Commençons par déblayer l'histoire : un premier accident nucléaire majeur a eu lieu à Tchernobyl, Ukraine, le 26 avril 1986. Coup de bol, le nuage radioactif s’est arrêté juste à nos frontières… Par contre, c'est une vraie déveine qu'un second accident ait eu lieu presque vingt ans jour pour jour après la première catastrophe, avec des conséquences bien différentes : le périmètre autour de la centrale a rapidement vu défiler nombre de visiteurs inhabituels, des militaires et des scientifiques bien évidemment, mais aussi des factions de tendances opposées, des bandits, et surtout des gens en quête de richesse : les Stalkers.
Vous incarnez l’un d’entre eux, "Le Tatoué" (the Marked One en anglais), un Stalker amnésique, désarmé, dépourvu de tout. Tout ce dont son esprit amoindri se souvient, c’est de sa mission : tuer un autre Stalker du nom de Strelok.

Les débuts de l'aventure ne partent pas sous de très bons auspices : nanti d'un PDA très utile (puisque tenant lieu de carte, GPS, boussole et stockage de données diverses), d'un pistolet pas vraiment de concours et d'une combinaison de Stalker, le tout généreusement octroyé par un vieux marchand cacochyme, vous partez explorer les environs, en quête de Strelok bien sûr, mais également soucieux des mini-missions octroyées par votre bienfaiteur ou bien par de parfaits inconnus rencontrés en chemin. Ces sous-quêtes vous permettront d'amasser argent, médikits, bandages, nourriture, boissons et armes, que vous stockerez dans un inventaire pour un poids maximum de cinquante kilos. Ces quêtes sont malheureusement chronométrées, et il ne sera pas rare de voir une série d'échecs apparaître sur le PDA, faute de temps !

La première mission est bien représentative de l'ambiance à venir. Elle se déroule sur une map immense (elles seront parfois entrecoupées de temps de chargement) représentant la zone irradiée autour de la catastrophe. En dépit des dégâts et du traumatisme, la vie commence à y reprendre ses droits. Ainsi notre Stalker va croiser la route d’animaux mutants, d’autres Stalkers, mais aussi de bandits, soldats, scientifiques et de nombreuses factions regroupant des gens dont les buts et les intérêts divergent fortement… La végétation, parfaitement rendue, abrite des anomalies, conséquences des explosions nucléaires, dont les effets sont variables : champs ou particules chargés d'électricité, petites surfaces mortellement irradiées et donc impraticables, champs électromagnétiques, phénomènes paranormaux indescriptibles, bref vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer ! Le côté positif est qu'on y rencontre souvent des artefacts, eux aussi directement générés par le cataclysme. Ils ont des propriétés diverses : certains protègent des radiations, d'autres permettent une vélocité accrue ou bien une résistance améliorée aux blessures, et toutes ont une certaine valeur marchande.

Eh oui, côté RPG oblige, le pognon fait son apparition dans ce FPS. Il vous sera nécessaire pour acheter des armes aux marchands ou barmen tenant lieu de "point central-pourvoyeur de mission" sur chaque map. Il vous en faudra aussi pour acheter des boissons énergisantes, du saucisson ou du pâté, un symbole menaçant de famine apparaissant sur votre barre de santé si vous ne vous alimentez pas régulièrement. Enfin et surtout, l’argent est vital pour améliorer votre armement en faisant l'emplette d'armes de plus en plus sophistiquées avec les différents types de munitions qui vont avec (c'est pas dur à améliorer vu la daube qu'on vous file en début de jeu…). A noter un hommage à
Redneck Rampage : dans
STALKER, la vodka a en effet la propriété bien connue de faire descendre le niveau de radiation (sic). En revanche, lorsque l'on en consomme trop, la vision à l'écran se déforme !
Pour se balader dans "la Zone", endroit particulièrement dangereux, malsain et très anxiogène, certaines précautions doivent être prises : pour passer certaines anomalies, on se procurera par exemple une combinaison anti-rads, en plus d'une combinaison de mercenaire, largement plus efficace que celles des Stalkers. On pourra aussi passer à sa ceinture certains des artefacts aux propriétés plus ou moins utiles selon la situation, mais gare aux effets négatifs ! Mieux vaut éviter les meutes de chiens mutants, au comportement erratique, et faire alliance avec les factions les plus intéressantes (comprendre les plus puissantes).

Un mot sur l'IA : celle des ennemis humains (sauf les zombies) est redoutable, ceux-ci effectuant des replis provisoires ou des attaques de flanc assez roublardes. Par contre, comme cité supra, on aura intérêt à installer le patch, faute de quoi les combats seront largement déséquilibrés, en raison de l'inefficacité totale des armes de base du Stalker, y compris à courte distance, au contraire de celles des ennemis qui elles sont performantes même à longue portée ! L'IA des animaux est curieuse, aléatoire, peut-être parce qu'ils ont eu les neurones grillées par les radiations… Quant à celle des monstres, elle est particulièrement efficace, mais ça, vous vous en rendrez vite compte par vous même…
Le côté RPG est finalement assez light, l'argent récolté sur les cadavres ou reçu en bonus pour avoir réussi de petites missions ne sert finalement pas à grand-chose : pour se procurer les items nécessaires à sa survie, on aura meilleur temps de fouiller les cadavres, voire de tuer sournoisement quelqu'un en possession d'une arme que l'on convoite. Mais attention, tout a une conséquence ici, si vous décidez d'assassiner quelqu'un, faîtes le dans un endroit clos, absolument dépourvu de témoins, sans quoi vous risquez de vous exposer à la vengeance de la faction à laquelle appartenait la victime… En bref, mieux vaut se servir que négocier, c'est souvent plus rapide !

Au final, on est en présence d’un très bon FPS, nanti d'armes que l'on rencontre rarement chez la concurrence, le tout mâtiné d'un petit côté RPG très agréable et finalement suffisant : gestion de la sustentation, des soins, des armes qui s'enrayent, bavardage/marchandage avec les NPC... Le concept de la météo, avec ses superbes changements climatiques, couplé au cycle temporel jour/nuit, agrémente une ambiance déjà très glauque mais très prenante.
Côté passif, quelques bugs de chargement / rechargement de missions font apparaître ou disparaître des cadavres ou des NPC, et on pourra regretter l’absence de certains éléments de gameplay prévus de longue date comme la conduite de véhicules - en contrepartie, vous pouvez courir à une vitesse digne de Steve Austin (nan, pas le catcheur, l'Homme qui valait trois milliards) !
Agréable dérivatif aux FPS deuxième guerre ou horreur, l'univers inédit de
S.T.A.L.K.E.R. : Shadow of Chernobyl offre une longue durée de vie grâce à ses différentes manières de l'aborder et ses multiples fins possibles.