Gran Turismo 5 Prologue est finalement dans les bacs… A force d’attendre cette arlésienne, on commençait à désespérer ! Enfin, surtout les possesseurs de PS3… Car Gran Turismo n’est pas un jeu comme les autres pour Sony. Non seulement cette série fait parti des licences historiques associées à la firme nipponne mais il s’agit également (avec peut-être
Metal Gear Solid) d’un des derniers fleurons ludiques exclusifs à la marque. Suite à la sortie sur une plate-forme concurrente de
Devil May Cry 4 ou prochainement de
GTA IV, Gran Turismo fait désormais office de dernier bastion et constitue donc un produit d’appel à même d’attirer tout acheteur encore hésitant sur sa future console.

Le problème est que ce
Gran Turismo 5 Prologue est un jeu achevé qui ne l’est pas réellement, une sorte de super "Beta" vendue tout de même aux alentours de 40 euros et chargée de faire patienter les pilotes en herbe jusqu’à la sortie du "vrai"
Gran Turismo 5 qui sera probablement facturé au prix fort (et dont la date de sortie est par ailleurs assez floue…). Soyons clairs, et avant de se pencher sur les qualités intrinsèques du soft, l’addition est tout de même salée pour un jeu qui ne propose qu’un contenu limité, en particulier en nombre de circuits puisque 6 tracés seulement sont proposés, le double si l’on inclut les "reverse". Qui a dit léger ? Niveau bolides, le bilan est un peu plus reluisant si l’on jette un coup d’œil dans le garage puisque plus de 70 modèles, dont certains inédits, pourront être acquis à la force du volant. On remarque avec plaisir que les Ferrari sont enfin de la partie ; il sera donc possible de frimer sur les petites bombes au cheval cabré.
Bon, faisons fi de ces considérations bassement comptables : on est tout de même impatient de tâter du paddle afin de savoir si oui ou non, cette licence mythique va de nouveau rafler la première marche du podium en matière de simulation automobile. Pour répondre à cette épineuse question, il convient de distinguer la réalisation au sens strict et le gameplay.

En ce qui concerne les graphismes,
Gran Turismo 5 Prologue met tout le monde d’accord au bout de trente secondes en s’affirmant d’emblée comme le plus beau jeu de caisses disponible. Bien entendu, les véhicules proposés sont modélisés à la perfection mais reconnaissons que depuis quelques temps, ceci n’est point l’apanage de Gran Turismo. Sur ce point spécifique un titre comme
Forza Motorsport 2 n’a franchement pas à pâlir de la comparaison. C’est surtout l’application des textures qui laisse pantois, que dis-je, béat d’admiration, même pour les joueurs blasés que nous sommes. Où donc les graphistes de
Polyphony Digital vont-ils chercher ce rendu métallisé ? L’asphalte des circuits bénéficie du même traitement ; l’effet global est franchement saisissant de réalisme. Evidemment, on profitera surtout de cette haute qualité lors des replays car, en condition de course, on choisira de préférence la vue "cockpit" qui procure des sensations encore jamais atteintes. Ce type de vue n’avait jamais réussi à être parfaitement jouable ! C’est désormais chose faite et de fort belle manière avec une visibilité "tip top" et une immersion optimale dans la course.

Les décors eux-mêmes en imposent par leur photoréalisme au prix, il est vrai, d’une certaine fixité. Ainsi, si les cimes enneigées de l’Eiger Nordwand vous donnent irrémédiablement envie de chausser vos skis, les spectateurs scotchés sur les bas-côtés ont par contre la souplesse de zombis tétraplégiques. Toujours au chapitre des points à améliorer, on peut encore déplorer un très sensible aliasing, phénomène malheureusement récurrent sur PlayStation et ceci depuis la première du nom. Faudrait quand même penser à régler ce problème qui fait tâche sur la "plus puissante console du marché".
En dehors de ces petites réserves,
Gran Turismo 5 Prologue laisse augurer d’un cinquième épisode définitif de toute beauté. Reste à savoir si la jouabilité est au diapason de la réalisation…

On est rapidement rassuré sur la qualité du soft en matière de pilotage : c’est toujours excellent ! Transferts de masse, gestion du freinage et des dérapages semblent avoir été calibrés à la perfection. Plus discutable en revanche est l’absence de réelles évolutions depuis l’opus précédent. Hormis un mode online par ailleurs assez restrictif, aucune des lacunes n’a été comblée, que ce soit la gestion des dégâts ou la prise en compte des conditions météo. Vous retrouverez également les collisions fantaisistes labellisées "fête foraine" à peine tempérées par des pénalités assez aléatoires dans leur distribution. On éprouve la désagréable impression que les développeurs, malgré leur indéniable talent, sont restés sourds aux revendications des joueurs. Cela n’enlève évidemment rien aux qualités du jeu mais on peut s’étonner de ces "oublis" au regard d’une concurrence qui n’est point avare en options et modes de jeu. Peut-être aurons-nous de divines surprises lors de la sortie de la version complète ? Ce serait franchement de bon aloi.

Mais pourquoi donc émettre quelques réserves puisque, vous autres joueurs, semblez avoir déjà plébiscité cette mise-en-bouche. Depuis la sortie de
Gran Turismo 5 Prologue, les ventes des PS3 en France ont augmenté de 80%, le genre de chiffre à faire baver n’importe quel agent de marketing. Au final, le monde du jeu vidéo est encore plein de surprises puisque Sony vient d’inventer un tout nouveau concept : la démo best-seller. Sont vraiment trop forts !