Est-ce que le nom de Yoot Saito vous dit quelque chose ? Remarquez, le bonhomme n’est pas forcément très connu car peu prolixe en nombre de jeux créés. Toutefois, il a sa petite réputation dans le monde vidéoludique, qu’il doit essentiellement à ses créations "ovniesques". Précédé de sa réputation d’excentrique, il n’a surpris personne en annonçant le principe de base de
Odama, en l’occurrence un mélange de flipper et de stratégie, il en a par contre inquiété beaucoup avec cet improbable mariage. Alors, alliance contre-nature ou véritable coup de génie ?

Avant d’aborder le gameplay à proprement parler, resituons
Odama dans son contexte historique. Vous êtes le descendant direct d’un seigneur japonais qui fut trahi en son temps par un de ses vassaux : Karasuma Genshin. Depuis ce forfait, la vengeance est devenu votre leitmotiv. Comme il se doit, vous désirez aussi redonner à votre clan la place qu’il mérite dans la hiérarchie japonaise. Pour cela, vos ancêtres vous ont légué deux atouts de poids. Le premier, c’est une gigantesque boule, connue sous le nom d’
Odama, qui possède le pouvoir d’infliger des dégâts considérables dans les rangs de l’ennemi. Le deuxième, c’est une cloche, appelée
Ninten, qui se trouve être dotée de pouvoirs magiques et que vous vous devez de mener jusqu’au sommet du château de votre ennemi.

Au travers d’une douzaine de missions, le mode campagne va vous faire user vos souliers, depuis les plaines Kuruwa jusqu’au château Karasuma, objectif final de votre quête. Chacune des missions se présente sous la forme d’un flipper classique avec ses deux flips positionnés en bas de l’écran. Ce n’est peut-être pas très excitant de prime abord, mais fort heureusement le soft manipule brillamment un certain nombre d’éléments vraiment innovants. Premier aspect original, le flipper en question possède des dimensions gargantuesques : les montagnes et autres rivières constituent le décor au sein duquel va dévaler une bille non moins gigantesque. Vous aurez compris que celle-ci n’est autre que la célèbre Odama, la boule légendaire qui décime tout ce qu’elle trouve sur son passage, qu’il s’agisse des soldats ennemis ou de vos propres soldats. Autre originalité : pour gagner, vous devrez faire en sorte que la cloche Ninten, portée par vos soldats, atteigne une porte généralement située tout en haut de l’aire de jeu. Et c’est là où ça se complique. Une armée défend la porte visée et vous devrez donc composer avec elle pour atteindre cet objectif. Le seul moyen de garantir la progression de la cloche, c’est de faire en sorte que votre armée soit en nombre supérieur à celle de votre ennemi. Ainsi, tout est question de rapport de force entre ceux qui veulent faire monter cette cloche et ceux qui veulent la voir redescendre, un peu comme dans une mêlée au rugby.

Pour arriver à vos fins, vous disposez de plusieurs options agissant sur votre environnement. La première consiste bien sûr à manier les flips, outils indispensables à la maîtrise d’Odama. Vous pouvez également jouer sur l’inclinaison du décor afin de modifier la trajectoire de la boule magique. Enfin, le micro vous permet de donner des ordres à vos troupes, celles-ci pouvant réorienter la trajectoire de la cloche ou encore capturer des points stratégiques comme des catapultes ou des flips ennemis. Davantage que dans un des derniers
Mario Party, l’utilisation du périphérique sonore prend ici tout son sens : les parties sont constamment rythmées par les ordres que vous scanderez avec ardeur. Je vous conseille donc tout particulièrement d’éviter de jouer dans un lieu public si vous ne voulez pas que votre santé mentale puisse être remise en cause. En tout cas, il faut avouer que la mayonnaise prend bien et que vous vous prendrez aussi rapidement au jeu de ce joyeux mélange d’action et de stratégie.

Evidemment, pour compliquer un peu le tout - mais surtout pour notre plus grand plaisir - les développeurs ont multiplié les difficultés et les possibilités tactiques. Tout d’abord, lorsque Odama (la boule) percute Ninten (la cloche), les ennemis sont momentanément assourdis et tombent inanimés, c’est donc une aubaine pour la progression de vos troupes. Autre arme à exploiter : dans certains cas, Odama peut se transformer en une boule incandescente qui non seulement épargnera vos armées mais fera aussi basculer chaque ennemi rencontré dans votre camp. C’est également le seul moyen d’étoffer votre réserve d’hommes qui pour sa part est limitée. Et le soft brasse encore plusieurs bonnes idées du même acabit : extra-balle, cavalerie dévastatrice, flaques d'huile pour faire glisser les soldats ennemis, etc.
Tous ces aspects, mêlés aux joies de la stratégie militaire, vous entraînent dans une frénésie guerrière qu’il est bien difficile d’interrompre.
Odama repose sans conteste sur un gameplay original, prenant et très jouissif. Le seul reproche qu’on pourra lui faire concerne la difficulté des challenges. Ne comptez pas remporter un défi du premier coup. Chaque niveau, même le premier, s’appréhende avec le temps (et les échecs), vous obligeant à recommencer encore et encore pour affiner votre tactique et pour enfin voir la cloche sacrée atteindre son objectif. Ceux qui s’armeront de courage et feront preuve de persévérance ne manqueront pas de s’émerveiller devant les nombreuses bonnes idées de cet
Odama. Nintendo joue une fois de plus la carte de l’originalité mais ne s’adresse cette fois-ci pas au grand public. Une pépite pour hardcore gamers !