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SERGE REGGIANI (1922 - 2004)

SERGE REGGIANI (1922 - 2004)

Né le 02 mai 1922 à Reggio Emilia (Italie), Serge Reggiani a connu un destin emblématique aux yeux de la génération des Italiens émigrés en France dans des conditions difficiles. Fuyant le fascisme mussolinien, la famille Reggiani arrive en Normandie en 1930 puis à Paris dans le quartier du Faubourg Saint-Denis où le père de Serge ouvre un salon de coiffure. Le jeune homme qui est sportif (il pratique la boxe) mais aussi bon élève s'inscrit en 1937 au Conservatoire des Arts cinématographiques puis en 1939 à celui des Arts dramatiques. C'est Leo Johannon qui lui fait obtenir son premier succès au cinéma tandis que Jean Cocteau le remarque et lui confie au théâtre un rôle important dans Les enfants terribles. Il épouse Janine Darcey puis fuit la France pour échapper à l'enrôlement forcé dans l'armée italienne. Naturalisé français en 1948, il devient un acteur réputé en France comme en Europe.

Il s'installe avec sa nouvelle épouse Annie Noël dans les environs de Cannes vers 1960 et débute dans la chanson en 1965 à 44 ans avec le succès que l'on connaît. En fait, avec l'âge et l'approfondissement de l'inspiration, Reggiani écrit, compose, joue la comédie, donne des concerts, enregistre des disques, milite politiquement à gauche tout en s'occupant de ses enfants, en buvant et en fumant. On peut le mettre en parallèle avec Yves Montand à bien des points de vue, dont l'amitié avec Simone Signoret n'est pas le moindre, non plus que leur statut d'icônes de la « génération saint Germain-des-Prés » post-libération de Paris dans les années 1945-50. Activité débordante qu'il aura maintenu à un rythme assez étonnant - en dépit d'épreuves marquantes comme le suicide de son fils Stéphane en 1980 - jusqu'à la limite de ses forces. Il fut un artiste très aimé des Français et décoré à ce titre, le 24 janvier 2003, de la cravate de commandeur de l'Ordre National du Mérite par le Président Jacques Chirac.



Du point de vue cinématographique, un voyage au centre de sa filmographie s'avère une découverte assez incroyable : Reggiani aura tourné des documentaires pro-communistes, pro-cubain, des mélodrames italiens au casting hallucinant, des classiques du cinéma français reconnus, des films de genres variés (policier, guerre, érotique, comédie, drame psychologique), des films de série B voire Z savoureux à découvrir. Il prête à l'occasion sa voix comme narrateur. Les films où il a la vedette sont parfois bien inférieurs à ceux où il ne tient qu'un second rôle ou même un rôle effacé et limité dans le temps. Il sait en effet charger d'une chaleur humaine remarquable le coiffeur quasi-muet qui sauve Lino Ventura de la Gestapo dans L'armée des ombres, l'indicateur terrifié de Franco Nero dans La mafia fait la loi, pour ne citer que ces exemples entre de nombreux autres. Reggiani fut un acteur dans lequel le spectateur français, quelque fût son rôle, se reconnaissait sans effort et avec une constante sympathie. Il a touché au génie dramatique dans plusieurs rôles mémorables que nous signalons infra précisément. Il est mort le 22 juillet 2004 d'un arrêt cardiaque.





FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE COMMENTÉE

N.B. : les films dont la nationalité n'est pas précisée sont français. On n'a cité ici que les longs métrages sans tenir compte des téléfilms ni des courts métrages en dépit de leur importance biographique puisque son fils Stéphane en réalisa un. Le rôle crédité par les diverses sources est systématiquement recopié après le titre.

1938-1945
- Les disparus de Saint-Agil (1938) de Christian-Jacque - « un jeune élève » dans un lycée où des disparitions mystérieuses se succèdent : un classique de l'avant-guerre doté d'une réelle poésie.
- Conflit (1938) de Leonide Moguy - ? rôle inconnu dans un film rare du grand cinéaste français qui découvrit Ava Gardner et réalisa de beaux « drames psychologiques érotiques » dans les années 1950.
- Le voyageur de la Toussaint (1942-1943) de Louis Daquin - « Bob Eloi » dans un film réalisé par un cinéaste très classique.
- Le carrefour des enfants perdus (1943) de Leo Johannon - « Joris » premier succès au cinéma réalisé par un cinéaste au destin flamboyant analogue sur certains points à celui de Moguy, mêlant catholicisme et érotisme en de sublimes mélodrames dans les années 1950.
- François Villon (1945) d'André Zwoboda - le poète médiéval.

1945-1950
- Etoile sans lumière (1945-1946) de Marcel Blistene - « Gaston Lansac » aux côtés d'Edith Piaf et d'Yves Montand mais aussi Dita Parely, Jules Berry, etc.
- Les portes de la nuit (1946) de Marcel Carné - « Guy Sénéchal » dans ce film réaliste-poétique à la très belle photographie aux côtés de Montand.
- Coïcidences (1946-1947) de Serge Debecque - ? rôle inconnu dans cet unique film du réalisateur.
- Manu il contrabbandiere (Ital. 1947) de Lucio de Caro - « Manuel Ambrosini » dans ce film oublié qu'il ne faut bien sûr pas confondre avec l'homonymement proche Luca il contrabbandiere [La guerre des gangs] (Ital. 1977) de Lucio Fulci avec Fabio Testi, Ajita Wilson, etc.
- Le dessous des cartes (1947-1948) d'André Cayatte - « Manu »
- Le mystère de la chambre jaune (1948-1949) d'Henri Aisner - « Rouletabille » dans une adaptation de Gaston Leroux réalisée par un illustre oublié.
- Les amants de Vérone (1948-1949) d'André Cayatte - « Angelo » ou l'équivalent de Roméo dans cette version poético-onirico-fantastique du Roméo et Juliette de William Shakespeare qui a vieilli par certains aspects mais conserve un certain charme par d'autres. En vedette aux côtés de Pierre Brasseur et de la belle Anouk Aimé dont c'est le premier rôle vedette.
- Manon (1948-1949) d'Henri-Georges Clouzot - « Léon Lescaut » dans cette habile (peut-être un peu trop d'ailleurs) adaptation à la réalité sociale et morale d'après-guerre du roman de moeurs du XVIIIe siècle.
- Retour à la vie .(1949) d'André Cayatte, H.-G. Clouzot, Georges Lampin - « mari de la jeune allemande » dans un sketch (réalisé par lequel de ses co-réalisateurs ?) de ce film collectif invisible dont nous ne savons rien mis à part un générique très succinct mais qu'on peut retrouver, sans doute, dans l'un des volumes du si remarquable « Catalogue » de Raymond Chirat - dont on souhaiterait d'ailleurs une réédition complète, on en profite pour le dire ici !
- Le parfum de la dame en noir (1949) de Louis Daquin - Rouletabille dans une autre adaptation de Gaston Leroux.
- Au royaume des cieux (1949) de Julien Duvivier - “Pierre” en vedette dans ce film invisible de Duvivier très peu connu.

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