Paré à débarquer depuis fin 2007 mais repoussé de six bons mois pour d'étranges raisons budgétaires,
Haze se sera longtemps fait désirer, aiguisant les appétits des nombreux amateurs de frag. Annoncé comme un "Halo-killer", cette exclusivité PS3 se paie le luxe d’afficher la signature des p’tits gars de
Free Radical (les concepteurs de la licence
Time Splitters, pour les cancres du fond de la classe). Avec une pareille carte de visite et les annonces particulièrement alléchantes de ses concepteurs, inutile de préciser que le soft était tout particulièrement attendu au tournant. Alors dérapage contrôlé ou tête à queue ?
Nectarland
Tel un roman d’anticipation,
Haze nous catapulte en 2048, dans un monde dominé par les grandes corporations industrialo-financières. Sorte de conglomérat collectionnant les domaines d’activité,
Mantel Corporation est la plus influente d’entre elles. Mantel contrôle tout : des télécommunications au génie militaire en passant par l’industrie pharmaceutique. La firme excelle plus spécialement dans ce dernier domaine grâce à son produit phare : le Nectar, un puissant stupéfiant qui augmente l’acuité visuelle, la rapidité des déplacements, les réflexes et la résistance aux dommages corporels. Vous l’aurez compris, Mantel l’utilise pour alimenter sa propre armée privée afin d’intervenir dans tous les coins du globe et c’est cette armée que vous allez précisément intégrer pour contrer un groupe de méchants guérilleros implanté en Amérique du Sud. Afin de ne pas spoiler notre bien-aimé lecteur, nous ne rentrerons pas plus dans les détails mais sachez que la campagne vous amènera aussi à côtoyer l’autre camp (ce qui n’est plus un secret depuis longtemps) et qu’elle vous réserve d'autres surprises jusqu’à l’écran final.

En tant que guerrier au service de Mantel, vous voilà donc bardé d’une armure ultra perfectionnée qui présente surtout l’avantage de posséder un injecteur de Nectar intégré. Au cours des combats, vous pouvez donc, dans la limite du stock disponible, vous faire une petite piquouse avec le précieux médoc. Les effets sont immédiats mais éphémères : vous pouvez alors vous déplacer à une vitesse stupéfiante, les ennemis vous apparaissent plus distinctement et vous êtes moins sensible aux impacts de balle. Une véritable aubaine pour dessouder du rebelle, mais attention à bien espacer les prises de Nectar sous peine d’overdose, synonyme de mouvements incontrôlables et de perte du sens des réalités. Une armée de junkies, ça fait quand même mauvais genre… Force est de reconnaître que, même si le gameplay reste globalement celui d’un FPS classique, cette idée du Nectar souffle un petit vent de fraîcheur des plus agréables.
Guerilla me voilà
A peine familiarisé avec l’utilisation du Nectar, vous voilà contraint de passer dans l’autre camp, obligé donc d’abandonner la précieuse substance. Qui dit autre camp dit aussi nouvelles caractéristique pour votre soldat : vous avez à présent la possibilité de désarmer un adversaire, d’effectuer des roulades, de simuler la mort (le temps de récupérer) ou encore de créer des grenades au Nectar. Belle trouvaille que ces dernières ! Elles provoquent tout bonnement une overdose collective dans les rangs ennemis en créant le nuage de Nectar suffisant pour rendre fous les soldats pris dans la déflagration. Quelle jouissance de les voir alors tirer dans les tous les sens jusqu’à autodestruction…

L’action vous mènera ainsi de la jungle luxuriante jusqu'à un vieux village, en passant par une usine désaffectée ou encore une forteresse mobile. Les joueurs qui aiment le dépaysement seront comblés même si les décors semblent souvent un peu vides et peu soignés. Heureusement l’architecture des niveaux est, elle, plus fignolée mêlant habilement couloirs oppressants et espaces plus ouverts.
Que vous agissiez dans un camp ou dans l’autre, les bots qui vous accompagnent sont plutôt efficaces et même carrément surprenants en plein cœur de l’action. Ils sont d’ailleurs d’autant plus performants que l’IA ennemie connaît, elle, quelques déficiences. Mais bon, c’est aussi le lot de la plupart des FPS du marché.

Nous voilà donc face à un FPS classique mâtiné de quelques bonnes idées. On retiendra notamment les phases en véhicule ou en hélicoptère qui parviennent à égayer sensiblement le gameplay ainsi que certaines séquences qui devraient rester longtemps dans les mémoires, à l’instar de la phase sur la forteresse mobile, propre aux montées d’adrénaline. Les amateurs d’action nerveuse apprécieront. D’ailleurs, ils sont déjà nombreux à s’être donné rendez-vous en ligne où les modes multi rencontrent un certain succès. En effet, malgré là encore des modes de jeu très conventionnels, les serveurs de Haze sont à l’heure actuelle assez bien fréquentés.

Malheureusement de nombreux défauts fragilisent ce bel édifice de manière ostensible. Si la campagne offre quelques passages bien nerveux, ils se ressentent et s’apprécient essentiellement parce que le reste de l’action souffre d’un rythme un peu trop pépère. L’arsenal proposé se révèle aussi un peu léger : quelques fusils mitrailleurs, un fusil à pompe, un lance-roquette et c'est tout ! Pour ne rien arranger, la campagne se montre assez peu endurante (comptez à peu près 6 heures pour finir le jeu), sans compter les nombreux bugs de collision qu’il aura fallu se coltiner. Bien sûr, il est toujours possible de passer outre tout ces petits et gros détails mais ce qui est sans doute plus dommageable, c’est cette impression de gâchis, cette frustration ressentie au regard de toutes ces bonnes idées qui auraient mérité d’être mieux exploitées.
Décidément, depuis la petite perle
Call of Duty 4, il est bien difficile de mettre la main sur un bon FPS. Après
Army of Two (trop bourrin et prétentieux),
Conflict Denied Ops (trop mou) et
Turning Point Fall of Liberty (no comment),
Haze déçoit à son tour, surtout par rapport à ses ambitions. Seule son ambiance "anticipation" pourra éventuellement le sauver aux yeux des joueurs lassés des terroristes et des soldats du troisième Reich.