Les premiers screenshots lâchés il y a maintenant deux ans sont restés figés dans toutes les mémoires. On ne savait encore rien du nouveau projet d’Ubisoft Montréal mais l’effervescence n’a pas tardé à gagner les forums vidéoludiques, effervescence rarement engendrée par de simples captures d’écran. Et puis, chemin faisant, de salons en salons,
Assassin’s Creed s’est dévoilé en laissant entrevoir, à la manière d’une danseuse orientale, quelques détails de son anatomie : un gameplay basé sur l’exploration, des séquences de plate-forme vertigineuses et surtout une immersion de toute beauté dans la Jérusalem de la troisième croisade. Attendu comme le messie, le voilà déboulant avec un timing parfait avant les fêtes de fin d’année. Armez-vous de votre plus belle lame, vous allez en avoir besoin.
Caution scientifique
Tout chercheur digne de ce nom ne pourra s’empêcher d’esquisser un sourire, complaisant mais goguenard, en découvrant le pitch d’
Assassin’s Creed :
sans trop savoir pourquoi ni comment, vous vous réveillez dans un laboratoire à la merci d’un scientifique peu amène qui vous explique que, avec ou sans votre consentement, vous allez participer à un noble dessein bien trop compliqué pour votre modeste compréhension. En d’autres termes, on nous ressert le concept du savant fou qui aspire à améliorer le monde mais qui doit pour cela accomplir quelques mauvaises actions. Rassurez-vous, ceci n’est qu’un point de départ, le scénario nous réserve en effet quelques surprises savoureuses nettement plus originales. Concrètement, le savant en question a développé des aptitudes lui permettant de bafouer les lois temporelles et il vous projette dans le passé où vous allez incarner Altaïr, un ancêtre lointain, maître assassin d’une confrérie clamant faire le bien en guerroyant avec les templiers. Votre but ? Reproduire à l’identique les actions de votre ancêtre pour assimiler son ADN. Oui, vous avez bien lu,
Assassin’s Creed part du postulat que nos actes seraient inscrits dans nos gènes. Beau débat en perspective… Mais l’heure n’est pas aux considérations philosophico-scientifiques, l’ADN vous sert surtout à savoir quels sont vos objectifs. A chaque fois que vous en remplirez un, une branche de votre propre ADN se synchronisera avec celui de votre ancêtre.

En parlant d’objectifs, vos missions consistent essentiellement à supprimer des personnalités désignées que vous allez devoir traquer dans les méandres de trois grandes cités : Damas, Jérusalem et Dacre. Trois villes, cela peut sembler peu, mais leur taille colossale aura vite fait d’annihiler tous vos doutes quant à l’étendue de l’aire de jeu. Avant d’accomplir votre forfait, vous allez devoir effectuer quelques enquêtes. Elles vous obligeront, notamment, à vous glisser dans la foule, à espionner des conversations, à interroger des indics (manu militari), à neutraliser des sous-fifres, à secourir quelques pauvres hères ou encore à vous improviser pickpocket. Bref, un programme digne d’un assassin doté d’un certain sens moral !

Chaque mission s’accomplit avec un entrain renouvelé par l’immersion en milieu urbain et constamment motivé par la présence toujours menaçante des nombreux gardes sillonnant les rues. A la manière des grands classiques de l’infiltration, un indicateur visuel vous donne le niveau d’alerte des vigiles. A vous donc d’évoluer discrètement ou, en cas de dérapage, de vous faire oublier sur un toit quelconque en attendant que passe l’orage. En parlant de toit, comment ne pas être admiratif devant l’aisance d’Altaïr dans le domaine aérien. Franchir les précipices, marcher sur les poutres, sauter de bâtiment en bâtiment sont autant d’actions que notre héros accomplit le plus naturellement du monde : de quoi rendre jaloux le prince de Perse... Certaines ascensions vous donneront bien sûr un peu de fil à retordre, mais sans excès.

Vous êtes sujet au vertige ? Qu’à cela ne tienne, vous pouvez tout aussi bien empoigner votre lame pour affronter les ennemis sur le plancher des vaches. Le système de combat, proche de celui de
Prince of Persia (on y revient toujours), demande un certain sens du timing ainsi qu’une bonne maîtrise des combinaisons de riposte. Accessible, il s’enrichit de nouveaux mouvements au fur et à mesure de votre avancée dans l’aventure. Jusqu’à un certain stade, il vous arrivera souvent de provoquer des escarmouches pour le seul plaisir de faire tinter les lames. Mais méfiez-vous car les cadavres ne s’évaporent pas. Ils demeurent là où vous les avez occis, alertant durablement les autres gardes.

On pourrait s’étendre encore longtemps sur les qualités d’
Assassin’s Creed et notamment sa propension au grand spectacle (certains plans sont dignes d’un Peter Jackson) avec, en point d’orgue, les vues panoramiques délivrées en accédant aux plus hauts clochers. Les majestueuses cinématiques apportent elles aussi leur pierre à l’édifice, de même que les séquences à cheval, à déguster comme de succulentes friandises. Et surtout, quel réalisme ! Les cités sont criantes de vérité, tour à tour étouffantes ou lumineuses, splendides ou dévastées. Chacune s’est vue dotée d’une empreinte bien spécifique, révélant un sens du détail approfondi dans tous les secteurs du jeu.

Malgré quelques petites imperfections (une certaine répétitivité et une IA parfois déroutante),
Assassin’s Creed est une réussite à la hauteur de nos attentes. Immersif, réaliste, soigné, talentueux et surprenant, il inaugure un gameplay qui ne demande qu’à être fouillé dans un prochain opus. Le cadeau idéal à déposer au pied du sapin.
Les versions PS3 et Xbox 360 sont similaires et ont reçu le même traitement d’orfèvre de la part des p’tits gars d’Ubisoft.