CINE : GOSFORD PARK
GOSFORD PARK
Réalisateur : Robert Altman
Acteurs : Michael Gambon, Maggie Smith, Kristin Scott Thomas, Charles Dance, Jeremy Northman, Geraldine Somerville, Stephen Fry, Alan Bates, Richard E. Grant, Jeremy Swift, Derek Jacobi, Helen Mirren, Eileen Atkins, Emily Watson, Clive Owen, Ryan Phillippe...(Ouf !!!)
Année : 2002
Sortie France : 20 mars 2002
Au cours de l'année 1932, les McCordle invitent leurs amis à grande une partie de chasse dans leur magnifique manoir anglais. Tous arrivent accompagnés de leurs domestiques qui prennent leurs quartiers au rez-de-chaussée, à l'office, tandis que l'aristocratie s'installe dans les étages. Deux univers se répondent ainsi et se côtoient nuit et jour, l'un s'activant à satisfaire tous les caprices de l'autre. Mais derrière les apparences et les manières se cachent de lourds secrets et d'inavouables desseins qui glissent dans les couloirs de l'immense demeure. Le meurtre de William McCordle, à l'issu du dîner, va briser les conventions et compromettre cet équilibre artificiel

Construit autour de la même idée que Cookie's Fortune (une communauté dont le bon fonctionnement apparent est remis en cause par un meurtre) sans atteindre son originalité et sa sincérité, utilisant une pléthore de personnages comme dans Short Cuts sans atteindre sa perfection chorale, Gosford Park confirme que le Robert Altman vieillissant ne possède plus la flamme qui lui a permis d'accoucher de quelques grands films.
Car on se demande ce qui a bien pu l'intéresser dans ce nouveau long-métrage en dehors du cadre feutré de l'Angleterre (les nominations aux Oscars ?). Beaucoup moins inspiré qu'un James Ivory qui nous faisait vivre "de l'intérieur" des émotions intenses contenues par un Anthony Hopkins remarquable (dans Les vestiges du jour), Altman n'adopte aucun point de vue et reste volontairement très distant par rapport à l'intrigue qui se noue sous ses yeux. Pourtant l'intention de départ, sans être originale, avait de quoi séduire : la découverte de deux mondes parallèles qui s'affrontent à travers le regard d'une jeune bonne naïve débarquant pour la première fois dans ce type de réunion et qui y perdra nommbre d'illusions. Mais le réalisateur s'éloigne de cette ligne directrice pour brosser une galerie impressionnante de personnages jouée par un casting britannique surdimensionné qu'il lui faut justifier puisqu'il s'impose comme sa marque de fabrique.

A trop vouloir en faire, Altman a perdu son sens aigu de la dérision. L'intrigue tarabiscotée ne permet pas à ces formidables talents de vraiment s'exprimer. Les mots d'auteur trop fabriqués, bien que soi-disant cinglants, ironiques et sensés dépeindre la mesquinerie humaine, ne parviennent pas à nous sortir de l'ennui. L'ombre de La règle du jeu, sa dramaturgie, son inventivité, sa modernité, plane de manière écrasante sur le film. Le meurtre, qui n'arrive qu'au bout d'une bonne heure, ne créé pas la fracture tant attendue et la résolution de l'intrigue est expédiée sans aucune autre forme de procès.
Le spectateur sort finalement de la salle sans trop savoir qui est qui et le pourquoi du comment. Le réalisateur s'est pris à son propre piège. C'est beau, froid et sans âme. Les bonnes idées de décor sont à peine exploitées (revoyez les productions Merchant/Ivory) et certains fabuleux comédiens (Charles Dance, pour ne citer que lui) sont cantonnés à un simple rôle de figurant.
Entre Howard et Altman, la cérémonie des Oscars, sera bien triste cette année... (Où est Michael Mann ?)
Thomas Douineau



































