
Un film qui, malgré ses défauts, comporte quelques qualités....
Le projet était fou: retranscrire de manière réaliste la Guerre de Troie et adapter, par la même occasion, l'Iliade d'Homère, la Chute de Troie, de Quintus de Smyrne et l'Enéide, de Virgile.
Le parti pris de mettre de coté toute allusion aux dieux est problématique car va à l'encontre de l'essence même de ces oeuvres: dans ces ouvrages, les hommes sont en grande partie manipulés par des forces supérieures (Zeus, Héra, Athéna...). Ici, paradoxalement, nos héros sont maîtres de leurs choix, mais ne peuvent échapper à leur destinée: Achille vivra longtemps, mais son nom restera perdu à jamais, ou mourra à la guerre et deviendra immortel dans la mémoire collective.

Le film prend de nombreuses libertés avec le mythe: la guerre de Troie semble durer à peine quelques jours alors qu'elle a duré plus de 10 ans; Achille est agressif envers les autres soldats alors que sa rancoeur est essentiellement dirigée contre Agamemnon; Ulysse ne se bat pas; on ne voit qu'un seul Ajax (au lieu de 2), lequel se fait d'ailleurs tuer par Hector, ce qui est impensable puisque dans l'Iliade, par deux fois, Hector manque de succomber aux coups d'Ajax (lequel est le héros le plus important après Achille); Hector (encore lui) qui tue Ménélas; Briséis tue Agamemnon; Pâris qui s'enfuit vivant de la ville; Enée, absent des combats et qui passe pour un jeune adolescent; l'absence de Cassandre et d'Hécube... et j'en passe. Il est clair que le passionné de mythologie grecque ne peut que hurler au scandale devant un tel irrespect de l'oeuvre originale.
Et on ne parlera pas des scènes de batailles qui ne peuvent être qu'immanquablement comparées à celles du Seigneur des Anneaux, nouvelle référence en la matière, et qui ne leurs arrivent pas à la cheville.

Pourtant, tout n'est pas à jeter dans ce film et je dois avouer que certaines scènes ont particulièrement attiré mon attention.
Le duel entre Pâris et Ménélas est, à ce titre, un bon exemple, Wolfgang Petersen semblant plus à l'aise dans cette scène que pour filmer de gigantesques batailles (Ndlr, pas de chance : un tour dans les bonus du DVD et on constate que ce n'est pas lui qui l'a tourné). On voit bien ici le caractère de Pâris, conscient qu'il est à l'origine de la guerre: il veut, de toute son âme, réparer sa faute mais, à la dernière minute, devant l'inexorable issue du combat, fuit. De la lâcheté? J'opterai plutôt pour de la peur, tout simplement, un sentiment humain... Et la réaction d'Hector, son frère, est tout aussi importante: il est conscient que son parent vient de fuir un duel, qu'il a ainsi violé les règles centenaires des combats, mais, il lui pardonne car, comme il le dit lui-même, c'est son frère. C'est le lien qui unit Hector à Paris qui est, dans le film, la pièce maîtresse. Hector accepte d'accompagner Hélène à Troie par amour fraternelle pour Pâris, alors qu'il sait très bien que la guerre sera inévitable; de même, il refuse de livrer son frère à Ménélas, à l'issue du duel, que ce dernier avait gagné, ce qui aurait mis fin, là aussi, à la guerre. Par deux fois, Hector avait les cartes en main pour changer le cours des choses, et il ne l'a pas fait, volontairement, tout en étant conscient de ses actes. C'est cet aspect qui m'a particulièrement plu.
Pour rester sur les duels, le combat entre Hector et Achille est magistral et confirme le talent du réalisateur à filmer des scènes où seuls deux personnages s'affrontent, physiquement, ou psychologiquement (la scène où Priam va réclamer à Achille le corps de son fils).
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