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CINE : HERO

CINE : HERO

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Enfin dans les salles en France, il devait normalement sortir en Mars dernier, Hero de Zhang Yimou suit les traces d'un certain Tigre et Dragon, le surpassant du début à la fin. Véritable claque esthétique mais aussi scénaristique, il possède en lui tout les ingrédients d'un futur grand classique du cinéma chinois.

HERO
Un film de Zhang Yimou
Avec Jet Li, Maggie Cheung, Tony Leung, Zhang Ziyi, Chen Dao Ming, Donnie Yen
Durée : 1h30
Sortie : 24 Septembre 2003

Un homme sans nom (Jet Li) se rend au palais de l'empereur de Chine : il a tué les trois assassins qui menaçaient le souverain, pourtant de grands maîtres du maniement du sabre. Il lui raconte le stratagème dont il usa pour avoir le dessus...


Maggie Cheung et Tony Leung dans HERO


Les plus grands films sont fait avec les histoires les plus simples et les plus riches. La première demi-heure de Hero répond au premier critère : l'homme sans nom y est accueilli par l'empereur de Chine qui se hâte d'écouter ses exploits. Flash-back : nous découvrons la mort des trois assassins. C'est lent, contemplatif, les combats sont superbes et chaque scène est graphiquement illustrée par l'utilisation d'une couleur (presque monochrome pour le premier, rouge pour le second, bleu pour le troisième). On retiendra particulièrement la scène d'un siège d'un temple par une armée d'archers, les flèches volant dans les airs par nuages entiers, leur imposante menace crevant l'écran comme on ne l'a jamais vu et ressenti au cinéma : sur cet aspect, pour donner une idée, la scène d'ouverture de Gladiator déjà très impressionnante ne tient pas la comparaison une seconde.


Zhang Ziyi et Jet Li dans HERO


C'est bien beau tout cela, mais le récit de trois combats, tout aussi beaux qu'ils soient, ça ne fait pas un film. Paraissant déjà assez longs, il ne s'achèvent finalement qu'au bout d'une demi-heure. L'empereur est admiratif. Et pourtant... il a compris que ce n'était qu'un tissu de mensonges. L'histoire va alors nous être à nouveau racontée de son point de vue pendant une demi-heure (autant dire qu'elle est totalement différente), pour être finalement racontée une troisième fois (et n'a vraiment plus rien à voir avec la première version) à nouveau par l'homme sans nom, avant la conclusion tout aussi spectaculaire que surprenante.

Sans en révéler plus, il est clair que le scénario tire toute sa richesse des différentes versions de l'histoire qui y est racontée. Certes elle paraît simple au début, mais se complexifie dès sa seconde version où l'on commence à entrapercevoir ses enjeux, et où le moindre détail qui paraissait parfaitement crédible quelques minutes auparavant s'avère être un mensonge... Au fur et à mesure que les différentes versions de l'histoire s'enchaînent, sans aucune répétition puisque chacune est dans son lieu, son action et son esthétique, totalement unique, chaque face du scénario s'intensifie, la tension ne cessant de grimper.


Des décors esthétiquement stupéfiants


Après une période américaine catastrophique (et qui malheureusement n'est pas terminée), on ne pensait plus pouvoir écrire un jour que Jet Li figurait à l'affiche d'un bon film. C'est pourtant ici le cas, d'autant plus que son rôle reprend enfin la noblesse et les valeurs de ceux qu'il incarnait avant de s'exporter chez l'Oncle $am. Sobre, juste, il n'en demeure pas moins ici très nuancé et surprend alors qu'on n'attendait plus grand-chose de lui. Maggie Cheung et Tony Leung, couple fétiche de Wong Kar-Wai (In The Mood For Love), sont bien évidemment parfaits, la première voyant son incroyable beauté mis en valeur comme rarement, et le second montrant l'étendu de son talent dans un rôle complexe et parfaitement maîtrisé. Quant aux autres acteurs, Zhang Ziyi (déjà vue dans Tigre et Dragon !) et Donnie Yen en tête, ils sont tout simplement parfaits chacun dans leur registre.




Artistiquement, vous l'aurez déjà compris, Hero constitue une tuerie intégrale. Chaque image semble avoir été peinte, les plans les plus esthétiquement recherchés s'enchaînant, les couleurs prenant une place primordiale dans la narration, et l'immensité de certains plans donne un sacré vertige. La musique n'est pas en reste, composée par Tan Dun à qui l'on devait déjà Tigre et Dragon, et accompagne magnifiquement le tout.
Bien sûr la comparaison avec le film d'Ang Lee est inévitable. Tigre et Dragon, n'en déplaise aux fans, n'était de loin pas un film 100% chinois. Tout d'abord son réalisateur Ang Lee étant Taïwanais, ce qui serait presque anecdotique face à son scénario entièrement américanisé entièrement travaillé pour plaire aux occidentaux (d'ailleurs le public asiatique l'avait massivement rejeté). Hero par contre, même si Miramax l'a en partie financé, a été entièrement confié à des chinois et même sa narration n'a rien d'occidentale et s'affilie plus avec les films traditionnels du Wu Xia Pan (films de sabres). Le rythme est certes plus lent que Tigre et Dragon, mais se montre beaucoup plus régulier ce qui paradoxalement le rend nettement moins ennuyeux. De plus les enjeux n'ont rien à voir, Ang Lee se contentant d'une histoire d'amour et d'épée, tandis que Hero affiche clairement des ambitions beaucoup plus originales et risquées ...


Les combats sont chorégraphiés par l'immense Tony Ching Siu-Tung


Le plus surprenant dans Hero reste en effet la conclusion du film. Sans en révéler le déroulement, elle met en évidence un engagement politique surprenant, de prime abord à la simple gloire de l'empire Chinois, mais à la portée énorme sur un sujet tabou surtout à notre époque où le terme "démocratie" est sacré. Hero met en effet en évidence que toute société moderne s'est construite sur des dictatures, des massacres de peuples entiers, et que sans eux l'homme n'aurait jamais évolué et construit le monde d'aujourd'hui... Ca s'appelle se prendre la nature humaine en pleine gueule. Et partir d'un pitch aussi simple pour arriver à une conclusion aussi osée et puissante, orchestrée par des combats et un esthétisme général d'une beauté à tomber, ça marque les mémoires. Oui, Hero est un chef d'oeuvre.


Retrouvez ci-dessous le test du Coffret DVD Sabre récemment paru chez HK Vidéo, reprenant deux films dont les superbes combats ont aussi été chorégraphiés par Tony Ching Siu-Tung.

Kevin Prin

  



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