Le premier contact avec
The Club, c’est cette jaquette assez ignoble, au rouge baveux qui n’a rien de bien engageant. Reste à savoir s’il s’agit de la seule faute de goût et si ce packaging fort discutable cache un jeu digne de ce nom.
Après quelques heures de pratique, il s’avère en fait assez difficile d’avoir une opinion tranchée sur la question tant
The Club semble s’adresser à une "niche" bien spécifique de joueurs. En gros, soit vous adorerez et passerez de nombreuses heures à améliorer vos scores, soit vous renoncerez rapidement à enchainer des missions répétitives et ne s’intégrant qu’à un ersatz de scénario.
Car
The Club s’adresse avant tout aux "scoreurs", aux fanatiques de la performance et non aux joueurs occasionnels désireux de partager le destin d’un personnage et de le faire évoluer dans un background léché.

L’idée de base pouvait pourtant se prêter à un développement scénaristique intéressant. Un conglomérat de richissimes hommes d’affaires en mal de sensations fortes organisent un tournoi mondial clandestin où des tueurs professionnels devront faire le maximum de victimes. Ces sessions particulièrement sanglantes sont organisées dans des arènes parfaitement adaptées aux gunfights comme une prison abandonnée ou une usine désaffectée. On a même droit à un tournoi dans les ruelles d’une Venise désertée par les touristes : alors, ça fait pas rêver le jeu vidéo ? En revanche, on se demande bien ce qui peut bien pousser des centaines de crétins à servir de cibles lors de ces épreuves. Mieux vaut ne pas trop creuser cette question éminemment existentielle…

Chaque mission obéit au même modus operandi : un point de départ, un point d’arrivée, un chemin le plus souvent unique que des dizaines d’ennemis tétraplégiques encombrent, d’où une entreprise de nettoyage par le vide faisant passer le dernier
Rambo pour un épisode de
La Petite Maison Dans La Prairie. N’allez pas voir dans mon propos une atteinte aux personnes à mobilité réduite mais disons que pour des mercenaires, vos opposants semblent sacrément désireux de mourir. La plupart du temps, ils se contentent de vous faire face bêtement attendant d’être délivrés du poids d’une existence apparemment sans intérêt. D’un autre côté, leur nombre est inversement proportionnel à la valeur de leur QI : ça compense…
L’intérêt du jeu ne réside donc pas dans la tactique à employer ou dans un quelconque scénario. Ici, pas de sombre complot international à démanteler ou de chemin alternatif à emprunter : c’est de l’arcade pur jus plus inspiré par
Time Crisis ou
Ghost Squad que par
Splinter Cell si vous voyez ce que je veux dire…

L’idée, c’est de répéter maintes et maintes fois les mêmes missions afin de connaître les niveaux sur le bout du canon et surtout l’emplacement des ennemis, volontairement invariable. Plus vous terminerez les niveaux rapidement en tuant un maximum d’opposants et plus votre score sera élevé. Pour que celui-ci rivalise avec les meilleures performances du net (accessibles via le Xbox Live), il sera nécessaire de soigner votre précision et de multiplier les headshots ; une petite roulade de temps en temps est également appréciée et logiquement récompensée. Mais le plus important est de surveiller votre jauge de combo qui vous oblige à tuer rapidement un nouvel ennemi : si vous lambinez, hésitant sur une future adhésion à Amnesty International, votre multiplicateur retombera à zéro. Certaines épreuves sont un peu plus originales comme celles où vous devrez soutenir un siège tout en restant dans une zone strictement délimitée. Si vous dépassez certains repères, des micro-explosifs perfidement disposés dans votre corps exploseront dans les cinq secondes… Gênant, surtout si l’on considère que certains items (munitions, medipacks) sont situés juste au-delà des limites permises vous obligeant ainsi à de périlleux aller-retours.

Bon, mais est-ce qu’on s’amuse au moins ? Eh bien franchement, tout dépend à quelle catégorie de joueurs vous appartenez car le jeu n’est tout de même pas très profond, c’est le moins que l’on puisse dire. Plus bourrin, c’est quasi impossible et même
Quake ou
Doom passeraient pour des jeux "intelligents" face à
The Club. Ajoutez à cela que la durée de vie est possiblement ridicule : si vous vous contentez de débloquer tous les personnages et toutes les aires de jeu, vous ne passerez qu’une poignée d’heures face à votre écran… à moins que l’ennui ne vienne à bout de votre patience. En revanche, si vous êtes un acharné du score, le genre de psychopathe à recommencer cinquante fois le même level afin d’améliorer votre nombre de points, d’étudier le parcours à la loupe pour économiser la moindre seconde, alors
The Club est vraiment programmé pour vous plaire… Vous pourrez fièrement exhiber vos perfs sur le net et flatter ainsi votre ego surdimensionné.
The Club va donc à contre-courant de la tendance "casual" qui sévit actuellement. Voici un jeu d’action-arcade comme on en fait pratiquement plus, un bon gros jeu de geek dont l’intérêt ne sera franchement pas perceptible pour la majorité des utilisateurs. Mais c’est le destin d’un geek que celui d’être incompris. Choisissez donc votre camp…