la métaphysique (La ligne rouge), le thriller (Stalingrad), l'aventure humaine (Il faut sauver le soldat Ryan) ou la controverse (L'enfer du devoir). Les conflits, quels qu'ils soient, sont transformés en simples toiles de fond, créant parfois au sein de la narration un véritable déséquilibre lorsque éclatent des morceaux d'anthologie barbares signés notamment Spielberg ou Friedkin, trop espacés ou isolés pour ne pas créer une attente ou une frustration dans l'esprit du spectateur qui ne sait pas toujours sur quel pied danser. Parmi ces revivals du cinéma militaire, le film de Ridley Scott apparaît comme le seul à se consacrer à un seul et unique fait d'arme, à détailler précisément et exclusivement les circonstances et les étapes d'une bataille isolée. Faisant abstraction des causes profondes du conflit, de l'historique de l'engagement américain à l'étranger, voire même du vécu très rapidement expédié de ses bidasses, il ne livre que les fioritures (soit une vingtaine de minutes d'exposition en tout et pour tout) nécessaires à une implication efficace du spectateur dans l'action, à son identification aux personnages. Car une fois le coup d'envoi donné, La chute du Faucon Noir se révèle dans toute sa dimension : un film de guerre totale, topographique, balistique, technologique et sanglant, un chassé-croisé destructeur et haletant à échelle moyenne où chaque minute marque un tournant stratégique de ce traquenard gigantesque où 19 soldats vont trouver la mort au terme de 16 heures de combat. Et Ridley Scott réussi avec un certain brio à traduire ce glissement d'une simple anicroche vers une catastrophe absolue.

Bien des options prises par le film seraient hautement contestables si Scott ne jouait pas autant à fond la carte d'une théorie des dominos scénaristique assez bien construite, voyant chaque action entreprise par l'armée pour sauver ses hommes et se retirer du champ de bataille engendrer un nouveau problème nécessitant plus de renforts, et causant toujours plus de dégâts et de morts. On voudrait ainsi pointer du doigt l'absence totale de psychologie des adversaires des rangers, voire même réactiver les arguments jadis avancés contre L'enfer du devoir : comme dans le Friedkin, c'est toute la population, sans distinction entre oppresseurs et opprimés, qui surgit de toute part pour assaillir l'envahisseur ricain. Mais à la différence du brûlot sus-nommé, La chute du Faucon Noir accentue l'impersonnalité des autochtones et la subjectivité de la narration non pas pour appuyer une quelconque thèse mais à seule fin de traduire à l'écran la perte totale de repère des rangers, piégés dans une nacelle labyrinthique et tortueuse, harcelés par un adversaire à la volonté unique (les massacrer) et au nombre apparemment illimité. On est finalement pas très loin de la thématique Carpenterienne, les vagues d'agresseurs évoquant épisodiquement New York 1997 ou Assaut. Si l'on veut bien accepter qu'un drame réel soit métamorphosé en divertissement à grand spectacle (mais Bruckheimer en a fait d'autres !), on pourra alors considérer La chute du Faucon Noir comme un bon film de survie (à l'intersection de Sans retour de Walter Hill et Zoulou de Cyril R. Endfield), un gigantesque climax guerrier entièrement construit autour de la paranoïa et de l'épuisement progressif des soldats.



Peu exploré au cinéma à l'exception notable de Salvador et Full Metal Jacket, le combat urbain trouve ici ses véritables lettres de noblesse. Scott s'emploie à nous perdre dans un dédale d'immeubles criblés et de rues dévastées tout en situant clairement ses personnages dans la géographie étroite de leur progression. Chaque rue, carrefour ou bâtiment devient un mini-enjeu très précisément agencé, un problème à résoudre soudain dynamité par un imprévu brisant nette la cohésion renaissante des troupes. Scott évite l'écueil de la surcharge en ne cherchant pas à créer des scènes d'action mémorables : pas de faits d'arme inoubliables mais une poursuite continuelle et métronomique des massacres, un pilonnement ininterrompu et destroy où le maître-mot est ''insécurité''. Le réalisateur peut ainsi pulvériser sous tous les angles les décors impressionnants d'Arthur Max (déjà en poste sur Gladiator) tout en poussant très loin la brutalité des échanges. Clairement décomplexé par ses excès cartoonesques de Hannibal, il se complait par endroits dans le gore le plus vermeil, avec tripes dans la poussière et interventions chirurgicales réalistes. Conditionné par la logique cohérente de l'ensemble, le montage se fait moins surdécoupé qu'à l'accoutumé (pour une production Bruckheimer) et parvient à véritablement ''raconter'' une histoire. Au final, le cinéaste cherche l'efficacité avant tout et puise pour se faire dans le gigantesque vivier des images de la violence, se plaçant au croisement des actualités télévisées, du spectacle truqué (les roquettes et hélicos en synthèse) et des jeux vidéos, pour quelques changements brutaux d'échelle (plans abstraits vus du ciel contre prises de vue à l'arrachée sur le terrain) évoquant autant Jeux de guerre que le Ennemi d'état de son frangin Tony.

Et l'Amérique dans tout ça ? La défaite illustrée par La chute du Faucon Noir apparaît avant tout comme celle d'une certaine politique d'interventionnisme. En choisissant un conflit où la population a oublié ses propres mésententes pour rejeter l'étranger, Bruckheimer et Scott semblent entériner un repliement des USA sur eux-mêmes, égocentrisme souligné par les causes profondes du carnage : sauver tous les rangers piégés, sans exception, ne se battre que pour les siens sans regarder à la dépense (en vies humaines, décompte des victimes à l'appui : c'est du 50 somaliens pour un ranger tué !). Un présupposé aussi bien vecteur de tension dramatique que d'idéologie (d'actualité). Voire à ce titre la scène surprenante où des soldats courent se réfugier dans un stade sous les acclamations d'une foule les accueillant comme des marathoniens olympiques. Métaphore assez transparente sur le besoin impérieux de ne plus jouer, à l'avenir, que sur son propre terrain...

Denis Brusseaux

  

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Atlantick DVD le 11 juin :o) -    30 mai
draz momo?? -    17 avr
cineman pour répondre à track -    04 avr
sabrewulf froid dans le dos -    26 mars
momo gentil américain et gros mechants noirs -    24 mars
blackhawkup le 2e bon bruckheimer -    17 mars
preacher au Preacher -    12 mars
Sugar_RaY (sans CapsLock) Bon film et un bémol... -    10 mars
Gingis_2 PS -    09 mars
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