Evaluer un
FIFA est devenu au fil du temps une entreprise un peu particulière. En effet, il s’agit finalement moins de juger la qualité intrinsèque du jeu que de mesurer l’écart qui le sépare de son rival de toujours, le légendaire
Pro Evolution Soccer. Pendant longtemps, la licence FIFA a souffert de cette réputation "arcade" dont elle a bien eu du mal à se défaire alors que PES s’imposait naturellement auprès des joueurs les plus pointilleux en matière de réalisme et de simulation. Mais il faut bien reconnaitre que depuis deux ou trois ans, le fossé s’est peu à peu comblé à tel point que la licence d’Electronic Arts constitue aujourd’hui une réelle alternative pour "hardcore gamers" jurant jusque-là une fidélité indéfectible au titre de Konami. Ce dilemme devient de plus en plus épineux, surtout si l’on tient compte d’une nouvelle mouture de PES un peu décevante par rapport aux attentes.
FIFA 08 possède donc une bonne carte à jouer cette année…

Dès les premiers menus, on reconnaît la patte Electronic Arts : classe et clair. L’éditeur américain n’a jamais lésiné sur le packaging et l’habillage de ses jeux. C’est de nouveau confirmé et de fort belle manière. Même sentiment si l’on jette un coup d’œil aux modes de jeu proposés… Tous les championnats étrangers jusqu’aux plus obscurs, les matches amicaux, un mode carrière bien fichu, sans oublier le on-line (ouf !) : il y a largement de quoi contenter les affamés du ballon rond et ce en attendant la prochaine mouture annuelle. Depuis sa création, la licence
FIFA peut s’enorgueillir d’être la plus complète en terme de licences. Tous les effectifs, tous les maillots et de nombreux stades parmi les plus légendaires modélisés à la perfection vous permettront de retrouver les sensations d’un véritable match. Ajoutez à cela les chants des supporters des plus grandes formations européennes (
"You’ll never walk alooone !") et les commentaires avisés de la doublette Mathoux-Sauzé et vous pouvez limite résilier votre abonnement à la fameuse chaîne cryptée afin de refaire vos championnats préférés à domicile… Franchement, sur ce plan-là, PES est encore très loin derrière, sans contestation possible.

Mais ce soin apporté à la réalisation graphique ou sonore n’est pas une surprise et a toujours constitué le point fort de la licence. Ce qui est beaucoup plus remarquable, ce sont les progrès continuels effectués en termes de gameplay. Pour le coup, on peut dire qu’au fil des années, EA a su écouter les différentes critiques adressées à son jeu afin de le peaufiner, de le régler et finalement d’atténuer ce caractère arcade si décrié. Cette nouvelle version 2008 vient donc clôturer un long processus d’améliorations et s’impose enfin comme un rival très sérieux à
PES.

Les progrès sont notables dès le coup d’envoi avec une physique de balle qui commence à ressembler à quelque chose. Mais c’est surtout le rythme global du jeu, relativement lent, qui étonne agréablement. Alors que le dernier
PES pète un câble en accélérant d’une manière outrancière la progression du ballon, le tempo très modéré proposé par
FIFA 08 permet l’élaboration d’une véritable stratégie et d’une approche progressive des buts adverses. Incroyable mais vrai ! Sur ce point, FIFA s’avère bien plus réaliste que son concurrent nippon. Mêmes les tirs sont bien plus travaillés avec des trajectoires moins rectilignes, plus "tombantes", plus "vraies".
Il faut se pencher sérieusement sur le comportement des équipiers pour commencer à modérer son enthousiasme. Sur ce plan et malgré des progrès manifestes, on note encore quelques incohérences. Si les joueurs comblent plus intelligemment les espaces, ils s’avèrent en revanche encore trop attentistes sur le plan de l’attaque en ne proposant que peu de solutions. D’un autre côté, quand on voit le niveau de la L1 et la léthargie dont souffrent nos attaquants "vedettes", on peut difficilement reprocher à leurs homologues numériques d’être un peu mou du genou…

En dehors de cette réserve,
FIFA 08 s’impose sur le devant de la scène et propose même quelques options bien sympathiques à même de prolonger le plaisir. Citons par exemple le mode "jouer comme un pro" qui vous permet de prendre en main un joueur spécifique et non l’ensemble de l’équipe. Cette approche plus resserrée des matches est loin d’être inintéressante (je vous conseille de jouer un milieu afin de diversifier au maximum les phases de jeu). Quant au mode "Fiesta", il vous propose de mémoriser les statistiques intégrales d’une communauté de huit profils sélectionnés. Voilà de quoi susciter une forte émulation entre potes et de bonnes séances de "chambrage" en perspective. Qui a dit que le jeu vidéo n’était pas convivial ?

Il y aura toujours des fanatiques ne jurant que par
Pro Evolution Soccer et qui ne jetteront qu’un œil vaguement méprisant sur ce nouveau
FIFA 08. Ils auraient bien tort car, objectivement, cette dernière version tient la dragée haute à la concurrence. Si le jeu n’est pas parfait, les progrès effectués sont considérables et témoignent d’une remise en question qui tarde franchement à se faire sentir chez Konami. Le seul véritable bénéficiaire dans cette histoire, c’est le joueur qui ne peut sortir que gagnant d’une rivalité constructive entre deux éditeurs phares… Assurément, et malgré les événements récents, le foot a encore un bel avenir sur consoles et n’est pas près de céder du terrain face aux amoureux de l’Ovalie.