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INTERVIEW : PIERRE JOLIVET

INTERVIEW : PIERRE JOLIVET

A l'occasion de la sortie de Le frère du guerrier en DVD chez Studio Canal, nous avons rencontré son réalisateur, Pierre Jolivet, pour une interview sur son cinéma et son approche du DVD.

Vous aviez dit que jamais de votre vivant il n'y aurait de scènes coupées d'un de vos films sur DVD, de même que vous ne feriez jamais de commentaire audio. Or, le DVD du Frère du guerrier propose 3 scènes inédites ?

Mais vous savez je dis plein de conneries. D'ailleurs je vais sûrement en dire dans cette interview. Il faut savoir que je n'ai pas été consulté pour la conception du DVD. On m'a juste appelé pour savoir si j'étais d'accord pour mettre des scènes coupées. J'ai dit oui.

Donc, il y a peut être une chance qu'un jour, vous fassiez un commentaire audio ?

Alors ça non. Je ne regarde jamais mes films. Pour nous, cinéastes, ce n'est qu'une douleur de les revoir. Ce qui peut exalter le spectateur ne nous exalte plus car nous l'avons déjà vu des dizaines de fois. Tout vous revient de tout ce que vous n'avez pas pu faire.

C'est assez paradoxal que sur votre film le plus long alors que d'habitude vous ne dépassez pas les 90mn, on retrouve justement des scènes coupées. Surtout que le film possède un rythme très lancinant.

J'ai essayé de couper mais cela ne fonctionnait pas. Le rythme, l'époque, le sujet, la façon de traiter l'espace, d'aller à un endroit à l'autre, la lenteur de la vie, les jours qui traînent, la lumière du matin, celle du soir demandaient une certaine lenteur. Et pourtant, je suis un adepte des coupes au montage. D'ailleurs, si on me laissait seul sur la table de montage, tous mes films ne dépasseraient pas 1h 15. Mais reconnaissons que Le frère du guerrier est quand même beaucoup moins long que Les sept samouraïs (dont je viens d'acheter la version intégrale en DVD) qui dure 3h 54. D'ailleurs, je pense qu'aujourd'hui le film de Kurosawa ne sortirait même pas en salles vu la longueur du film. J'exagère. Je suis fan complet du film, de la première à la dernière image mais c'est effectivement d'une longueur hallucinante ! Au cinéma aujourd'hui, on est pris dans un maelström de rythme qui fait que les yeux sont habitués que les images avancent. Le charme peut pourtant venir d'une lenteur des plans mais peut être faut-il avoir le génie de Kurosawa, que je n'ai pas, pour que cela fonctionne et faire aussi long.

Vous déclarez sur le making of que c'est le premier film où vous n'en avez rien à fiche des acteurs, que vous respectez tout le monde mais que l'important c'est le film.

C'était un film très dur. Il y a un moment où vous vous rendez compte que cela va être très dur physiquement et que vous devez donc être tendu vers l'objectif. Il faut savoir que le tournage a été effectué intégralement en extérieurs et que l'endroit où nous tournions était désert. Il fallait par exemple faire plus de 50 km pour trouver un bar. Donc, quand vous n'avez aucun moyen de vous détendre, vous cherchez à garder toute votre énergie pour le film.

Les comédiens vont-il reprocher votre attitude, notamment François Berléand qui est un familier de vos films ?

Oui, effectivement, ils m'ont dit que je n'étais pas très agréable. Ils ne m'en veulent pas car je leur dis que sur un autre film, j'ai le temps mais là non. Lorsque François me disait que j'étais dur, je lui répondais que non, que j'étais simplement concentré. C'est un film compliqué et important pour moi. C'est le cinéma que je préfère proche du cinéma japonais et ou encore de Jeremiah Johnson. J'aime les grands paysages avec un personnage tout petit au milieu. Simple mortel, c'était déjà un peu ça, un homme tout seul et des grands espaces autour.

Cela fait penser au western et pourtant dans le dossier de presse, vous disiez ne pas aimer qu'on juge le film comme un western médiéval.

Tout simplement parce que le western est un genre profondément américain. Mais c'est vrai que le cinéma américain s'est approprié l'époque moyenâgeuse. D'ailleurs il n'y a qu'à voir comme ils ont absorbé le cinéma de Kurosawa (il cite Sturges et ses Sept mercenaires et Leone et sa trilogie spaghetti) et l'ont digéré pour faire du western à leur sauce . Je pense donc que c'est une perte d'identité culturelle puisque désormais quand on fait un film français sur cette époque là, il faut qu'il est l'air américain afin d'être adopté dans l'inconscient collectif.

A la fin du making of, vous déclarez "si ça renvoie rien à personne, je vais prendre un grand coup sur le tronche". Comment avez-vous réagi donc puisque le film a très moyennement marché ?

Le film a eu tout de même ses fans inconditionnels. Il a été dans l'ensemble très bien accueilli par la presse, sauf Libé, avec des papiers extrêmement élogieux. Je crois juste que ce n'était pas un film dans l'air du temps. Il n'y a plus beaucoup la place pour ce genre de films aujourd'hui. Peut être plus tard ?

C'est un peu le leitmotiv de votre carrière, des films et des thèmes que le public n'attend pas. Très de peu succès commerciaux et quand il y en a un, on pense à Force majeure, c'est avant tout grâce à la présence Patrick Bruel.

Effectivement pour Force majeure, sûrement la moitié des spectateurs est allée le voir pour Bruel et ils sont sortis en disant que c'était complètement con puisqu'à la fin, le personnage disparaît sans qu'on sache ce qu'il devient.

Quant à Simple mortel, c'est un ovni.

C'est effectivement un ovni. J'ai pu le faire grâce au succès de Force majeure. On m'a proposé de faire des films et je me suis servi de la carte de crédit que l'on m'offrait.

Mais vous seriez prêt à faire un film commercial pour justement retrouver une certaine liberté et marge de manoeuvre.

Quand j'ai fait En plein coeur, c'était une commande, c'était sympathique avec des acteurs que j'aimais bien (NDLR/ Gérard Lanvin, Carole Bouquet, Guillaume Canet, Virginie Ledoyen) et ça n'a pas marché. Cela ne tenait pas spécialement à moi, je pense. Je ne suis pas responsable de l'échec, je suis juste co-responsable. En même temps, ça fait un prime time sur France 2 et ils vont le vendre tous les trois ans. Si on me laisse l'argent, j'essaye de faire des films que je ne sais pas faire. Si c'est un truc que je sais faire, il y a déjà quelque chose qui fait que je deviens flémard.

Donc, on peut en déduire que vous savez faire des films commerciaux ?

Non. Mais qu'est que c'est un film commercial. Moi, je ne sais pas. Par exemple, Ma petite entreprise, au départ, personne n'a voulu du projet, personne ne trouvait ça intéressant et on a eu un mal fou à le monter. Résultat, c'est mon plus gros succès avec plus de 800 000 entrées salles. Regardez mon prochain film (Filles uniques), c'est un tout petit truc, une comédie légère avec Sandrine Kiberlain. Je passe ainsi d'un drame, d'un film dur et ayant nécessité beaucoup de moyens à un petit film, une comédie. J'ai ainsi constamment besoin de changer de genre, de passer comme ça du drame à la comédie. En tout cas, une chose est sûre, je ne peux pas passer consacrer deux ans de ma vie sur un gros budget où je serai très bien payé sur un sujet qui ne m'intéresse pas. J'ai refusé quelques films importants pour ces raisons là. Il faut que je puisse me lever tous les matins en étant persuadé que ce que je raconte vaut le coup. Même si c'est un petit sujet comme c'est le cas sur Filles uniques, j'ai besoin de savoir de quoi je parle. En fait, lorsque je lis un sujet, un scénario, je me projette dans l'avenir pour savoir si au fond de moi, j'aurai encore du jus dans deux ans. Parce que vous, le film vous accapare pendant une heure et demie mais pour le faire, moi, j'ai besoin d'y consacrer deux ans de ma vie. L'exigence qu'on peut avoir sur deux heures est forcement moins importante et imposante que celle que l'on a sur deux ans.

Justement, est ce que cela vous est déjà arrivé d'accepter un projet et de vous rendre compte de votre erreur en cours de tournage ? Peut être A l'heure où les grands fauves vont boire (8 000 entrées salles) ?

Non,A l'heure où les grands fauves vont boire, c'est une plantade totale. C'est certainement mon plus mauvais film mais on a beaucoup ri. Rien que pour ça, cela valait le coup et puis de toute façon, personne n'a perdu d'argent autre que moi puisque je l'ai moi-même produit. En fait, je ne devais pas faire ce film. C'est un projet pour la télévision, un petit film sympa et rigolo. Seulement, toutes les télévisions m'ont jeté mais en même temps, j'avais déposé le scénario à l'avance sur recettes. Et cette dernière et Canal plus m'ont dit que le scénario était formidable et qu'il fallait absolument faire le film. Moi, je leur dis pas très convaincu que c'est plus pour la télé et eux répliquent "non, non, ça peut faire un très bon film". Disons donc pour revenir à votre question que je n'ai pas eu le courage de me dire qu'il ne fallait pas le faire quand même.

Peut être le plaisir de jouer avec votre frère, Marc était plus fort ?

Je ne sais pas. En tout cas, s'il y a une chose que j'ai appris sur ce film, c'est que lorsqu'on se marre constamment sur un plateau, ce n'est absolument pas bon pour le film.

Aucun autre regret ?

Si, sur mon premier film, Strictement personnel que je considère comme ayant un sujet de polar super fort et unique en son genre (NDLR/ un flic qui enquête sur sa propre famille et plus il les trouve coupables et plus il les aime) Je n'étais pas à la hauteur, j'avais 28 ans et je ne sais pas pourquoi mais je n'ai pas pu faire tout ressortir. Un manque de maturité sans doute ! S'il y a un de mes films que j'aimerai remaker, refaire, c'est bien celui là.

Etes vous un DVDphage ? Achetez vous beaucoup de DVD ?

Oui, tout le temps. Je dois en avoir 300, ce n'est pas colossal par rapport à certains mais c'est quand même pas mal.

Pour finir, voici une liste de DVD qui vont sortir prochainement (NDLR/ on lui fournit la liste des sorties de décembre avec quelques titres de novembre et janvier 2003), lesquels allez-vous acheter ?

Parle avec elle, Zoulou, Marathon Man, Une étoile est née, Ali (NLDR, il nous avoue avoir passé quatre heures avec Michael Mann lors de la sortie française du film), Coffret Elia Kazan, Little Odessa et Lagaan (NDLR/ ce dernier sur notre insistance).

C Melon et L Pécha

  



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