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De merovingien le 15 Juin 2005 à 00:52 667 avis postés | Inscrit depuis 1654 jours
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curieuse cohincidence que cet article paraisse pile au moment où j'écrivai ma propre critique du film! (en fait, c'est un hasard pur : je l'ai faite parce que je viens d'acheter le 2)
Il est des films d’animation japonais qui sont mondialement reconnus comme étant des classiques incontournables. L’ Akira de Katsuhiro Otomo, les œuvres de Miyazaki… Ghost in the Shell est de ceux-là. Pour beaucoup, il évoque un manga, pour d’autre une révolution visuelle, pour d’autre un jeu vidéo, un film, des films, une série télé, une œuvre philosophique… Finalement, si le métrage bénéficie d’une telle aura, c’est justement parce qu’il est tout ça à la fois. Un film d’une immense richesse qui s’est mué en un vrai phénomène.
A l’origine du film, on trouve un manga de Masamu Shirow intitulé Kokaku Kidootaï et publié pour la première fois en 1991 dans la revue « Young Magazine ». Très populaire grâce à sa thématique en avance sur son temps, son univers sexy et son humour, l’œuvre ne tarde pas à intéresser Mamoru Oshii qui y retrouve là certains de ses thèmes de prédilection abordé dans Patlabor. Néanmoins, le film s’affranchis du modèle de papier pour voguer vers sa propre histoire et son propre ton. L’humour s’efface au profit d’un ton solennel et ténébreux, le rythme se fait presque contemplatif…
Il faut dire que Oshii a une approche très ésotérique du cinéma et ne peut s’empêcher de caviarder son intrigue de questions existentialistes afin de retirer de son film une dimension mystique plus ou moins brumeuse et qui reste la grande raison de son incroyable pouvoir de fascination. Pourtant, le scénario n’est au départ pas bien compliqué : l’unité Section 9 est sur les traces du Puppet Master, pirate informatique capable de pirater les données du cerveaux. Ce qui est plus complexe en revanche, c’est bien l’univers mis en place ici : on y croise des cyborgs dotés d’un « ghost », des humains au cerveaux pouvant être branché sur réseaux… Dès le premier plan, Oshii assimile le Tokyo de 2029 à un vaste réseau d’ordinateur dans laquelle les humains ne sont jamais que des flux de données. Ainsi, à des codes de chiffres verts se superposera un plan large de la ville en fondu enchaîné. De nombreux rappels dans le film viendront renforcer cette vision du monde comme un cyber-espace : les communications par « télépathie » en branchant sa nuque à un réseau, les écrans de contrôle verts symbolisant le décor par des formes géométrique… Et puis il y a la dernière phrase prononcée : « le Net est si vaste ».
Mais cet univers complexe qui est sans doute le seul défaut du film (quiconque ne connaît rien à cet univers sera perdu et se sentira un peu exclu) ne sert pas à faire dans le high-tech ultra moderne. Il ne sert jamais que de support à une réflexion sur notre monde et sur l’avenir de notre espèce. En effet, dans le futur dépeint ici, le corps humain n’est jamais qu’une enveloppe (le «shell » du titre, signifiant la carcasse en anglais) abritant un « ghost » pouvant être assimilé à l’âme. Le corps peut donc être parfaitement synthétique mais l’âme aussi en un sens puisqu’elle peut être pirater. Le film parle bel et bien de la naissance d’une nouvelle humanité, de la succession de l’être humain, tellement investit dans les nouvelles technologie qu’il ne devient lui-même qu’une machine humaine, presque un surhomme en quelque sorte. Le symbole de cette ère nouvelle n’est autre que le personnage principal de Mokoto, femme dont nous découvrons la naissance dans un générique d’une effarante beauté, sur une musique de Kenji Kawai très féminisée. A cette poésie pure suivra un réveil au matin d’une terrifiante banalité (voir le plan fixe où Mokoto se lève, quitte le champ puis reviens quelques instants plus tard). Il n’y a aucune transition entre la naissance et le stade adulte. Par conséquent, Mokoto ne cesse de réfléchir à ce qu’elle est. Une partie d’elle est humaine (sont corps possède des gènes humains) mais son corps ne lui appartient pas : il appartient au système qui l’a crée. Ce système, c’est bien sûr la Section 9 chargée de la Sécurité de la ville. Le plan précédent le générique montre bien que Mokoto est une création destiné à la ville et qui trouve son essence même dans ce qu’est la ville (un vaste réseau de cyber espace palpable). Ainsi, après avoir effectué sa première mission, elle disparaît progressivement, se fondant dans le décor même. Un autre plan la montrera brandissant son arme devant des gratte-ciel se chargera de souligner délicatement sa fonction (elle est soumise au système car surplombée du décor, même si la contre-plongée insiste dans le même temps sur sa supériorité par rapport aux êtres normaux.
Mais si Mokoto a une fonction, n’est-elle que ça ? Bien sûr que non, et de nombreuses séquences viendront rappeler qu’elle est bien plus qu’un cyborg. Lors d’une plongée sous l’eau évoquant sa naissance (quelques cadrages similaires), notre héroïne cherche à sombrer dans l’oubli puis à renaître, affranchie de sa simple fonction. Elle a déjà atteint un premier degré de conscience, preuve qu’elle est bien plus qu’une machine mais bien une machine qui pense, soit le premier pas vers l’humanité. En remontant à la surface, la lumière la renvoie à la fois à sa renaissance mais aussi à la vision qu’elle a d’elle-même : est-elle un simple reflet de l’humain ? Ainsi, à l’instant de surgir de l’eau, elle se regarde dans son reflet en apparence humain avant de se fondre dedans (elle aimerait l’être totalement). Un peu après dans le film, Mokoto se baladera dans Tokyo, sans aucun dialogue. La musique prend le pas sur les mots pour véhiculer les idées : Mokoto devient un être mélancolique dans une cité d’échange où ma vraie vie à disparu (l’avion qui cache le Soleil : tout un symbole !). Elle passe ainsi devant un basset (qui revient à plusieurs reprises dans le métrage, notamment dans des publicités) qui a un regard triste, abattu, comme s’il fixait la mélancolie de Mokoto et la partageait. Cette figure du basset renvoie chez Mamoru Oshii au mal de vivre de nos sociétés, à la solitude qui habite les individus censé se rapprocher avec les nouvelles technologies alors qu’au contraire elles les éloignent. La traversé de la ville s’achève sur un plan tétanisant sur des mannequins. Et si Mokoto était elle-même un simple pantin animé ? Finalement, ce qui la marginalise tellement, c’est bien le fait qu’elle n’appartient à aucune catégorie.
La réponse au mal être de Mokoto viendra par l’intrigue principale du film : le Puppet Master, celui qui cause bien des soucis à la Section 9. Par une sorte de bug géant né des flux d’informations, le Puppet Master à acquis une autonomie et une nouvelle forme de conscience (il n’a pas été crée par l’homme). Mais il ne peut pas se reproduire, n’a pas d’enveloppe qui lui est propre. Ce n’est qu’en cherchant à fusionner avec Mokoto (qui, elle est un vrai corps) que pourra naître une nouvelle forme d’être humain, avec une enveloppe en partie humaine et un vrai esprit. De la mécanique et de l’informatique a finit par naître un humain de synthèse identique aux vrais. Cette naissance prendra la forme d’un enfant contemplant le vaste monde qui s’étend. Une nouvelle ère commence. Il est par ailleurs important de noter que le Puppet Master qui est avant tout une « âme », apparaîtra sous la forme d’une figure christique : crucifié et surplombé d’une auréole bleue.
Le final de Ghost in the Shell et son ouverture sur une nouvelle humanité pose en fait des questions profondément philosophique, dont la plus fondamentale de toute est : « qu’est-ce que l’être humain ? ». Suffit-il de penser pour être humain ? Le comportement d’autodéfense du tank, au look évoquant irrémédiablement un insecte, suffit-il à en faire un être conscient ? Ou bien s’agit-il uniquement d’un symbole destiné à insister sur le fait que l’être humain n’est pas nécessairement un corps fait de chair. En effet, dans cette séquence de destruction, le tank va détruire dans un musée une fresque représentant l’évolution de l’espèce, comme s’il entérinait cette simple notion d’espèce ainsi que les valeurs de transmissions. La conscience des êtres serait universelle ? Ne nous pousse-t-on pas après tout pendant tout le film à suivre les aventures de machines et à nous attacher à elles et à leur doute, tout en se jouant de nos perceptions des choses (Mokoto et le Puppet Master étant représentés par des figures féminines nues et élégantes) ?
Cette étonnante profondeur font de Ghost in the Shell un film fascinant, d’autant plus troublant qu’il est visuellement enchanteur. Peut-on pour autant parler de chef d’œuvre absolu ? Et bien comme pour Akira, il faut bien reconnaître que non, le film échouant de très peu à s’imposer comme un film définitif. En effet, pour un novice, le récit paraîtra particulièrement embrouillé et les concepts et bases de l’univers spécialement étranges (quoique ceux qui verront Matrix avant Ghost in the Shell cerneront beaucoup mieux le dessin animé tant la trilogie culte a pioché sans vergogne dans l’œuvre de Mamoru Oshii). Il y a surtout un sentiment d’inachevée qui découle principalement d’enjeux annexes survolés alors même qu’ils devaient enrichir la thématique (on pense entre autre à toute la sous-intrigue concernant la Section 6) et une sous exploitation de certains personnages disparaissant aussi vite qu’ils apparaissent.
Quoiqu’il en soit, Ghost in the Shell demeure un de ces films d’anticipation à l’impact aussi fort qu’un Blade Runner, avec une réalisation en état de grâce (décor, musique, cadrage). On ira peut être pas jusqu’à dire qu’il s’agit du film du siècle mais on ne peut que s’accorder sur les propos de James Cameron parlant ici d’œuvre visionnaire... De la japanimation de très haute qualité qui aura bien du mal à être également… A moins que la fausse suite, Ghost in the Shell 2 : Innocence n’y parvienne… (wahou ! matez un peu le cliffangher de ouf, genre « ne ratez pas la critique du 2 bientôt !!! »), c’est pas beau ça ??? Non ? Bon ok, je sors…).
NOTE : 8/10
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