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CINE : ROLLERBALL

Tout sur ROLLERBALL - La Critique - Photos - Le 2008-08-11 15:52:34


En entrant dans la salle de projection, on était forcement tiraillé entre l'espoir de voir un nouveau grand film d'action signé par un des maîtres du genre et la peur d'assister à un remontage désastreux suite au report mystérieux du film et à l'annonce de sa durée courte (1h40). L'excitation était donc à son comble au moment où les lumières s'éteignirent, l'optimisme découlant du potentiel du projet ayant finalement eu raison de nous (des matchs de Rollerball vu par le réalisateur de Piège de cristal, c'est forcement bandant !).

Outre qu'il semble faire une fixation sur la filmographie de Norman Jewison, quelles sont les raisons qui ont poussé John McTiernan, l'un des cinéastes formalistes les plus innovants d'Hollywood, à s'atteler au remake de Rollerball ? La réponse la plus évidente semble d'abord résider dans la thématique centrale de McTiernan : la régression. Dans chacun de ses films, le réalisateur dépeint un retour de l'homme à un état primitif, à ses origines, c'est-à-dire la plupart du temps la bestialité. Il faudrait pas mal d'exemple pour étayer cette analyse sur toute la filmo de l'auteur. Il est simplement clair qu'elle se retrouve encore, évidemment, dans Rollerball, où la société renoue avec les plaisirs sanglants des jeux du cirque. On peut y ajouter une volonté (patente) de critiquer l'emprise des médias et l'exploitation de la misère du tiers-monde par l'industrie du spectacle. Qu'en reste-t-il à l'écran ?

Rollerball
Année : 2002
Réalisateur : John McTiernan (?)
Acteurs : Chris Klein, Jean Reno, LL Cool J, Rebecca Romijn-Stamos
Durée : 1h 40
Sortie : 13 mars 2002

Ben...rien du tout ! Même avec toute la bonne volonté du monde et tout l'amour que nous portons au réalisateur des deux plus grands films d'action des 20 dernières années (les Die Hard), il est IMPOSSIBLE d'accorder le moindre crédit à son nouvel opus. En regardant ou plutôt en subissant (jamais un film d'une heure quarante n'aura paru sembler aussi long) la bouillie filmique concoctée par McTiernan, on n'arrête pas de penser que le réalisateur derrière la caméra ne peut être qu'un vulgaire tâcheron et non pas celui qui nous a réalisé certaines des meilleures scènes du genre. Et pourtant, son nom est bien sur l'affiche. Alors, on se dit qu'au vu des innombrables problèmes que le film a subi (reporté de 6 mois, scènes violentes adoucies,..) la situation du 13ème guerrier est en train de se reproduire et que Mc Tiernan est en train de devenir le cinéaste maudit des studios. Mais ici, contrairement au 13ème guerrier, les plans qui figurent encore dans le montage final sont consternants. Prenons ce qui fait à première vue l'intérêt majeur du film ou du moins le plus attrayant : les matchs de Rollerball. Au delà de l'esthétisme des plus hideux (il faut voir les costumes lorgnant de façon ridicule sur un look antique), on est sidéré par l'absence total d'enjeu au cours de ces matchs censés etre le moteur et le coeur du récit. A aucun moment, il n'est possible de comprendre ce qui s'y passe, c'est tout juste si on parvient à en saisir les règles (mais y-en-t-il vraiment ?). Ainsi, les joueurs ont beau mettre des points, le score demeure indéfiniment invisible. Montées de manière illogique, bourrées de faux raccords risibles et non-cadrées, les scènes de Rollerball s'avèrent pathétiques. Aucun enjeu dramatique, scénario simpliste jusqu'à l'hallucination, aucun parti pris de mise en scène...



Pourtant, on retrouve la volonté de McTiernan de raconter son histoire à l'arrachée, sans expliquer ni les origines du sport, ni les tenants et les aboutissants de l'intrigue. Le film repose avant tout sur la ré-appropriation des images médiatiques, qu'elles soient MTV (le montage névrotique) ou CNN (les plans nocturnes en infra-vert). Mais tout cet armada de savoir-faire ne sert, strictement, à rien, puisqu'il s'agit quand même de cadrer un Jean Réno éructant, des comédiens paralytiques, un scénario d'une débilité rarement atteinte. Un vrai scandale où il ne reste rien, ni du cinéma qu'on aime (mis à part la vision furtive de la poitrine généreuse de Rebecca Romijn-Stamos), ni du cinéma tout court.

Jamais on pensait écrire ça un jour mais cette chose signée par McTiernan (jusqu'à un éventuel démenti, allez on peut toujours y croire) peut être considéré comme le mètre étalon de ce qu'il ne faut jamais faire. Après l'avoir vu, on vous jure que des films comme Running Man ou même Future sport doivent être instantanément réévalués. On ne s'amusera pas trop à comparer les deux versions de Rollerball tant les deux films semblent appartenir à des mondes bien différents. Alors que le film signé Jewison en plus d'offrir des scènes d'action violentes superbement efficaces (tout le contraire du remake) proposait une vision cynique et finalement prophétique de notre société (notamment dans la fascination qu'exerce la violence sur les foules), le remake réussit le tour de force de proposer une thématique inverse (le mot est quand même fort car il faudra aller la chercher très loin) puisque le jeu est rejeté par le public uniquement lorsqu'il devient violent (certes par manipulation des organisateurs). Bref, là où Jewison démontrait de manière implacable que la civilisation moderne est fascinée par tout ce qui touche à la violence, McTiernan (ou les producteurs derrière lui) laisse croire que les spectateurs ne sont pas dupes et qu'ils sont capables de la rejeter. Edifiant !



Vous n'avez pas idée à quel point la vision de ce Rollerball nous a été pénible (Laurent y est même allé de sa petite larme). On a vraiment envie de croire que les bobines qu'on nous a présenté, n'étaient pas les bonnes. Lettre ouverte à John McTiernan : « Pourquoi, John ? Tu n'étais pas heureux, adoré par certains cinéphiles éclairés ? Ecrit à la rédac pour nous expliquer qu'on est passé à coté du film. Envoi-nous ton montage, fais quelque chose, par pitié. Please. »

La Rédaction

  

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