De merovingien le 15 Juin 2005 à 17:19
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BATMAN FOREVER
BATMAN FOREVER
Le début de la Fin. La claque absolue infligée par Batman Returns aux pontes de la Warner ne pouvait pas être sans conséquence ! Ils investissent dans un divertissement familial, ils se retrouvent avec un film d'horreur masochiste ! Pas question qu'un tel revers se produise sur l'épisode suivant (surtout que le 2 a quand même rapporté suffisamment d'argent, même si moins que prévu...) ! Burton a déclaré forfait après la pression intense et les tollés qu'il a reçus, mais décide de rester producteur (hélas trop occupé sur un autre film, il ne contrôla pas du tout le tournage). Un nouveau réalisateur est engagé. C'est Joel Schumacher et vous n'êtes pas prêt d'oublier son nom...
Pas question de persévérer dans la noirceur des films de Burton ! La Warner a tout un stock de produits dérivés à vendre donc il est hors de question de faire fuir les mioches. Batman Forever sera donc ciblé mouflets. Pour cela, pas de problème. On fait glisser le scénario vers une simplification de la bd, avec des méchants très méchants et des gentils très gentil. Et puis surtout, on évite l'éclairage nocturne en mettant plus de lumière (genre « ça fait plus comics book, vous voyez ? »). Les séquences intimistes se voient enfin considérablement réduites au profit des scènes d'action permettant de lancer une série de jouets pour les kids. Des kids par ailleurs clairement privilégiés, avec private jokes à tout va et surtout, l'arrivée de Robin (que Burton avait refusé sur le 2), idole des d'jeuns qui se rebellent contre la société et tout ça...
Bon, commençons par le positif de l'affaire (si si, il y en a). Même si l'approche de Schumacher laisse à désirer, particulièrement dans ses délires fluo qui font penser à la série des années 60 mais sous acide, il y a dans Gotham un look vraiment surprenant. Loin de l'ambiance film new-yorkaise et films noirs des deux premiers opus, la ville a muté en une espèce de mégalopole où les buildings poussent les uns sur les autres, avec des routes suspendus entre les bâtiments... On évitera de se demander ce que vient foutre là Statue de la Liberté (du moins son clone) pour apprécier certains décors évoquant furieusement l'hallucinogène Burton, à commencer par le repère du Sphink, sorte de sablier tournant et verdâtre vers lequel converge des brumes de pensée humaines.. Splendide... Ensuite, il y a quand même le casting, toujours 4 étoiles : Jim Carrey, alors en pleine ascension, Tommy Lee Jones en détraqué, une Nicole Kidman pour émoustiller les garçons, un Chris O'Donnell pour faire mouiller les filles (mais aussi les garçons)... Seul Val Kilmer rame à s'imposer, n'égalant pas Michael Keaton dans les expressions figées pleine d'intériorité (Keaton a refusé de revenir pour divergences artistiques avec le réal).
D'un autre côté, Val Kilmer a ente les mains un script assez naze qui ne lui permet pas spécialement de montrer l'étendu de son talent (quid de l'amitié passée entre Bruce et Double-Face ?). Et quand il y a de bonnes scènes, elles sautent au montage. En effet, il reste dans le montage actuel des indices sur l'orientation initiale du projet. Un peu comme s'il s'agissait de la conclusion d'une trilogie. Après un Batman marquant le héros comme hanté par son trauma et vengeant l'assassin de ses parents, après Batman Returns qui insistait sur sa quête d'amour afin d'oublier qui il est, Batman Forever tente d'exorciser une bonne fois pour toute les cauchemars de son héros en le guidant vers un apaisement intérieur. Bien qu'il eu tué le Joker, Waynes était toujours aussi assoiffé de vengeance, devenant par la même occasion une sorte de monstre. Ici, il va aux bouts de ses souvenirs pour détruire ce qui la conduit à sa statut de Dark Night. En cela, la présence de Robin et de son destin similaire est plus que judicieuse, Robin devenant le référent jeune de Batman. De même, la nana du jour est une psy destinée à aider Bruce à confier ses états d'âme. Une preuve flagrante que le scénario avait, au départ de bonnes bases solides. A cela s'ajoute la connaissance d'un montage original sensiblement plus long que celui projeté en salle (on parle de 30 minutes de plus, la version dvd devant certainement contenir le director's cut, même si cela ne devrait pas tout changer -remember la director's cut de Daredevil). Dans ce montage, le film débutait par l'évasion de Double Face de la Prison de Gotham (l'intro actuelle intervenant bien plus tard), le journal intime du père de Bruce contenait certaines phrases qui hantaient Bruce et expliquant mieux le sentiment de culpabilité de l'homme... Il y avait également une amnésie de Waynes après son agression dans le manoir, à la suite de quoi Bruce découvrait enfin la dernière phrase du journal intime le délivrant du poids de la culpabilité... Bref, même si en l'état, Batman Forever est un film commercial pur, des indices, nombreux, ne laisse aucun doute sur les ambitions de départ du projet.
Mais les ambitions ne font pas un film et qu'importe que les scènes coupées améliorent le film en lui rendant une certaine densité : les défauts sont toujours là. Les freaks des films de Burton ont disparus au profit de malades mentaux qui deviennent plus des clowns que des monstres de foire. Tommy Lee Jones cabotine à mort et Jim Carrey, bien que parfois saisissant, demeure un excité comique alourdi par des bruitage idiot genre cartoon. Les trop plein de personnages empêche un développement suffisant de chacun (surtout quand l'action occupe la moitié du temps), défaut qui sera encore plus flagrant dans l'épisode suivant. La traditionnelle nana destinée à tomber amoureuse de Batman est une psy nymphomane qui se jette sur le justicier comme une dératée et les punchlines éparpillées un peu partout sont des modèles de beaufitude.
Plus embêtant, les scènes d'action se distinguent particulièrement par : 1/ leur intérêt relatif à la narration du film, 2/ leur mise en place et leurs enjeux idiots, 3/ les deux à la fois. Ainsi, le film débute sur un concept idiot : Double Face suspend une cuve au dessus de Gotham en enfermant un employé de banque et Batman. Cette cuve contient des casiers lâchant de l'acide... On se demandera bien le pourquoi de cette séquence ni pourquoi le big bad a inventé un truc aussi compliqué que crétin. On mégotera également à loisir sur l'intérêt des multiples attaques visant à éliminer Batman, particulièrement lorsque cela n'est prétexte qu'à une idée crétine : faire rouler la Batmobile sur les murs... Tout ici est trop exagéré dans le film : le jeu des comédiens, les décors, les scènes d'action... Batman saute d'un immeuble de 50 étages, la Batcave contient une section secrète avec bien entendu un véhicule aérien et un aquatique qui ne servent à rien sinon à vendre plus de jouets... Le tout mis en scène avec des angles de caméra de travers assez atroces...
Plus amusant, et c'est en cela que le film est le plus « intéressant », Batman Forever porte la patte de Schumacher dans la présence d'allusions homosexuelles à peine voilée faisant souvent rire. Batman devient une icône gay avec son éclairage kitsch de boîte de nuit, ses tétons ajoutés sur l'armure du Dark Night, le gros plan sur le postérieur en latex ou bien les mimiques du Sphinx. La palme étant décrochée par le lien qu'entretient Bruce avec le jeune Robin. En plus de faire du jeunot un minet sexy avec une boucle d'oreille, Waynes le convint de rester en l'amenant voir ses motos et à la fin, ils s'en vont main dans la main, Kidman restant en plan...
Batman Forever est donc un blockbuster raté car trop excessif et partant dans tous les sens (le suivant aura au moins le mérite d'aller au bout de sa connerie). Trop familial, trop commercial, trop fluo et surtout trop con par rapport avec l'idée de base, ce troisième opus marque la dégénérescence d'une série mise entre de mauvaise main faisant abstraction de l'orientation de Miller et de Cane pour renouer avec une version moderne du show des années 60. Pas de bol, le succès fut au rendez-vous, conduisant la saga vers son point de non retour : le débilo gay Batman et Robin.
NOTE : 3/10