En Europe, la série
Fire Emblem est encore loin d’atteindre le même niveau de popularité que les autres licences de Nintendo, mais au fil des itérations, elle est parvenue d’une part à se faire un nom et d’autre part à démocratiser un genre que l’on rencontre maintenant de plus en plus régulièrement dans nos rayons. Développé par
Intelligent Systems,
Radiant Dawn s’inscrit dans la continuité de l’épisode
Path of Radiance sorti il y a quelques années sur GameCube. Les habitués désireux de croiser d’anciennes connaissances apprécieront certainement de retrouver Ike, personnage principal du volet précédent. Ils renoueront également avec l’éternel clivage entre la race bien pensante des Beorc et celle, indomptable, des Laguz, créatures mi-hommes mi-bêtes.

La nouvelle aventure se compose plus précisément de quatre grands chapitres dont la particularité et de mettre en scène un ensemble de protagonistes à chaque fois différent. Ainsi, il faudra patienter un peu avant d’incarner Ike et commencer par se familiariser avec de nouveaux acteurs. C’est donc en compagnie de la douce Micaiah, magicienne et voyante de son état, et du jeune Sothe (!), voleur émérite et accessoirement son garde du corps, que nous faisons notre retour sur le continent de Tellius. Dans la grande tradition des
Fire Emblem, nos premiers héros forment un petit groupe de résistants opposés à un Empire particulièrement envahissant, en l’occurrence celui de Begnion.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore,
Fire Emblem appartient à une catégorie de jeu un peu particulière, celle des tactical RPG, un genre très populaire au pays d’Oda Nobunaga mais beaucoup moins partout ailleurs. Pour faire simple, on se situe à l’intersection des jeux de rôle et des jeux de stratégie, les combats se déroulant au tour par tour sur des champs de bataille structurés en damiers. De manière très conventionnelle, l’objectif des affrontements consiste généralement à supprimer le général ennemi, à prendre possession d’une place stratégique ou à nettoyer purement et simplement la map des ses encombrants soldats. A cette fin, on dispose de diverses unités (toujours uniques), elles-mêmes prédisposées à manier telle ou telle catégorie d’arme : épéistes, archers, mages blancs, chevaliers lanciers, etc. Chacune possède bien sûr ses propres particularités : un lancier peut attaquer en diagonale, un archer attaquer une cible éloignée de deux cases, etc. Quant aux triangles des magies et des armes, ils sont toujours d’actualité : la lance est plus longue que l’épée qui est plus rapide que la hache qui coupe la lance. Bref,
Radiant Dawn s’appuie sur des bases solides et un gameplay bien rodé.

Derrière un fond de jeu apparemment très classique, la licence possède un certain nombre de spécificités qui ont bien entendu été reconduites dans cet opus Wii. En tête d’entre elles, les armes s’usent toujours et cassent au bout d’un certain nombre d’utilisation, nécessitant de se livrer à un peu de gestion d’inventaire avant de déployer ses troupes. Toujours au chapitre des éphémères, un allié vaincu disparaît définitivement de l’aventure, conséquence qui peut avoir de sérieux impacts sur votre manière de jouer selon que vous souhaitez mener votre petite troupe saine et sauve au bout de son périple ou simplement voir l’épilogue du jeu. Si vous êtes dans le premier cas, vous remercierez certainement
Intelligent Systems pour ses points d’expérience bonus à offrir aux héros de votre choix entre deux missions : idéal pour accélérer le level-up d’une unité un peu fragile et notamment pour booster les soigneurs qui gagnent peu d’expérience en temps normal. Il sera en outre judicieux de bien affecter les compétences remportées sur le terrain (un peu à la manière d’un
Final Fantasy).

Le système de liens à créer et à cultiver entre binômes a par ailleurs gagné en clarté. Ce procédé, qui permet d’améliorer les statistiques de deux combattants lorsqu’ils guerroient côte à côte, se nourrit directement du scénario. Pour une meilleure optimisation, mieux vaut soigner les affinités et donc prêter une attention toute particulière aux nombreux dialogues des différents personnages, et ce même s’ils ont parfois tendance à s’éterniser voire à sérieusement gonfler. Après tout, les tactical RPG sont aussi réputés pour ça, non ?
Quant à l’exploitation des commandes de la Wii, soyons clairs, graphisme excepté, cet épisode aurait tout aussi bien pu sortir sur GameCube, DS ou même GBA. En somme
Fire Emblem s’exprime avec le même brio sur les différents supports sans vraiment faire cas des spécificités des uns et des autres. C’est sans doute préférable à l’intégration maladroite d’une ou deux gesticulations forcément incongrues dans un tel contexte. Plutôt que de secouer sauvagement la Wiimote, on nous demande donc de la tenir sobrement à l’horizontale, le jeu étant également compatible avec les manettes GameCube et "Classique" (à privilégier pour un meilleur confort).

Finalement,
Radiant Dawn n’a qu’un seul défaut, mais selon votre expérience des jeux vidéo, il pourra paraître assez conséquent. Il faudra en effet composer avec un niveau de difficulté curieusement étalonné. Dans leur version européenne, les tactical RPG se montrent traditionnellement plus cléments que dans leur version originale. Et effectivement le niveau "facile" n’offre pas grande résistance avec son IA très attentiste. A l’inverse, le niveau "normal" s’adresse clairement aux otakus de l’archipel nippon. Si vous persistez dans cette seconde voie, préparez-vous à recommencer trois ou quatre fois la même mission et à vous y mettre dès la seconde map ! En d’autres termes, on n’aurait pas été contre un échelon de difficulté intermédiaire.
Ce grief mis à part,
Fire Emblem : Radiant Dawn parvient sans mal à nous immerger avec un gameplay complet, fort de nombreuses richesses et libertés. Qu’il s’agisse de visiter des maisons en plein combat pour obtenir armes et informations, de convertir des unités ennemies ou de favoriser la promotion des héros en classe supérieure, le soft nous tend plus d’une carotte et s’offre de surcroit une très bonne rejouabilité. Si l’on excepte par ailleurs quelques stéréotypes, les personnages gagnent facilement notre affection et le scénario prend progressivement une belle épaisseur.
Fire Emblem s’impose plus que jamais comme une alternative de poids face aux réalisations, certes magistrales mais un peu hermétiques, des studios
Nippon Ichi.