En rassemblant les héros de
Dynasty Warriors et de
Samurai Warriors sous un seul chapeau, Koei savait certainement qu’il se heurterait à la suspicion et aux réticences de l’ensemble de la presse jeux vidéo. Cette dernière a, par le passé, montré du doigt les sagas de l’éditeur nippon, et ce à maintes reprises, pour en faire des exemples à ne surtout pas suivre : un gameplay immuable, des évolutions mineures et une prise de risque minimale d’un épisode à l’autre. Bref, à les écouter, Koei nous resservirait inlassablement le même jeu en usant de divers subterfuges pour gruger le pauvre consommateur. Pourtant, au Japon, la côte de popularité de
Dynasty Warriors ne faiblit pas. Pour essayer de percer ce mystère, tentons un regard objectif sur l’improbable
Warriors Orochi…

Si comme moi vous êtes friands d’histoire asiatique,
Warriors Orochi ne manquera pas de vous cueillir à froid. En effet, on se demande bien par quel malheureux concours de circonstances les guerriers du Japon féodal et les chinois des Trois Royaumes se retrouvent en train de combattre les uns contre les autres. Cela relèverait presque du blasphème… Derrière cette gigantesque mascarade, se trouve Orochi, le Roi Serpent. Pour se divertir, ce dernier a créé une faille spatio-temporelle, semblable à celle du film
Nimitz, Retour Vers L’Enfer (The Final Countdown de Don Taylor), de manière à réunir sur une seule terre et en une seule époque les grands guerriers qui font aujourd’hui la fierté des petits nippons et de leurs voisins chinois. Le prétexte parait tout de même un peu facile et déjà un premier doute nous assaille : comment entretenir le souffle épique si caractéristique de ces séries sans le moindre fondement historique ?
Sur le terrain, les choses semblent même aller de mal en pis puisque nous n’y suivons plus la destinée d’un héros de son avènement à son apogée, mais de trois guerriers interchangeables en temps réel et à volonté, un peu à la manière du dernier
Genji sur PS3. Avouez qu’il y a mieux pour s’approprier un personnage, surtout quand on vous en propose plusieurs dizaines comme c’est le cas ici.

Nos premiers pas dans ce "sino-japon féodalo-dynastique" ne s’effectuent donc pas sous les meilleurs auspices. Pourtant certains signes avant-coureurs invitent à persévérer. Tout d’abord, le scénario ne pâtit pas trop de son côté fictif. Au contraire, il tient même très bien la route, conserve la tonalité du roman fleuve de Luo Guanzhong et se montre particulièrement cohérent avec les mentalités des différents clans et de leurs leaders. Ainsi, c’est autour de Nobunaga Oda et des guerriers du Shu que dans un premier temps s’organise la résistance face aux troupes d’Orochi. Les officiers du Wei et la famille Cao s’allient pour leur part au Roi Serpent. La position des guerriers du Wu est un peu plus complexe : la plupart sont déchirés entre les deux partis, Orochi exerçant une pression sur les enfants de la famille Sun en retenant leur père captif. A partir de ces grandes lignes, les développeurs ont élaboré quatre campagnes croisées (à découvrir via le mode story) pleines de rebondissements et, bien entendu, chacune dispose de son propre fil rouge de grandes batailles sanguinaires.

Ces campagnes verront aussi se créer des alliances originales entre officiers de différents clans. Certaines sont assez inattendues mais là encore pas complètement tirées par les cheveux comme l’entente des beaux gosses Zhao Yun et Yukimura Sanada. De nouveaux héros viendront donc grossir vos rangs au fur et à mesure des batailles. Ils pourront ensuite faire partie de votre triumvirat sur le terrain.
Warriors Orochi s’offre de cette manière un gros potentiel en rejouabilité. Un peu forcé il est vrai, puisqu’il faudra souvent faire du level-up avec les guerriers fraîchement recrutés en rejouant des batailles déjà remportées avant de pouvoir les exploiter convenablement dans les conflits les plus disputés.
Grosso-modo, les affrontements se déroulent de la même manière que dans les précédents opus. On note toutefois qu’un certain effort a été accompli pour mieux personnaliser les différentes batailles. De nombreux objectifs secondaires sont ainsi assignés avant de pouvoir atteindre l’objectif principal comme prendre possession de canons, défendre un bastion, escorter un allié ou encore attirer un groupe d’ennemis dans un guet-apens. Mais ce que l’on retiendra surtout de cet opus c’est bien cette liberté de basculer entre trois officiers différents. Loin de dénaturer le gameplay, ce grigri enrichit les combats d’une petite saveur tactique, bien combiner les passages de relais permettant notamment de déclencher des coups spéciaux surpuissants (les fameux Musou Rage).

Pour renforcer un peu plus la notion "d’esprit d’équipe", les officiers ont été répartis en trois catégories : les puissants, les rapides et les techniques. Les guerriers rapides effectueront des enchaînements véloces mais moins dévastateurs, tandis que les puissants seront plus lents mais plus efficaces et ne seront pas déstabilisés par les flèches ou les attaques simples. Tout l’enjeu consiste donc à composer une équipe équilibrée même si aligner plusieurs officiers puissants sera toujours le meilleur moyen de remporter les batailles les plus âpres. C’est là que vous apprécierez de pouvoir compter sur le canonnier Ieyasu Tokugawa, sur le leader Sun Ce ou encore sur Xu Zhu (l’équivalent chinois d’Obélix). En tout,
Warriors Orochi réunit la bagatelle de 79 personnages jouables, aux héros des deux licences s’ajoutant le Roi Serpent et sa stratège Da Ji.

Avec un peu de pratique, un bon sens du timing et une bonne connaissance des combos, changer d’officier en cours de baston permet aussi de s’en sortir seul contre quatre voire cinq officiers ennemis (ce qui était peine perdue contre seulement trois officiers auparavant). La jubilation monte alors de quelques degrés par rapport à
DW5 et
SW2. Les combats prennent des tournures orgiaques. Ils n’ont tout simplement jamais été aussi impressionnants et le nombre de soldats affichables simultanément force une nouvelle fois le respect (et nous ne sommes que sur PS2…).
Warriors Orochi, c’est d’abord un fantasme qui se concrétise pour de nombreux fans de
Dynasty Warriors et
Samurai Warriors. C’est ensuite un jeu suffisamment proche de ses ascendants pour séduire les amateurs et suffisamment différent pour justifier une centaine d’heures supplémentaires de mass-murdering. Il est vrai que la recette est un peu facile mais les ingrédients sont savamment choisis et le dosage millimétré. D’un autre côté, l’éditeur nippon ne cherche pas forcément à séduire un nouveau public avec ce nouvel opus. L’équation est donc simple : si vous avez aimé
DW5 et
SW2, il n’y a aucune raison pour que vous n’appréciez pas
Warriors Orochi. Dans le cas contraire, passez votre chemin.