Source d’inspiration intarissable pour les développeurs d’Omega Force et manne financière inestimable pour l’éditeur Koei,
Les Trois Royaumes de Luo Guanzhong (dont on attend désespérément la réédition française) ont enfin procédé à leur mutation. Ils ne s’affronteront désormais plus que sur PS3 et Xbox 360 où ils font peau neuve avec un nouveau moteur graphique et un character-design affiné. Après cinq versions de
Dynasty Warriors 5, il était en effet grand temps que la série prenne quelques risques en introduisant de substantielles nouveautés. C’est le cas avec
Dynasty Warriors 6 même si les évolutions ne sont pas forcément là où on les attendait.
Vues de loin, les données restent peu ou prou les mêmes.
Dynasty Warriors nous revient avec sa cohorte de grands guerriers, ses grosses mandales propres à faire voltiger plusieurs dizaines d’opposants et ses vastes champs de bataille à parcourir bras tendu et arme au poing en hurlant son amour pour la justice, la patrie ou un souverain plus ou moins légitime. Les nouveautés ne semblent pas non plus devoir venir du contenu du jeu où cohabitent les traditionnels modes "Musou" (ou story), "Libre" (bataille unique hors campagne) et "Défi", dont l’intitulé parle de lui-même : embrocher un maximum d’ennemis, saccager le plus d’éléments du décor possibles, rejoindre des bases en quatrième vitesse, etc.
Plus beaux mais moins couillus
Le premier changement notable a bien évidemment trait au graphisme. Visuellement, on peut même parler de sérieux ravalement de façade, mais précisons qu’en la matière le volet précédent avait pris une sacrée dose de plomb dans l’aile. Pour autant, on ne peut pas dire que la réalisation de
DW6 soit étourdissante, en tout cas pas pour la nouvelle génération de consoles. On relève néanmoins un nouveau chara-design plus fin et moins caricatural. Certains généraux en ressortent grandis comme Huang Gai qui a vraiment l’air d’accuser le poids des années avec ses cheveux blancs hirsutes. D’autres ne sont pas logés à la même enseigne comme les nouveaux Liu Bei et Yuan Shao qui ont non seulement oublié leur charisme au vestiaire mais ont aussi hérité de jeunes doubleurs sans timbre ni conviction (ceci expliquant en partie cela). Sun Shang Xiang se traine même une voix de préado hystérique digne d’une série américaine de bas étage (le ventripotent Xu Zhu a conservé la même voix, ouf !) En plus de leurs nouveaux apparats, quelques officiers se sont aussi vu confier de nouvelles armes : Zhou Yu a troqué l’épée contre le bâton, Xiahou Dun le sabre contre la masse d’arme et Sun Shang Xiang repousse maintenant ses ennemis avec son arc, l’obligeant à revoir sensiblement sa manière de combattre.
Trois royaumes pour un cheval
Au rayon des petits "plus", on note un certain nombre d’initiatives dynamisant agréablement les débats. Tout d’abord, comme dans
Samurai Warriors, notre officier peut commencer toutes ses batailles à cheval : idéal pour avaler les longues distances sans que le rythme retombe trop entre deux génocides. Ensuite, trois objectifs optionnels vous sont assignés sur chaque map : par exemples prendre possession d’un fort, faire tomber un mirador, conserver 70% de sa barre de santé, assurer la survie de tel ou tel officier, voire éliminer le terrifiant Lu Bu... Autant d’exploits qui seront récompensés par des points d’xp s’ils sont réalisés dans les temps.
Des réajustements bien vus
A cette fin, les attaques spéciales Musou vous seront bien utiles. Souvent très classes visuellement, elles constituent de belles sources de motivations comme celles du lancier Zhao Yun et du tacticien Sima Yi. Par contre, les attaques Musou Rage (état de transe proche de l’invincibilité) ont été remplacées par de nouvelles capacités moins létales mais spécifiques à chacun : Sima Yi provoque une pluie de rochers sur son passage, Zang Fei convertit les soldats vaincus en bonus d’xp, etc. Comme on le voit, l’accent est généralement mis sur le level-up mais aussi sur les upgrades à acquérir entre chaque mission via un "arbre à améliorations" : une petite nouveauté qui contribue à étoffer un peu plus la dimension RPG de la licence. Dans un autre registre, les duels de force débouchent maintenant sur des espèces de "fatality" assez jouissives (Zang Fei repousse les officiers en les empalant sur sa lance). En défense, projeté dans les airs par un adversaire, notre héros peut dorénavant se rétablir en contre-attaquant illico : un bon point sachant que, en pareille situation, on voyait autrefois se consumer sa barre de vie sans rien pouvoir y faire.
La controverse "Renbu"
Malheureusement pour tel nombre de pas en avant, la saga en fait souvent autant en arrière et, en l’occurrence, ces derniers s’avèrent aussi nuisibles qu’incompréhensibles. Ainsi, les combos ont purement et simplement disparu de
Dynasty Warriors 6 ! Grâce au nouveau système "Renbu", votre officier réalisera un enchaînement de coups avec un seul bouton. Tant que son arme rencontrera un bout d’adversaire, il pourra continuer sur sa lancée, son coup puissant ne servant qu’à faire tomber la garde d’un ennemi un peu moins docile. Je vous laisse imaginer quelles conséquences cela peut avoir pour la variété des combats et leur renouvellement.
Halte à la discrimination !
En outre, la dimension historique n’est plus aussi appuyée qu’auparavant alors qu’elle constituait certainement la plus grande force de DW. Traditionnellement, les scénarios du mode Musou s’inspirent des écrits des Trois Royaumes puis s’en éloignent un peu pour enjoliver la participation du héros incarné, mais ce n’est pas vraiment là qu’est le problème. Là où le bât blesse, c’est que des moments forts sont traités de manière complètement anodine. Mis en images avec le moteur du jeu, le pacte entre les grands guerriers du Shu n’a ici plus aucune ampleur, plus rien de solennel. Pire, si le jeu rassemble 41 persos jouables, les exploits de 17 d’entre eux seulement nous sont rapportés en mode Musou : 5 par royaume auxquels s’ajoutent Diao Chan et… Lu Bu (c’est toujours ça de pris). En revanche pas de scénario pour Ma Chao, Zhang He, Cao Pi, Sun Ce ni même pour Sun Quan. Une sélection très incomplète qui suscite déjà de nombreux débats dans les forums…
Les saccades contre-attaquent
A ces deux gros travers, s’ajoutent quelques problèmes de lisibilité imputables soit au manque de souplesse de la caméra soit au nombre trop important de soldats. Lors des assauts finaux sur la dernière place forte ennemie, tout ce qu’il reste d’officiers se donne généralement rendez-vous sur le même mètre carré. Seuls moyens de les distinguer, leurs noms au dessus de leur tête qui se superposent joyeusement, disparaissent puis réapparaissent dans un amalgame de soldats des deux camps. Vous n’aurez alors qu’une seule hâte, terrasser manu militari le général en chef pour en finir au plus vite. Sans compter que tout cela s’accompagne en général de gros ralentissements bien carabinés.
Le relief à la rescousse
La balance aurait même pu être franchement négative si les développeurs ne s’étaient pas décarcassés pour apporter relief et variété à leurs champs de bataille. Dans
Dynasty Warriors 6, les montagnes se gravissent lacet après lacet, restituant bien mieux qu’auparavant la sensation d’ascension. Notre avatar est également moins désemparé face à son environnement : il peut traverser les lacs et cours d’eau en nageant, mais aussi monter aux échelles et interagir plus largement avec les décors en détruisant les portes des bastions et les balistes ennemies, par exemple, ou en préparant le terrain aux catapultes en phase de siège.

Cette sixième mouture se révèle donc bien moins catastrophique qu’il n’y parait à première vue, néanmoins la pilule sera quand même dure à avaler par les fans. La disparition des combos ne peut en aucune manière être considérée comme une bonne nouvelle. Le nombre de persos jouables en mode Story (divisé par 3) constitue lui aussi une indéniable rétrogradation. Mais la palme des regrets revient sans aucun doute à l’absence de mode online alors que les nouvelles plateformes se prêteraient à merveille à des rencontres musclées réunissant les nombreux adeptes de la licence ! A quand un
Dynasty Warriors 6 Online donc ? Mais pas avec le même gameplay, où il risque de rallier peu de joueurs à son étendard.
Tel quel,
Dynasty Warriors 6 donne surtout envie de rejouer à
Dynasty Warriors 5 et ça, bien sûr, ce n’est pas très bon signe…