Les studios Irrational Game, à l’origine du légendaire
System Shock II, remettent le couvert avec un nouveau FPS qui puise ses mécanismes dans le monde de la baston pure et dure mais aussi dans celui des jeux de rôle. Sans tambours ni fanfare marketing,
Bioshock débarque dans nos contrées précédé d’une belle petite réputation de jeu renouvelant le genre. Voyons sans plus attendre si cette dernière est méritée.
Rapture, ramassis d’aliénés
Avez-vous déjà entendu parler de Rapture ? Cette cité sous-marine secrète fut créée après la deuxième guerre mondiale par un mégalomane appelé Andrew Ryan. Ce dérangé a donné vie à ses utopies à plusieurs kilomètres de profondeur. Son but ? Une cité où les limites n’existent pas : des scientifiques qui laissent libre cours à leur folie créatrice, des artistes qui n’hésitent pas à tuer pour les besoins de leurs œuvres et je ne vous parle pas de tous les détraqués du bulbe que vous rencontrerez dans les ruelles obscures...

Nous sommes en 1960. Vous avez pris place dans un vol transatlantique. Vitesse et altitude de croisière. Tout se passe bien ou plutôt se passait bien, car évidemment, à la manière du Pierre Richard moyen, vous êtes plutôt d’un naturel malchanceux et, en moins de deux, c’est le crash en pleine mer. Alors que votre existence semblait devoir s’écourter brutalement, vous découvrez, émergeant des flots, une étrange tour aux bras protecteurs. Utilisant une sorte d’ascenseur sous-marin, vous vous retrouvez catapulté dans cette cité sous-marine dont vous ignorez tout. Et le spectacle n’est pas particulièrement rassurant : tout est dévasté, la structure connait des voies d’eau un peu partout et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’y a pas foule !

Dès les premières minutes de jeu,
Bioshock vous happe dans son ambiance sombre, glauque et dérangeante. Dans ce contexte de désolation, isolé et épuisé, vous priez pour obtenir un peu d’aide et celle-ci se manifeste rapidement par l’intermédiaire d’un talkie-walkie. Un certain Atlas vous propose son aide en échange d’un petit coup de main pour sauver sa famille. Ami ou ennemi ? De toute façon vous n’avez pas vraiment le choix, il vous faut avancer pour survivre et pour espérer lever le voile sur cette mystérieuse cité.
La suite de l’aventure, vous la vivrez au rythme des informations distillées par Atlas et des témoignages de disparus délivrés au hasard de magnétophones, quand ce ne sera pas directement des fantômes des âmes perdues de ce cauchemar urbain. Le maître des lieux, Andrew Ryan, n’hésitera pas non plus à vous interpeller pour vous dissuader d’aller plus loin dans vos investigations. Vous l’aurez compris, le scénario revêt ici une importance capitale, ce qui nous change agréablement du FPS lambda.
Un mélange explosif de FPS et d’aventure
Vous commencerez vos pérégrinations armé d’une simple clé à molette, puis, petit à petit, vous goûterez aux joies d’un arsenal, certes classique, mais tout à fait digne de ce nom : pistolet, fusil à pompe, mitraillette, lance-grenades, arbalète et même lanceur chimique. Tout cela vous sera évidemment très secourable mais pas suffisant. N’oubliez pas que vous évoluez dans le paradis de la manipulation génétique, enfant terrible de scientifiques livrés à eux-mêmes. Dans cet univers instable, votre physiologie va rapidement s’altérer au contact d’une substance locale, la Plasmide, mais vous vous découvrirez aussi divers pouvoirs insoupçonnés tels que la télékinésie, la faculté de lancer des flammes et des éclairs ou encore celle de maîtriser la glace. Bien sûr, rien n’est gratuit et pour alimenter ces pouvoirs, il vous faudra récolter "l’Eve" que vous trouverez sous forme de seringues sur votre chemin. Avec ce mélange d’armes traditionnelles et de pouvoirs surnaturels,
Bioshock s’offre une dimension tactique. Vous pourrez par exemple immobiliser vos ennemis avec l’électricité avant de les achever à coups de clé à molette ou les geler pour mieux les éclater d’une seule balle de pistolet. Ces procédés demandent une certaine gymnastique ludique qui oriente définitivement
Bioshock vers un public de gamers expérimentés.

L’originalité de
Bioshock ne se résume pas exclusivement aux pouvoirs spéciaux. Vous aurez ainsi à prendre en compte un vaste système d’améliorations, de vos capacités physiques à vos aptitudes au combat en passant par votre habilité en manufacture. Cette dernière vous permettra notamment de fabriquer des armes ou des munitions ou encore de pirater les tourelles ennemies pour qu’elles défendent votre camp. Grâce à votre appareil photo, vous pourrez aussi effectuer des recherches sur vos ennemis (à la manière de
Metroid Prime) pour connaître leurs points faibles et améliorer l’efficacité de vos armes sur les sujets étudiés.
Ainsi, en sus d’un scénario captivant,
Bioshock se dote d’une mécanique d’évolution très stimulante. Celle-ci est non seulement conditionnée par la récolte d’Eve mais aussi par la gestion d’Adam (forcément), substance que renferme des créatures appelées "petites sœurs". Résultats d’expériences scientifiques, ces fillettes sont des personnages clés à plus d’un titre. A chaque fois que vous en croiserez une, se posera un lourd cas de conscience : la sauver avec, en retour, une récolte d’Adam moindre, ou lui extraire toute sa substance au risque de la tuer.

Attention aux choix inspirés par l’appât du gain car il n’est pas dit que les bons samaritains soient les moins récompensés… Ah oui, j’oubliais un petit détail, les petites sœurs sont toujours accompagnées de protecteurs - de véritables armoires à glace - qu’il vous faudra éliminer si vous voulez leur parler. Aussi fascinantes que déstabilisantes, les petites sœurs atténuent un peu la noirceur ambiante et synthétisent d’une certaine manière la part d’humanisme que les développeurs ont injecté dans ce soft.
Avant de conclure, parlons un peu des ennemis dont on ne peut pas dire qu’ils aient une IA irréprochable même s’ils sont suffisamment hargneux pour vous donner du fil à retordre. On se souviendra surtout d’eux parce qu’ils forment une belle brochette de cinglés. On les appelle les "chrosômes", en d’autres termes des humains modifiés par un usage abusif de Plasmide. On trouve pêle-mêle des acrobates, des brutes épaisses et bien sûr de mémorables Boss de fin de niveau.
Un chef d’œuvre d’anticipation aux couleurs des 50s
On a beau chercher, on ne trouve pas de défaut à ce
Bioshock, à moins bien sûr d’être complètement réfractaire aux FPS… Les autres seront tour à tour captivés et enchantés par la richesse de cette aventure. Ils y retrouveront des thèmes chers aux auteurs d’anticipation (progrès génétiques, cité utopique, nouvelle répartition des pouvoirs…), des personnages hauts en couleur (à l’instar d’anciens médecins nazis) et des décors fourmillant de détails, le tout dans l’esprit "années 50". Par certains aspects,
Bioshock fait aussi penser aux films
Dune ou
Brazil, les fans apprécieront. Et puis, loin d’être linéaire, l’aventure vous laisse tout loisir d’explorer les niveaux à votre guise, donnant une véritable impression de liberté et poussant la durée de vie vers la vingtaine d’heures de jeu, ce qui là encore n’est pas si courant pour un FPS. Enfin,
Bioshock est résolument adulte, avec ses thèmes graves, ses scènes angoissantes et sa folie omniprésente : une expérience mature et atypique à vivre sans modération !