Qu’est ce qui ressemble le plus à un jeu de poker qu’un autre jeu de poker ? On a longtemps pu se poser la question tant il est vrai que ce type de soft ne motive généralement pas les développeurs au point de les pousser au summum de leur créativité. La série
World Series Of Poker ne s’était jusqu’alors pas tellement démarquée de ses concurrents, malgré son estampille très officielle, et les fans du jeu de bluff commençaient à désespérer qu’on leur propose un jour une adaptation digne de la compétition qui rendit célèbre des joueurs comme Chris Ferguson ou Men Nguyen.
Tout vient à point à qui sait attendre puisque, avec sa mouture "2008",
WSOP corrige non seulement plusieurs de ses défauts récurrents mais réalise aussi une véritable autocritique. La licence a en effet décidé qu’il était temps d’arrêter de la jouer "petits bras", a entendu les reproches formulés par les joueurs et s’est donnée les moyens d’y répondre.

En l’espace d’un an,
WSOP a en effet accompli des progrès significatifs. Graphiquement tout d’abord, l’univers feutré des tables de poker est un peu mieux restitué, plus beau et plus soigné, qu’il s’agisse du niveau de détails, des animations des personnages, de l’introduction de séquences vidéos ou encore de la modélisation des joueurs professionnels. Ces derniers sont généralement bien reconnaissables, à l’image de l’imposant Greg Raymer ou de la charmante Jennifer Tilly, et ils n’ont jamais été aussi nombreux, si bien que ce serait vraiment le diable si aucun d’entre eux ne figurait à votre table, même en début de tournoi. La modélisation des commentateurs a également fait un bond en avant. Il faut dire qu’ils étaient particulièrement loupés auparavant. Maintenant, on ne peut pas vraiment dire qu’ils constituent un enchantement pour les yeux avec leurs faciès burinés dignes des paysans de
Resident Evil 4, mais au moins ils ressemblent à peu près à des êtres humains et la synchronisation labiale tient la route. Ce n’est déjà pas si mal.

La gamme
WSOP a également pris du poil de la bête en terme de contenu. Si les règles du "Texas Hold’Em" sont, comme dans la réalité, les plus couramment appliquées, certains tournois se joueront en "Seven Card Stud", "Omaha" ou "Razz", sans oublier leurs variantes en "Hi-Low" ou avec restrictions. Nouveauté de cet opus, quelques tournois adoptent même de nouvelles règles au bout d’un certain nombre de mains (les "Horse") : une très belle addition qui, entre autres ajustements, permet au mode Carrière de gagner en variété et en dynamisme. Il nous sera par ailleurs plus facile d’adopter notre avatar, les options de personnalisation ayant été démultipliées avec notamment de nombreuses voix sélectionnables. Sans doute influencés par les
Sims, les développeurs ont de surcroit intégré un petit module à l’intérêt plus discutable permettant de meubler la piaule de notre alter-ego avec des objets à débloquer en enchaînant les bons résultats. Côté événements, en plus d’une bonne vingtaine de tournois officiels, répartis sur un calendrier non moins officiel, notre roi de l’esbroufe recevra régulièrement des invitations pour des challenges privés réunissant des joueurs renommés comme Mike Matusow ou le champion du monde en titre Phil Hellmuth, des joueurs qu’il pourra aussi défier en duel, toujours dans le cadre de ce même mode Carrière. De longues heures d’audace et d’entourloupe en perspective…
Si vous avez vraiment beaucoup de temps à prendre, vous pourrez toujours vous amuser à analyser les comportements des différents joueurs mais il y a de fortes chances que vous préfériez zapper les animations et régler les préférences pour que les individus contrôlés par l’IA effectuent leur annonce au plus vite. On touche à une des principales évolutions d’une maniabilité qui a peu changé : le rythme des tours de table s’est fortement accéléré ; on n’a plus le temps de s’endormir. Le soft se montre aussi sensiblement plus clément. Le joueur lambda est un peu plus facile à berner ; il se couchera plus souvent suite à une forte surenchère. Bien entendu, les stars demeurent un peu plus subtiles et usent du bluff davantage que les autres.

Mentionnons enfin une nouvelle interface très pratique où se côtoient le récapitulatif des tours de table, une vue d’ensemble et un zoom sur le joueur en action. En complément, des informations bien utiles défilent en haut de l’écran rappelant notamment la valeur des mises et le pas d’enchère, le tout dispensant de nombreux allers-retours dans les menus. Il ne manque plus qu’une localisation en français pour que le tableau soit complet, mais d’un autre côté les annonces s’effectuant officiellement dans la langue de Shakespeare, les puristes n’y verront certainement rien de mal. Ces derniers ne manqueront d’ailleurs pas de se donner rendez-vous en réseau via le mode infrastructure (jusqu’à 9 joueurs). Le poker se joue aujourd’hui essentiellement en ligne et ce détail n’a pas échappé aux concepteurs qui ont consolidé le mode multi avec la mise en jeu de jetons "collectors" et l’introduction d’une liste de rivaux pour faciliter les revanches.
On conclura en saluant une dernière fois l’engagement de
Left Field et
Activision qui, cette année, ne se sont pas contentés de brandir les droits officiels de la compétition mais ont joliment rectifié le tir avec une édition 2008 aussi agréable que complète.
World Series Of Poker est enfin sur de bons rails. Pourvu que ça dure…