De L le 07 Janvier 2006 à 11:06
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erwan (toujours des spoilers)
Pas de souci, j'aime bien discuter d'un film juste après l'avoir vu, et comme ma femme a refusé de le voir (trop violent) j'étais tout seul sur ce coup :)
Pour la porte : le flingue est un Magnum ! Même sans regarder dans le judas, le simple fait de se trouver devant la porte implique d'être gravement blessé. Par contre en prenant ses précautions, en ouvrant la porte de côté comme si elle était piégée (ce qui est évident), on peut éviter la balle. Je continue de penser que ce piège respecte la logique Jigsaw, à peu près disons :)
Pour le four : on peut se dire que Jigsaw a voulu tuer Obi pour se débarrasser de lui après l'avoir utilisé. Ca tient mal comme explication, étant donné que Jigsaw se sait condamné et ne risque plus rien, mais bon...
Et puis de toute façon c'est depuis le tout-début de l'histoire que Jigsaw n'est pas "honnête", même dans sa propre logique : certaines de ses victimes n'ont strictement aucune chance de s'en sortir, d'autres sont avantagées : le piège des barbelés et le gars enduit de produit inflammable, c'était de pures exécutions, sadiques, lentes. Tandis que le piège d'Amanda dans Saw 1 était "relativement" indulgent : en coopérant elle ne se mutilait pas et en 15mn elle était libre. Ou alors Jigsaw cherchait déjà à trouver une relève ? Il lui a imposé une torture morale pour la faire basculer dans la folie ? Mais pourquoi vouloir se faire relever par une psychopathe alors que lui-même se veut sain d'esprit et juste ?. Il me semble bien, de même, que tout Saw 2 représente un piège dont la victime est destinée à crever atrocement, de manière inéluctable et sans rien voir venir. En fait Jigsaw est juste une ordure qui punit ou éduque selon son humeur, ou son intérêt, et a une très haute opinion de lui-même, de son intelligence. Le scénar est écrit pour en faire, sans ambiguité, un tueur en série. Seven était également écrit dans ce sens (Fincher l'avait précisé dans plusieurs interviews) : la "morale" des meurtres et le discours de John Doe n'étaient là que pour intensifier le récit et rendre le tueur effrayant, en aucun cas pour lui donner raison.
Revenons à Saw 1 et 2 : il y a d'autres trucs qui clochent, en plus des détails que tu soulèves à juste titre :
- Les toilettes de Saw 1 ne cadrent pas avec l'architecture de la bâtisse où on découvre, dans Saw 2, qu'elles se trouvent (d'ailleurs elles ne cadrent avec aucun type de bâtiment, je trouve)
- Le fait que Jigsaw connaît le jour et l'heure de sa mort et ne se trompe pas (n'importe quoi, ça ! ou alors il s'est suicidé pendant que le flic entrait dans la maison ?)
- Le fait qu'il y ait toujours du courant dans tout un tas de bâtiments désaffectés.
- La tracabilité de Jigsaw impliquée par les quantités de matériel qu'il utilise (et abandonne).
- A la fin de Saw 2, quand le jeune et Amanda entrent dans les toilettes il devrait y avoir, sauf erreur de ma part, 4 cadavres (les deux victimes de Saw 1, l'interne de l'hôpital qui soignait Jigsaw, et Danny Glover). Je n'en ai vu que deux (mais ça allait très vite). Les cadavres aperçus ont l'air d'etre là depuis une éternité, plusieurs années au moins, ce qui ne concorde pas avec le temps qui reste à Jigsaw avant de mourir.
- Les victimes de Saw 2 font n'importe quoi et se montrent hystériques dès leur réveil, jamais elles n'essaient d'être constructives (à part un perso, mais il prêche dans le désert), j'ai rarement vu des crétins pareils. Des films comme Cube, The Descent, Delivrance ou L'expérience montrent une bien meilleure progression dans une situation similaire, avec des comportements logiques et/ou changeants, des surprises, un glissement subtil vers le chaos relationnel (ça part gentiment en testicule, quoi :) ). Peut-être qu'il aurait mieux valu que l'épreuve dure une journée entière dans le film, et pas de deux petites heures, ça aurait permis de mieux développer ces personnages là.
Ce que je me dis à l'issue de cette intéressante discussion, c'est que Leigh Wanell a écrit deux scénarios solides et que les problèmes résident dans la mise en scène (du 2, surtout). En mettant en place une certaine charte visuelle (tu as donné un bon exemple : certains meurtres ne sont là que pour faire apparaître la marionette - on peut aussi parler des accélérés qui avaient été imposés par la censure dans Saw 1 et que Saw 2 reprend bêtement pour assurer la continuité) et une progression dramatique immuable (montage de plus en plus rapide, crescendo dans le gore, des morts atroces qui interviennent régulièrement, des twists dans le dernier quart d'heure), James Wan et surtout Darren Bousman ont généré des problèmes de continuité qu'il vaut mieux essayer d'oublier pour apprécier ces deux très bons films. Saw 1 et 2 montrent que le cinéma de genre est un exercice dans lequel il est difficile de concilier une narration irréprochable et une gestion poussée du rythme et des sensations fortes.