Certains reprochent à l’éditeur
LucasArts de ne plus proposer depuis longtemps des jeux originaux et de se reposer uniquement sur l’exploitation de licences prestigieuses telles que
Star Wars ou
Indiana Jones. Les créateurs de
Day Of The Tentacle ou
Monkey Island seraient-ils devenus des gestionnaires visant la rentabilité avant toute autre chose ?
Fracture pourrait bien pousser ces détracteurs à relativiser leur propos tant ce FPS parvient à sortir des sentiers battus. Pourtant, le "first person shooter" n’est pas le genre le plus innovant qui soit ! Il suffit pour cela de jeter un coup d’oeil sur ces dizaines de titres qui se plagient allègrement sans que personne n’y trouve à redire.
Technicien de surface
Et de fait, l’univers proposé par
Fracture frise la caricature avec son ambiance futuriste post-apocalyptique en proie à des conflits fratricides, ses unités commandos dopées aux testostérones et un grand méchant de service à la tête d’une armée prête à asservir le reste de l’humanité. Rien de bien nouveau au royaume de la S-F vidéoludique.
Si ce pitch n’a rien de séduisant, le soft n’est pourtant pas à laisser de côté car c’est pour une fois du côté du gameplay que le joueur risque d’être agréablement surpris. En effet, l’arsenal dont dispose votre personnage (un militaire bas du plafond et sensible de la gâchette) va bien au-delà du sempiternel plasma gun ou du fusil d’assaut de la mort qui tue…
Si ces armes "classiques" répondent à l’appel, d’autres s’avèrent beaucoup plus surprenantes en raison de leur capacité à modifier l’environnement. En effet, il vous sera possible de réellement "modeler" le terrain en créant artificiellement des monticules ou des trous qui alignées les uns contre les autres peuvent former de véritables tranchées. Il ne s’agit pas de sacrifier à la mode actuelle de l’environnement destructible mais plutôt de modifier celui-ci afin de vous protéger des tirs ennemis et de progresser à couvert, en d’autres termes d’envisager l’environnement comme un atout tactique.

Et il faut reconnaître que cette possibilité va bien au-delà du simple gadget et doit être absolument intégrée à votre manière de jouer. Du moins, si vous voulez progresser sans mourir toutes les deux secondes… Certaines grenades permettent même de créer des colonnes rocheuses qui vous faciliteront l’accès à des zones élevées autrement inaccessibles : très pratique pour une petite séance de sniper !
Tout cet arsenal se manipule facilement et s’avère particulièrement efficace. On peut néanmoins regretter certaines limitations un peu frustrantes. Par exemple, certains terrains ne peuvent être modelés alors qu’ils ne semblent pas plus "solides" que les autres. En vérité, on a parfois l’impression d’être contraint à suivre un chemin prédéfini, histoire de bien coller à certains "scripts". Et de fait, ces capacités originales ne peuvent être utilisées pour vous créer des tracés alternatifs, le jeu étant affreusement dirigiste. Quel dommage de ne pas utiliser un piton pour passer au-dessus d’un pan de mur et d’être, au contraire, obligé de creuser une tranchée pour passer en dessous… Voilà de quoi méditer en vue d’un éventuel deuxième opus !

On ne peut en revanche que se féliciter de l’IA des opposants, à la fois pugnaces et assez fourbes pour ne pas se lancer comme des crétins à la rencontre de vos balles meurtrières. Ceux-ci savent vous contourner, se mettre à couvert ou se lancer subitement à l’assaut par vagues. Cela faisait longtemps que le gamer n’avait pas été ainsi sollicité.
Fracture est loin d’être un jeu grand public et certains passages sont même assez costauds pour mettre vos nerfs à dure épreuve. Mais c’est devenu si rare en cette sombre ère de "casual gaming" qu’on ne va pas s’en plaindre outre mesure.
On veut de vrais héros !
Par bien des aspects,
Fracture est donc un jeu réjouissant et plutôt bien fichu. Il souffre cependant de quelques défauts qui l’empêchent d’accéder au statut si convoité de super hit. En premier lieu, le level-design n’est pas toujours très inspiré et manque de "caractère". Tout comme le héros dont vous avez la charge d’ailleurs… Rarement, il nous aura été donné de manipuler un pantin aussi peu charismatique... Caricatural mais sans burnes, dénué de profondeur et d’humour, juste une enveloppe superficielle à laquelle il est impossible de s’attacher. Et depuis l’avènement des FPS intelligents comme
Bioshock, cette vacuité fait un peu pitié, il faut bien le dire…
Et si
Fracture ne manquait pas tout simplement d’ambition ? C’est un peu l’impression qui domine au fil de notre progression. Une fois la première surprise passée, le joueur est un peu à la recherche d’un grand frisson qui ne sera jamais ressenti. Ce ne sont pourtant pas les bonnes idées qui manquent et c’est bien pour ça que l’on est en droit de nourrir quelques regrets qui n’ont heureusement rien de rédhibitoire.