Kratos signe son grand retour. Avec lui sa soif de sang et sa haine incommensurable pour les instigateurs d’armistice, les fomenteurs de trêve et autres fieffés pacifistes. Le dieu de la guerre ne parlemente pas, lui, et il ne cherchera même pas à se justifier, il faut que ça saigne, un point c’est tout ! Après un premier opus remarquable et remarqué en 2005, Sony dévoile la suite de la destinée funèbre du musculeux tatoué dans ce qui constituera bientôt le volet central d’une trilogie.
God of War premier du nom s’était en partie distingué pour son mixe parfait de baston et de plates-formes.
GoW 2 enfonce le clou avec ses allures de blockbuster à forte teneur en hémoglobine. Dans le genre brutal, ce second opus ne fait pas dans la demi-mesure.

Dès son amorce,
GoW tapait déjà violemment du poing sur la table,
GoW 2 pour sa part la réduit en copeaux après cinq minutes de jeu seulement. Trop encombrant au goût de Zeus, Kratos est trahi par les dieux de l’Olympe alors que ses guerriers spartiates se livrent au sac de Rhodes. Ce premier chapitre, encadré par deux cinématiques époustouflantes, part sur des bases extrêmement élevées : pas le temps de faire les présentations, les combats s’enchaînent à un rythme tonitruant sous les coups de boutoir d’un colosse de Rhodes qui en veut visiblement à notre héros. C’est seulement à l’issue de ce "prologue" que nous est dévoilée la nouvelle trame : s’il veut avoir encore un rôle à jouer dans les hautes sphères, Kratos doit s’intercaler dans la lutte opposant les Titans aux Dieux de l’Olympe. Ces derniers l’ont en effet dépouillé de l’essentiel de ses pouvoirs, en usant d’un stratagème par ailleurs très bien amené. Il va maintenant lui falloir en conquérir de nouveaux en gagnant la confiance des Titans. Il n’est pas nécessaire d’avoir joué au premier volet pour apprécier GoW 2. Toutefois, ceux qui ont déjà côtoyé Kratos partiront avec un petit bonus permettant de mieux appréhender scénario et clins d’œil.
Kratos, tu déchires !
Pour faire le ménage autour de lui, le divin chauve peut compter sur une vaste gamme de combos et plusieurs armes dont quelques inédites. Grosso modo, les combats se déroulent de manière similaire au premier opus : l’essentiel des mouvements est d’ailleurs commun aux deux épisodes, tout comme certains adversaires et plusieurs routines d’attaque. Les "Quick Event" (ou actions contextuelles) sont toujours de la partie et surviennent à peu près avec la même fréquence. Les nouvelles armes apportent en revanche davantage de sang frais. Pour voir Kratos manipuler son marteau géant, il vous faudra toutefois patienter plusieurs heures de jeu. Saluons au passage une excellente gestion des masses, visible non seulement à l’usage de cette arme mais aussi lorsque Kratos se réceptionne après une longue chute. D’une manière générale, les combats paraissent nettement plus violents et immoraux : Kratos excelle dans l’art d’éventrer, de broyer et de disloquer. Pour ce qui est du carnage,
GoW 2 n’a absolument rien à envier au film
300. Les péripéties conduiront parfois notre boucher à guerroyer dans les airs dans le cadre de nouvelles phases de jeu à dos de Pégase. Les sensations ne sont alors pas loin du shoot’em up et insufflent un peu de variété, même si ces étapes sont sensiblement moins abouties que le reste du jeu.

Malgré ses agissements inavouables et son physique de bûcheron, Kratos n’est pas une brute décérébrée, enfin pas complètement. Il le prouve en résolvant de nombreuses énigmes. En plus d’être originales et relativement variées, elles s’insèrent adroitement dans la mythologie grecque à l’image du processus d’activation des "Coursiers du Temps". Dans son déroulement,
GoW 2 n’est cependant pas aussi carré que
Prince of Persia dans le sens où l’on peut parfois avoir le sentiment d’être bloqué face à certaines énigmes mais après tout ça fait du bien de se creuser la cervelle de temps en temps et puis ces casse-tête permettent aussi de temporiser entre deux étripages. Le parallèle avec PoP ne s’arrête d’ailleurs pas là, Kratos devant souvent déchiffrer son environnement avant de pouvoir avancer. Il s’agrippe aux corniches, saute et utilise ses armes pour se balancer, tout comme le prince, la puissance en plus.
Grandeur et décadence
Malgré ses nombreux points communs avec la trilogie d’Ubisoft Montréal, la licence de Sony ne se contente pas de recopier les idées de ses petits camarades. Au contraire, elle s’est forgée un solide caractère appuyé sur un sens aigu de la mise en scène. Digne d’une réalisation hollywoodienne avec ses angles imposés, ses rotations, ses travellings, ses prises de vue aériennes et ses contrechamps,
God of War 2 atteint un niveau de maturité nettement supérieur à son prédécesseur. Il faut dire que la mythologie grecque constitue une solide source d’inspiration avec ses nombreux personnages emblématiques, des divinités Zeus et Arès aux Titans Gaïa et Chronos, en passant par le Cyclope, Icare, Pégase, Ptolémée ou encore Thésée. Ces mythes se prêtent idéalement à des affrontements contre des Boss de fin de niveau surdimensionnés dont l’issue s’accompagne souvent d’un sentiment de malaise similaire à ce que l’on pouvait ressentir en terrassant les géants de
Shadow of the Colossus. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’affronter un colosse pour rendre un combat mémorable, comme le démontre l’opposition avec le "modeste" Thésée, qui s’achève par une des morts les plus atroces et répugnantes perpétrée par un héros de jeu vidéo. Même Dupontel avec son extincteur dans
Irréversible a l’air d’un ange à côté de Kratos. Par leur contraste, ces éclairs de violence extrême rendent les visions architecturales encore plus bouleversantes et envoutantes, à l’image de la découverte des Coursiers du Temps, un summum de magnificence que seuls
Les Sables du Temps avaient jusqu’alors approché dans un jeu vidéo (promis, j’arrête avec PoP).

Pour ne rien gâcher la réalisation est au diapason. Sur le plan visuel, la PS2 est à son maximum. Les designers se livrent à une véritable démonstration technique à laquelle se superpose une bande-son de haute-volée lorgnant vers les répertoires de Howard Shore et Basil Poledouris. A noter qu’en paramétrant le soft en VO, vous profiterez d’une restitution plus tonique avec davantage d’interventions vocales in-game et une meilleure balance entre les voix et la musique, la seconde ayant tendance à étouffer les premières en VF.
Après
Final Fantasy XII, la PS2 s’offre avec
God of War 2 une fin de vie monumentale, le mot n’est pas trop fort. Sans révolutionner le gameplay du premier opus, les développeurs ont procédé à de nombreuses petites retouches révélatrices d’une grande maîtrise dans leur exercice. Ils ont tout compris en matière de rythme, de renouvellement et de mise en scène. Peu de temps morts, un degré de sauvagerie rarement atteint, des sensations de puissance à se damner et une réalisation à couper le souffle au service d’un chef-d’œuvre dont on ne pourra reprocher que sa longévité. Et encore… Si l’aventure semble passer aussi rapidement c’est que cette tragédie grecque ne se parcourt pas, elle se dévore ! La PS3 peut être jalouse…