De merovingien le 16 Juin 2005 à 11:48
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BATMAN BEGINS
Il y avait eu les Batman version Burton, gothique et rempli de monstres, les Batman de Schumacher (sans commentaires), il faut désormais compter sur la vision nouvelle de Christopher Nolan, réalisateur doué de Memento. Le 4ème épisode ayant fait le four que l’on connaît, la franchise a connu une longue période d’arrêt dont on se demandait bien comment elle pourrait s’en relever… DEBOUT BRAVE GENS !!!! Avec Batman Begins, la série prend un nouveau départ, remet les compteurs à zéro et se fait une jeunesse comme on en rêvait ! Le Dark Knight est de retour et ça fait un bien fou !!!!
Première satisfaction, et pas des moindres, le Batman de Nolan est de très loin le plus fidèle au modèle. En effet, à y regarder de prêt, le justicier n’avait jamais été porté à l’écran dans toute sa complexité (au cinéma du moins, les 3 séries animées étant de toute façon cultes). Chez Burton, c’était clairement les méchants qui avaient la vedette et chez Schumacher, c’était clairement les tétons en latex du Batcostume. Ici, en repartant aux origines même de la naissance du héros, le film devient non seulement un parcours initiatique mais permet également de coller de plus prêt au modèle de papier. La principale source d’inspiration est ici l’album culte de Frank Miller (encore lui), Batman : Year One où Bruce Waynes revient à Gotham pour la première fois depuis son enfance. On y retrouve la ville pourrie par le crime, la naissance de Batman et aussi les débuts de Gordon, destiné à devenir le fameux commissaire. Un Gordon par ailleurs bien plus proche de l’original que la version « petit gros » des précédents films. Toujours au rayon personnage, on appréciera l’arrivée d’Henri Ducard, mentor français apparu à la fin des années 80 dans la bd, ainsi que de Lucius Fox (années 70) qui permet d’expliquer d’où sortent tous les gadgets du Caped Crusader. L’approche « polar urbain » est également dans le ton du comic, loin du simple divertissement estival. Enfin, on pourra apprécier que la vérité soit rétablie sur la mort des parents de Bruce après que le premier film est attribué ce rôle au Joker. Bien sûr, on pourra toujours s’étonner de quelques entorses à la bd, comme par exemple Julie Madison, amie d’enfance de Waynes (qui fut fiancée au milliardaire chez Bob Kane) qui est ici rebaptisé mystérieusement Rachel Dawes. De même, on pourra toujours regretter le sort attribué à Ra’s Al Ghul qui, d’arabe dans la bd devient ici asiatique avant de se révéler n’être… qu’un leurre !
Mais ces curiosités n’entachent en rien la réussite profonde qui secoue tout le film de bout en bout. On peut dire un grand merci à David Goyer, fan boy devant l’éternel qui excuse en partie son foirage sur Blade Trinity en livrant son scénario le plus abouti, le plus dense et le plus profond. Le choix du principal monstre, l’Epouvantail, n’a rien d’innocent : ce psychopathe (un peu sous-exploité dans le film) joue sur les peurs profondes de l’être humain et en ce sens, il était le Nemesis idéal pour aborder la psyché de Batman. Car ce nouveau film ne parle que de ça : de la peur. La peur du noir, du monstre tapi, de la violence, de la mort… Bruce devra apprendre à maîtriser sa peur, à faire corps avec elle, comme dans cette séquence d’une toute beauté où des milliers de chauve-souris volent dans la grotte autour du héros statique. Mais malgré tout ses efforts, il ne peut tout à fait oublier ce qui l’habite, comme lors de cette rencontre avec Crane où ses souvenirs le brûleront au sens propre. La peur de la solitude (Bruce se sent totalement prisonnier du Manoir Waynes qui sera symboliquement détruit pour tout recommencer à zéro) le mèneront, comme un certains Anakin à transformer cette peur en colère et à jeter aux orties ses idéaux de la morale (la scène du procès, tétanisante, tout comme la conversation dans la voiture qui suivra). Mais là où Skywalker sombrera définitivement, Bruce parviendra à se relever, après la chute du début annonçant sa descente dans les ténèbres, en retrouvant les idéaux de son père et en assumant ses responsabilités vis-à-vis de sa société mais aussi de Gotham. A n’en pas douter, la profondeur psychologique du personnage est la plus fouillée de l’histoire des super héros au cinéma. Et ce scénario aussi dense que passionnant (qui au passage, est en grande partie pure invention, mais jamais trahison) se retrouve en plus sublimé par la mise en scène de Nolan qui se fera un plaisir de renforcer le film par des idées subtiles. On pense à ce moment où Waynes est socialement inexistant lorsqu’il aide à voler une caisse de marchandise venant de sa propre entreprise, où lors d’un entraînement où il disparaît au milieu de combattant cagoulés.
On pourra également apprécier la finesse avec laquelle Nolan met en avant les deux pères de substitution que sont Alfred et Henri, un du côté du Bien, un autre du côté du Mal. L’un apparaît dans l’ombre dès son arrivée dans le cellule au début, l’autre au contraire dans la lumière sécurisante du foyer. De la même manière, son héros costumé sera toujours représenté dans l’ombre (rendant visite à Gordon où s’adressant à Rachel), dans l’arrière plan de l’image, flou (sa rencontre avec l’Epouvantail), faisant corps avec la ville (figé comme une statue sur un toit) et pouvant surgir n’importe où. Ainsi, si Bruce est inexistant socialement, il essaiera de combler ce manque de relation dans un restaurant avant de découvrir que ce rapport aux autres peut être dangereux (les invités de la réception s’en allant pour révéler que le Mal est déjà là). Bruce est-il condamnait à n’être qu’une ombre comme son alter ego masqué ?
Mais le meilleur moyen pour Nolan de renvoyer à la dualité qui anime Batman, c’est dans l’esthétique générale du film, très naturaliste. Son Gotham est au carrefour de New-York, Sidney ou Tokyo. Dès le début du film, nous sommes dans une espèce de drame réaliste, avec une mort des parents du jeune Bruce choquante par sa brutalité (on entend des coups de feu mais tout est confus, comme si on ne comprenait pas immédiatement ce qui vient de se passer en un quart de seconde). L’orientation du projet tend donc vers un réalisme constant, que ce soit les coups reçus par le héros comme sa chute après sa fuite du commissariat. Ses armes et son costume son avant tout des projets militaires parfaitement crédibles (et la Batmobile est totalement justifiée ce qui n’était pas gagné), loin des BatGagdets d’autrefois. A noter toutefois que cette approche moins fantaisiste joue contre le film avec le design de la prison d’Arkham. Elle ne semble pas du tout peuplée de grands psychopathes et ressemble à la cellule d’Hannibal Lecter dans Le Sixième Sens de Michael Mann.
Mais cette véracité brute, Nolan n’hésitera heureusement pas à la faire voler en éclat dès lors qu’il s’agit de représenter les hallucinations des victimes de l’Epouvantail. Là, le film semble bifurquer vers le film d’horreur, hommage à George Romero à l’appuie. Gotham devient une ville névrotique où les peurs profondes de tous s’expriment (en cela, Batman a trouvé un point commun avec chaque habitant : la peur). La fumée étouffante et les visions cauchemardesques s’enchaînent pour livrer un tableau saisissant d’une Amérique post- 11 septembre gouvernée par des financiers peu scrupuleux, et dans l’attente d’un sauveur (la notion du méta-héros, exposée dans Spider-Man 2 retrouve ici une jolie mise en image avec Falcone crucifié sur un projecteur, projettant dans le ciel le fameux BatSignal).
Batman Begins est donc un film somme d’une étonnante richesse mais dont il convient néanmoins de pointer du doigts les rares carences. Carences rythmiques tout d’abord avec une durée peut être un poil excessive qui se fait surtout sentir de par la large place accordée à la narration plutôt qu’à l’action (ce qui, pour un blockbuster de 150 millions est vraiment surprenant). Carence au niveau de l’action justement. Si certains passages remportent le morceau facilement (la poursuite en voiture à rebours), tous les combats au corps à corps sont illisibles, surdécoupés et cadrés de trop près. Bref, en plus d’être extrêmement courtes, les scènes d’action sont incompréhensibles. Enfin, après une première moitié dépourvue de second degré pataud, des blagues surgissent d’un seul coup ici et là (le coup de Batman qui fait exploser une porte de l’asile pour s’enfuir en laissant en plan les détenus : j’ai toujours pas compris !) afin de rappeler maladroitement que nous sommes avant tout face à un divertissement.
Ces quelques bémols mis à part, Batman Begins s’impose sans peine comme une refondation du mythe dont il ne reste plus qu’à suivre l’envol, débarrassée de ses nécessités d’introduction. La scène finale, annonçant le Joker du deuxième volet, fait parcourir de grands frissons. Compte tenu des propos de David Goyer sur son idée d’une trilogie (le 3ème volet mettant en scène le procès du Joker, procès au cours duquel Harvey Dent deviendra Double-Face), il y a de quoi se réjouir en attendant de plonger encore plus profond dans les tourments d’un Dark Knight requinqué !
NOTE : 8/10