Comme la Nintendo 64 avant lui, le Cube aura finalement eu son triptyque
Mario Party. Cette fois-ci, comme pour mieux réussir sa sortie, le fleuron des party game réunit Mario et son gang autour d’un de ces accessoires qui font le bonheur des nippons mais qui parviennent trop rarement jusqu’au vieux continent : en l’occurrence, un micro.
Mario Party 5 n’ayant pas répondu à toutes nos attentes, nous étions déjà certains que l’incorporation de ce micro donnerait une foule de nouvelles idées aux développeurs d’Hudson. Plein d’espoir, on voyait déjà se profiler les plateaux toujours plus loufoques, toujours plus imprévisibles et surtout toujours plus riches en mini-jeux insolites. Comme l’a si bien scandé Nintendo,
Mario Party 6 nous arrive sous le signe du renouveau. Et si les fondations sont toujours les mêmes, on note effectivement de nombreuses petites évolutions. Alors sans plus attendre,
let’s party !

Peut-être le plus fun des mini-jeux…
On passe vite sur l’espèce de scénario indigent qui sert de prétexte à l’habituelle et frénétique collecte d’étoiles pour jeter un rapide coup d’œil sur le contenu de cette sixième édition : quatre modes de jeux se disputent les faveurs des joueurs. Autour du classique
mode Party, qui réunit cinq tables de jeu (plus une sixième à débloquer), on retrouve un
mode solo, un
mode mini-jeux, et un petit nouveau : le
mode micro. Comme mes potes ne sont pas encore arrivés, allons faire un tour du côté du mode solo.
Un mode solo sopo…
Hudson ne devait visiblement pas être très satisfait de sa première tentative de mode solo pour
Mario Party 5 puisqu’il l’a complètement refondu. Trois plateaux en tout et pour tout composent ce nouveau mode de jeu. Il s’agit invariablement d’arriver sur la dernière case du plateau sans la dépasser, sous peine de perdre les pièces et les mini-jeux chèrement acquis en cours de chemin. Ok, c’est original, mais ça manque cruellement de souffle. On trouve rapidement l’astuce qui permet de finir victorieux à chaque fois et les trois tables sont expédiées en 30 minutes chrono. Décidément, les développeurs de
Bomberman savent mieux y faire en matière de délire multijoueurs qu’en matière d’aventure solitaire. Le challenge solo de
MP5 était déjà d’un ennui profond, celui de
MP6 possède des vertus soporifiques à vous mettre un inspecteur Derrick à la retraite. On s’ennuie ferme et on a vite envie de passer à autre chose. Pourtant, celui qui a l’intention de réaliser un tour exhaustif de ce
MP6 va devoir en avaler des tableaux solos s’il tient à débloquer tout ce que le soft garde en réserve. En effet, ce mode de jeu s’avère particulièrement généreux en étoiles, or ce sont ces étoiles qui permettent de débloquer les différents goodies qui vous attendent dans la banque étoile.
La
banque étoile en question renferme tout un tas de trésors divers et variés qui se monnayent contre les étoiles remportées dans les autres modes de jeu. Bien entendu, le but premier de ce "centre de ressources" est avant tout d’accroître substantiellement la durée de vie du soft. On y trouve pêle-mêle : un plateau, un personnage, un mode de jeu et un mini-jeu supplémentaires, des niveaux de difficultés plus élevés, des provocations pour chacun des personnages, des sons en tout genre, des secrets plus ou moins pertinents sur les mini-jeux ainsi qu’un curieux livre que les plus acharnés s’évertueront à déverrouiller page par page.

Une parfaite connaissance de la manette et de ses 6 boutons est souvent requise
Un mode Party très inégal
Mes potes sont arrivés, on va donc pouvoir passer au mode Party (
mode "Fête"). Pour les béotiens, rappelons brièvement que rien n’a changé depuis six épisodes : quatre joueurs se déplacent à tour de rôle sur un plateau de jeu. Il leur arrive plein de trucs bizarres. On leur donne des pièces et des étoiles, on les leur reprend. Ils utilisent des objets bonus pour aller plus vite ou pour piéger les autres joueurs. Ils s’affrontent dans des mini-jeux (chacun pour soi ou en équipes). Et à l’issu d’un nombre de tours de jeux spécifiés au départ, celui qui termine avec le plus d’étoiles en poche est déclaré vainqueur.
Passons maintenant à ce qui change avec cet épisode : parmi les six plateaux de jeux du mode Party, on ne trouve désormais plus que deux plateaux fonctionnant selon les règles "classiques". Pour les quatre autres, Hudson a fait preuve d’un souci (louable) d’innovation en introduisant à chaque fois une nouvelle règle additionnelle qui change fondamentalement la manière de collecter les étoiles. Malheureusement, le résultat n’est pas toujours très convaincant. Pour deux de ces quatre plateaux, on peut même sérieusement se demander si Hudson n’a pas expédié un peu trop vite la phase de beta-test… Sinon, comment expliquer ces objectifs mal répartis qui nous cantonnent dans une seule et même section de la table. Comment expliquer ces quelques bugs de collision qui pourrissent une poignée de mini-jeux ? Et ces problèmes d’IA, tantôt irrésistible tantôt déplorable (même au niveau de difficulté le plus élevé), qui en sabotent quelques autres ? Et cet autre mini-jeu en écran splitté où l’on manque cruellement de visibilité ? Bref, la fête est régulièrement gâchée par une réalisation plus approximative qu’à l’habitude.
Mario Party 6 regroupe pourtant la bagatelle de 82 mini-jeux, mais à vrai dire, on se serait largement contenté de la moitié de ce total si c’était le prix à payer pour qu’Hudson nous concocte un ensemble de mini-jeux variés (c’est de moins en moins le cas) et vraiment originaux, et surtout qu’il nous épargne tous ces mini-jeux où seul le hasard entre en compte et qui emmerdent tout le monde.

Des plateaux toujours très animés, mais pas forcément très passionnants
Et le micro ?
Ah le micro, je l’avais presque oublié. Mais il faut préciser que le micro intervient dans seulement 5 des 82 mini-jeux que compte le soft. A la différence des micros de
Singstar, celui de
Mario Party (qui se branche sur le second port carte mémoire) se limite à un peu de reconnaissance vocale (sur certains mots seulement). Et ça marche plutôt bien, en tout cas techniquement, parce que les mini-jeux qui le mettent en œuvre laissent, eux aussi, franchement à désirer et révèlent de sévères déséquilibres dans les rapports de force.
Alors, il nous reste bien le
mode Micro, qui comme son nom l’indique est entièrement dédié à l’accessoire. Mais en plus des cinq jeux mentionnés ci-dessus, on n’y trouve guère plus qu’un quizz d’une lenteur à rendre fier un modem 56K (essayez d’imaginer le dynamisme d’un quizz façon "Questions pour un champignon" mais avec un seul micro). On y trouve également trois petits parcours où il s’agit de donner ses ordres à un personnage qui doit rejoindre la fin d’un tracé de type
Excitebike : un petit mode de jeu bien sympatoche mais très limité… Et c’est tout ! Vous pouvez ranger le micro dans sa boîte.

Un des cinq mini-jeux micro. Peut-être le plus déséquilibré : Mario n’a aucune chance…
Sauvé par son mode Mini-jeux ?
Après avoir débloqué suffisamment de mini-jeux, (c'est-à-dire après avoir roulé sa bosse dans le mode Party et le mode solo), on pourra toujours se rabattre sur le mode mini-jeux afin de se disputer la victoire en ne choisissant que les épreuves les plus réussies (les mini-jeux en 2 vs 2 notamment).
C’est aussi dans ce compartiment de
Mario Party que l’on a accès aux quatre derniers mini-jeux, inaccessibles autrement. En temps normal, on ne s’attarderait pas sur ce genre de détail mais il se trouve qu’un des quatre mini-jeux en question vaut tout de même un petit détour : le
"Puzzle Bloc Etoiles". Ce puzzle jouable à un ou deux joueurs fonctionne un peu comme un
Puyo Pop inversé et, sans en avoir l’air, il s’avère plutôt bien ficelé et assez prenant. Sans révolutionner le genre, cette petite digression constitue sans doute une idée à creuser pour Hudson, qui tient peut-être là un futur filon dans la catégorie réflexion.
Mais le principal atout du mode mini-jeux, c’est surtout de nous épargner la lenteur des actions et les animations balourdes qui sévissent sur les plateaux de jeu du mode Party. Ce n’est pas nouveau. C’est le principal défaut du soft depuis le premier opus. Il est montré du doigt dans toutes les critiques depuis six éditions, mais les petits gars d’Hudson ne semblent pas vraiment savoir comment y remédier. Alors, on va leur filer un petit coup de main.
Plan d’action Mario Party 7
En y regardant de plus près, il se pourrait même qu’en redynamisant les phases de plateau du mode Party, le mode de jeu principal puisse devenir séduisant même en solitaire - ce qui dispenserait Hudson de nous concocter des modes de jeu foireux pour un seul joueur. Pour cela, il faudrait par exemple :
- réintroduire les réactions en temps réel (comme dans
Mario Party 3) lorsque notre personnage se déplace sur le plateau (sauter pour éviter des pièges ou des rochers),
- Réintroduire les méga-champis qui nous permettaient d’écraser les autres personnages et qui avaient le mérite d’animer les débats (
Mario Party 4),
- Réintroduire les blocs cachés qui pouvaient se révéler sur des cases d’apparence anodine,
- Multiplier les possibilités de ricanement de ces bons Yoshi, Waluigi ou Toad qui permettent aux autres joueurs de s’occuper un minimum quand ils attendent leur tour,
- Introduire des facultés spéciales ou des objets spéciaux en fonction des personnages,
- Introduire un paramètre "Diplomatie" qui permettrait aux joueurs de proposer des alliances en cours de jeu, de les établir, de les défaire…
Bref, les idées ne manquent pas... La série a encore un peu de marge de manoeuvre.

Une fois de plus, les jeux les plus funs sont ceux par équipes de deux
Après trois épisodes sur la même console, le concept
Mario Party commence sérieusement à s'essouffler. Heureusement pour Hudson et Nintendo, l’adepte des party game ne s’est pas posé de question et les a acheté tous les trois. Il s’est même bien éclaté avec chacun d’eux. Pourtant - et la remarque était déjà un peu valable pour
Mario Party 5 - les mini-jeux sont un peu moins variés et moins bien fignolés techniquement. Le gameplay en paye inévitablement les frais et l'engouement s'amenuise plus vite.
Le cru
Mario Party 6 ne restera pas dans les annales. Peu parfumé, il est à consommer rapidement avant qu’il ne tourne au vinaigre. A conseiller uniquement aux inconditionnels du party game ! (Les plus sages lui préfèreront un
Mario Party 4 toujours incontournable sur GameCube)