CINE : L'ORPHELIN D'ANYANG
L'ORPHELIN D'ANYANG
(Anyang de Yinger)
Réalisation et scénario de : Wang Chao
Avec Zhu Jie, Sun Gui Lin et Yuen Sen Yi
Chine-2001-84mn
Sortie nationale le 13 mars 2002
Une entrée remarquée mais néanmoins discrète, et ce en dépit de sa petite notoriété acquise depuis sa sélection au Festival de Cannes 2001 dans la Quinzaine des réalisateurs et entretenue par une critique enthousiaste, en ce sens que L'Orphelin d'Anyang est un tout petit film, qui déploie son être délicatement, sobrement, modestement, presque à la dérobée, en sourdine, sans en avoir l'air, un film minuscule déroulé en creux et composé de motifs épurés, évanescents.
La cause n'en vient pourtant pas de ses conditions de production précaires (tournage sous le manteau, à l'arraché et dans l'urgence, sans autorisation officielle, budget extrêmement réduit, acteurs non-professionnels), mais bel et bien de la personnalité de son réalisateur. Loin d'être incognito, le film est profondément marqué d'une empreinte, extrêmement personnel, terriblement subjectif. Il y a d'abord l'aspect mélodramatique : à Anyang, ville moyenne de la province chinoise du Henan, Yu Dagang, un ouvrier quadragénaire au chômage et sans ressources se retrouve avec le bébé d'une prostituée du nom de Feng Yanli dans les bras. Immigrante illégale originaire de Mandchourie, elle s'engage à lui verser 200 yuans par mois pour le remercier et l'aider à prendre soin de son bébé. Ils vont progressivement tomber amoureux. Mais le gangster maquereau de la jolie putain, apprenant qu'il est condamné par une leucémie, a décidé de reconnaître l'enfant, dont il est probablement le père, pour se racheter...
Dit comme ça, on se dit que ça ressemble à Santa Barbara. Mais c'était sans compter sur le traitement austère et radical, à l'opposé de son contenu dramatique surchargé, que Wang Chao a conféré au film : plans-séquences fixes, entrecoupés parfois de brèves ruptures/incursions lorsque de l'action se présente, peu ou prou de dialogues, rigueur du cadre, minimalismes des gestes et des situations. C'est pour ainsi dire un film en understatement comme disent les Américains, en litote en français. Il ne se passe rien ou si peu dans L'Orphelin d'Anyang, c'est-à-dire dans les moments de vie de ses personnages qu'a choisi de nous montrer le cinéaste, et pourtant chaque image captive, chaque plan fascine, chaque séquence passionne, des milliers de choses passent, presque à notre insu, jusqu'au dernier plan du film, qui tombe comme un couperet sec, fatal et déchirant.
Notamment sur la situation actuelle de la Chine, spécialement sa face cachée (les procédés de mise en scène rendent la critique d'autant plus violente et sagace) : la misère, la précarité, la main mise de la pègre, les brutalités policières, les licenciements abusifs, la désertification et la défiguration du paysage. Mais aussi de l'émotion, beaucoup d'émotion, d'amour et même d'humour.
Renaud Moran

































