Entre
World of Warcraft, au règne quasi sans partage,
Everquest,
DAOC et
Lineage, qui conservent chacun leurs aficionados, ou encore
Guild Wars, qui s’est rapidement construit une belle petite réputation, on pouvait craindre que le marché des RPG en ligne arrive à saturation. Dans ces conditions, sortir un nouveau MMO semblait presque relever du suicide financier. Sauf si vous assouvissez le vieux fantasme des fans de l’heroic fantasy : construire un jeu massivement online basé sur l’univers de maître Tolkien. Le résultat tombe comme un couperet : le jeu bat des records de vente sur toute la planète. Une question demeure cependant, doit on ce succès aux qualités intrinsèques du jeu ou plus simplement au culte voué à
LOTR ?
Une base classique…
Pour ceux qui n’ont pas encore sacrifié leur vie de famille à la catégorie de jeux, très addictive, des RPG jouables massivement en ligne, revenons en quelques mots sur les grands principes du genre. La recette est simple : vous prenez un jeu de rôle, fait de quêtes en tout genre et saupoudré de personnages à faire évoluer, vous le mélangez à un mode online permettant à tous les joueurs de se retrouver au même moment sur la même carte. Et boum, vous voilà déjà en train de participer à des missions en groupe, au sauvetage d'un quidam trop faible, à l’assaut d’un donjon ou encore à la création de réseaux sociaux virtuels.
Ce concept, à la fois simple et efficace, a déjà fait ses preuves. Si au sujet de
WoW, on parle de véritable phénomène, ce n'est pas pour rien.
Le Seigneur des Anneaux Online s'appuie sur les mêmes ressorts et reprend toutes les ficelles usuelles : les communautés, qui se constituent à la volée au gré des missions courantes, les confréries, qui sont plus structurées et préfigurent d’un regroupement durable de joueurs, les points d’XP, qui récompensent vos victoires en combat et l'accomplissement de vos quêtes, le système d’artisanat, pour construire vous-même vos armes et ustensiles, et les éternelles pérégrinations dans les cités, à la recherche de marchands et de personnages à même de vous faire progresser dans l’aventure.
…rehaussée par quelques belles nouveautés
Au-delà du riche univers de Tolkien, quelques belles surprises pourront surprendre même les plus blasés du genre. Commençons par la possibilité de devenir un artiste à part entière. Vous pourrez en effet acquérir diverses compétences permettant par exemple de vous imposer comme musicien puis de donner de véritables concerts où bon vous semble. A vous de constituer votre groupe avant d'entamer le "Mordor Tour". Pas si anecdotique que ça, ce concept s'avère très rafraîchissant et, comme toutes les petites idées apparemment inutiles, il sait se rendre parfaitement indispensable.
psuiv
Autre nouveauté : le "système des prouesses". Pour chaque territoire visité, un certain nombre de prouesses sont à débloquer en remplissant quelques conditions : visiter tous les châteaux du coin, occire un certain nombre de loups, etc. Vous serez ensuite récompensés par divers titres, tels que "tueur de loups" ou "gardien de Ered-Luin", des distinctions particulièrement prisées en ligne que leurs porteurs arborent fièrement à côté de leur nom. En plus de leur aspect honorifique, certaines prouesses un peu plus salées vous gratifieront d’améliorations de compétences. Compléments judicieux au système des quêtes, ces prouesses constituent de vraies bulles d’oxygène dans le gameplay très codifié des MMO.

Evidemment, certains joueurs regretteront l’absence de PvP, possibilité qui fait actuellement le régal des "Wowistes". Rappelons que ce mode permet aux joueurs humains de s’affronter entre eux. La plupart des MMORPG opposent en effet les humains contre l’ordi : les quêtes vous confrontent aux PNJ (personnages non joueurs) sans vous donner la possibilité de taper comme un sourd sur un autre joueur.
LOTR Online épouse la même ligne de conduite mais offre tout de même un pseudo-mode PvP appelé
"Monster Play". A partir d’un certain niveau, vous pourrez incarner un monstre, que vous définirez vous-même, afin d’affronter les cohortes de joueurs humains. Jouissif au possible, ce mode un peu insolite constitue un superbe palliatif au PvP, tout en respectant la philosophie de Tolkien : pas de traître dans une même race ; pour affronter un autre joueur, il faudra forcément faire partie du camp adverse.

Malgré de beaux atours, cette première incursion du
Seigneur des Anneaux en ligne laisse quelques regrets. Tout d'abord, on ne peut pas passer sous silence que de nombreux joueurs ont eu des problèmes d’installation et d’exécution, notamment sous Vista (si vous chopez une erreur 201, il vous faut donner les droits d’écriture aux utilisateurs dans le répertoire du jeu, même si vous êtes loggé en administrateur). D'autre part, les temps de chargement sont assez envahissants, voire particulièrement agaçants quand il s’agit juste d’entrer dans une petite cave de taille ridicule. Enfin, malgré les quelques nouveautés que nous avons abordées,
LOTR Online reste tout de même un peu sage. On ne peut franchement pas parler de révolution.

Cela dit, les studios américains de Turbine nous livrent ici une très belle partition. La prise en main est des plus accessibles et l’interface constitue un bel exemple d’ergonomie. Par ailleurs, on vous promet de belles rencontres, et même dès le tutorial, puisque les héros de la trilogie comme Gandalf, Elrond ou encore Frodon ne manqueront pas de venir vous titiller. Le système de signalisation des quêtes favorise la construction d’un parcours personnalisé et l’espace de jeu donne le vertige, sans parler d'une nouvelle région qui sera implémentée en juin prochain par le biais d'une mise à jour.
Avec son univers foisonnant et ses quelques petites nouveautés, ce
Seigneur des Anneaux Online : les Ombres d’Angmar devrait s'imposer sans trop de difficultés comme un futur incontournable et ce malgré un relatif classicisme. S'il continue sur les lancées de son démarrage en trombe, il se pourrait même qu'il marche bientôt sur les plates-bandes du patron
World of Warcraft.