
SERGE REGGIANI (1922 - 2004)
Il s'installe avec sa nouvelle épouse Annie Noël dans les
environs de Cannes vers 1960 et débute dans la chanson en 1965 à
44 ans avec le succès que l'on connaît. En fait, avec l'âge
et l'approfondissement de l'inspiration, Reggiani écrit,
compose, joue la comédie, donne des concerts, enregistre des disques,
milite politiquement à gauche tout en s'occupant de ses enfants,
en buvant et en fumant. On peut le mettre en parallèle avec Yves Montand
à bien des points de vue, dont l'amitié avec Simone Signoret
n'est pas le moindre, non plus que leur statut d'icônes de
la « génération saint Germain-des-Prés » post-libération
de Paris dans les années 1945-50. Activité débordante qu'il
aura maintenu à un rythme assez étonnant - en dépit
d'épreuves marquantes comme le suicide de son fils Stéphane
en 1980 - jusqu'à la limite de ses forces. Il fut un artiste très
aimé des Français et décoré à ce titre, le
24 janvier 2003, de la cravate de commandeur de l'Ordre National du Mérite
par le Président Jacques Chirac.

Du point de vue cinématographique, un voyage au centre de sa filmographie s'avère une découverte assez incroyable : Reggiani aura tourné des documentaires pro-communistes, pro-cubain, des mélodrames italiens au casting hallucinant, des classiques du cinéma français reconnus, des films de genres variés (policier, guerre, érotique, comédie, drame psychologique), des films de série B voire Z savoureux à découvrir. Il prête à l'occasion sa voix comme narrateur. Les films où il a la vedette sont parfois bien inférieurs à ceux où il ne tient qu'un second rôle ou même un rôle effacé et limité dans le temps. Il sait en effet charger d'une chaleur humaine remarquable le coiffeur quasi-muet qui sauve Lino Ventura de la Gestapo dans L'armée des ombres, l'indicateur terrifié de Franco Nero dans La mafia fait la loi, pour ne citer que ces exemples entre de nombreux autres. Reggiani fut un acteur dans lequel le spectateur français, quelque fût son rôle, se reconnaissait sans effort et avec une constante sympathie. Il a touché au génie dramatique dans plusieurs rôles mémorables que nous signalons infra précisément. Il est mort le 22 juillet 2004 d'un arrêt cardiaque.

FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE COMMENTÉE
N.B. : les films dont la nationalité n'est pas précisée sont français. On n'a cité ici que les longs métrages sans tenir compte des téléfilms ni des courts métrages en dépit de leur importance biographique puisque son fils Stéphane en réalisa un. Le rôle crédité par les diverses sources est systématiquement recopié après le titre.
1938-1945
- Les disparus de Saint-Agil (1938) de Christian-Jacque - « un jeune
élève » dans un lycée où des disparitions
mystérieuses se succèdent : un classique de l'avant-guerre
doté d'une réelle poésie.
- Conflit (1938) de Leonide Moguy - ? rôle inconnu dans un film
rare du grand cinéaste français qui découvrit Ava Gardner
et réalisa de beaux « drames psychologiques érotiques »
dans les années 1950.
- Le voyageur de la Toussaint (1942-1943) de Louis Daquin - « Bob
Eloi » dans un film réalisé par un cinéaste très
classique.
- Le carrefour des enfants perdus (1943) de Leo Johannon - « Joris
» premier succès au cinéma réalisé par un
cinéaste au destin flamboyant analogue sur certains points à celui
de Moguy, mêlant catholicisme et érotisme en de sublimes mélodrames
dans les années 1950.
- François Villon (1945) d'André Zwoboda - le poète
médiéval.
1945-1950
- Etoile sans lumière (1945-1946) de Marcel Blistene - «
Gaston Lansac » aux côtés d'Edith Piaf et d'Yves
Montand mais aussi Dita Parely, Jules Berry, etc.
- Les portes de la nuit (1946) de Marcel Carné - « Guy Sénéchal
» dans ce film réaliste-poétique à la très
belle photographie aux côtés de Montand.
- Coïcidences (1946-1947) de Serge Debecque - ? rôle inconnu
dans cet unique film du réalisateur.
- Manu il contrabbandiere (Ital. 1947) de Lucio de Caro - « Manuel
Ambrosini » dans ce film oublié qu'il ne faut bien sûr
pas confondre avec l'homonymement proche Luca il contrabbandiere [La guerre
des gangs] (Ital. 1977) de Lucio Fulci avec Fabio Testi, Ajita Wilson, etc.
- Le dessous des cartes (1947-1948) d'André Cayatte - «
Manu »
- Le mystère de la chambre jaune (1948-1949) d'Henri Aisner -
« Rouletabille » dans une adaptation de Gaston Leroux réalisée
par un illustre oublié.
- Les amants de Vérone (1948-1949) d'André Cayatte -
« Angelo » ou l'équivalent de Roméo dans cette
version poético-onirico-fantastique du Roméo et Juliette de William
Shakespeare qui a vieilli par certains aspects mais conserve un certain charme
par d'autres. En vedette aux côtés de Pierre Brasseur et
de la belle Anouk Aimé dont c'est le premier rôle vedette.
- Manon (1948-1949) d'Henri-Georges Clouzot - « Léon
Lescaut » dans cette habile (peut-être un peu trop d'ailleurs)
adaptation à la réalité sociale et morale d'après-guerre
du roman de moeurs du XVIIIe siècle.
- Retour à la vie .(1949) d'André Cayatte, H.-G. Clouzot,
Georges Lampin - « mari de la jeune allemande » dans un sketch
(réalisé par lequel de ses co-réalisateurs ?) de ce film
collectif invisible dont nous ne savons rien mis à part un générique
très succinct mais qu'on peut retrouver, sans doute, dans l'un
des volumes du si remarquable « Catalogue » de Raymond Chirat -
dont on souhaiterait d'ailleurs une réédition complète,
on en profite pour le dire ici !
- Le parfum de la dame en noir (1949) de Louis Daquin - Rouletabille dans
une autre adaptation de Gaston Leroux.
- Au royaume des cieux (1949) de Julien Duvivier - “Pierre”
en vedette dans ce film invisible de Duvivier très peu connu.
![]() | |||||
|
|
| |||





































