
INTERVIEW : Bobby FARRELLY
Il y a peu de spectateurs qui verront la scène touchante où l'un des comédiens remercie l'équipe, au milieu du générique de fin.
Ray Valliere, qui interprète Rocket, n'est pas un comédien, il souffre de troubles mentaux. Lorsque nous avons tourné la dernière scène de comédie musicale, j'ai dit « Coupez ! » et Ray a commencé aussitôt à faire ce discours si inhabituel sur un tournage, j'ai fait alors signe de continuer à tourner. Il nous a tellement ému que nous avons décidé de le mettre au milieu du générique final, car cela ne fait pas partie partie du film, mais c'est un clin d'oeil auquel nous tenions. Il a fait un boulot remarquable sur le tournage, et nous avions tous les larmes aux yeux lorsque nous avons réalisé à quel point cela avait pu lui être si bénéfique.

Il y a du avoir avoir aussi des moments de franche rigolade !
Oh oui ! Nous aimons les farces. L'arrivée de Cher sur le tournage en a impressionné plus d'un, car c'est une véritable icône. Les portables sont interdits sur le plateau, et nous en avons caché un dans le manteau d'un comédien sans qu'il s'en aperçoive. Cher avait une scène assez longue, et lorsqu'elle se retrouva à côté du comédien, nous l'avons appelé. Il est devenu blême, d'autant plus que Cher a joué le jeu et commençait à hurler ! Nous étions morts de rire, devant notre pauvre dindon qui avait cru sa dernière heure arriver !
C'est grâce à une telle ambiance que vous attirez des comédiens dits sérieux, comme Matt Damon ou Meryl Streep ?
Pas seulement. Si vous regardez notre filmographie, vous vous apercevez que si un film a moins bien fonctionné qu'un autre, Peter et moi en sommes responsables, pas les comédiens. Ils se trouvent dans une situation où ils se livrent totalement à nous. Si ça marche, tant mieux pour eux, sinon, ce sont nous qui prenons tout en pleine poire !
Ils ne viennent pas en tout cas pour gagner un Oscar !
Cela me fait de la peine de voir que des comédiens ne gagnent la reconnaissance de nos pairs qu'une fois qu'ils ont prouvé qu'ils pouvaient interpréter des rôles dramatiques. Nous avons toujours adoré Bill Murray et Jim Carrey, avant même qu'ils touchent à d'autres genres que la comédie.

Vous aviez rencontré des siamois pendant la préparation ?
Oui, mais vous savez, ils ne sont pas nombreux ! Nous avions deux soeurs siamoises consultantes, Lori et Reba Schappel. Elles sont reliées par la tête. L'une est chanteuse de country, l'autre est infirmière. Elles réussissent à avoir deux vies séparées, comme les siamois dans notre film, donc ont été pour nous une source d'inspiration. Reba a écrit et interprété une chanson pour le générique de fin.
Est-il vrai qu'il a été un moment question de Jim Carrey et Woody Allen pour incarner les siamois ?
Le casting était évidemment crucial, et c'est l'une des raisons pour laquelle il a fallu si longtemps pour mener le projet à terme, car nous ne trouvions pas la bonne combinaison. Il est vrai qu'au départ, nous avions pensé à Jim Carrey et Woody Allen, mais quelque chose nous gênait. A la base, l'un des deux frères paraissait nettement plus âgé parce qu'il n'avait que 10% du foie, et vieillissait donc plus vite. C'est ainsi normalement. Mais nous avons préféré réduire cette différence, et j'en suis ravi, car Matt Damon et Greg Kinnear forment le meilleur duo imaginable. Ils sont parfaitement convaincants.
Puisque nous parlons de Jim Carrey, voyons le cas Dumb&Dumberer. Vous l'avez vu ?
Non, j'ai peur de me sentir trop mal ! Nous n'avons jamais souhaité de suites à nos films, mais Dumb&Dumber est le seul qui nous semblait avoir le potentiel d'en connaître une. Nous n'avions qu'une seule condition : avoir Jim Carrey et Jeff Daniels. Jim était partant, car il est conscient d'avoir marqué les esprits avec cette délirante comédie. Seulement il fallait attendre une année avant que son emploi du temps ne lui permette. Nous étions disposés à attendre, malheureusement, New Line ne l'entendait pas ainsi.

D'où vient votre fascination pour les personnages si décalés ?
Nous avons grandi avec ces gens, nous avions des amis attardés...Il nous a toujours paru étrange qu'il n'y ait pas plus de films sur ces gens qui existent. Malheureusement, ces personnages tombent souvent dans le cliché et on en montre qu'une facette de leur personnalité, alors qu'ils sont aussi complexes que chacun d'entre nous. En fait, nous les aimons, et nous voulons les montrer.
Quelle drogue prenez-vous pour avoir une telle imagination ?
(rires) En général, on nous dit plutôt qu'il est amusant de prendre des drogues en regardant nos films ! Je pense que nos gags viennent du fait que nous observons ce qui se passe autour de nous. Nous écoutons les gens avec attention, et bien souvent, nous entendons des anecdotes incroyables que nous retenons. Les histoires vécues sont les meilleures. Dans Mary à tout prix, l'histoire de la braguette qui coince les coucougnettes a eu lieu chez nous, à un de nos amis quand nous étions très jeunes, et notre père a du l'emmener à l'hopital. Nous en avons toujours ri, et pensions un jour ou l'autre le mettre dans un film !
Il y a souvent des flash-backs dans vos films, qui montrent des traumatismes. Votre enfance vous a-t-elle marqué à ce point ?
Pour être sincère, nous étions de parfaits ringards durant cette période de notre vie. Nous étions mauvais à l'école, nos premiers jobs ont été catastrophiques, nous nous sommes noyés dans les gaffes en tout genre...Au bout d'un moment, il nous a paru naturel de les tourner à notre avantage, et de faire de nos incapacités un moyen de gagner notre vie !

Votre prochain film ?
Nous allons tourner l'automne prochain The Three Stooges pour la Warner, sur le célèbre trio de comiques aux Etats-Unis.


Didier Verdurand
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