De HellJohn le 12 Novembre 2006 à 23:547/10
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Absolument parfait...jusqu'au dénouement.
Adaptation du best-seller d’Harlan Coben (qui fait un caméo dans le film), "Ne le dis à personne", seconde réalisation de Guillaume Canet (soutenu ici par toute sa bande des Productions du Trésor), avait de quoi faire saliver, avec son casting prestigieux, son pitch intriguant et son affiche hommage aux polars des années 70. Et il s’avère que "Ne le dis à personne" est une réussite presque totale :
-Ambitieux aussi bien dans le fond que dans la forme. Canet est un réalisateur décidément très prometteur, ce que confirmait déjà le brillant "Mon Idole", géniale comédie barge qui virait dans sa dernière partie au thriller pesant et stressant.
-Une ambiance aussi oppressante que romanesque. On pense beaucoup aux grands polars américains (après tout, c’est adapté d’un roman américain, et l’histoire est transposée en France pour le film, dans un beau travail d’adaptation).
-Un casting royal (François Cluzet superbe et loin de ses rôles comiques, Marie-Josée Croze nue, François Berléand qui était déjà de "Mon Idole" et "Narco", Kristin Scott Thomas, Florence Thomassin, Gilles Lellouche qui retrouve Canet après "Mon Idole" et "Narco", l’acteur scénariste Philippe Lefebvre, l’excellent Olivier Marchal et Marina Hands, la magnifique Lady Chatterley du moment) intelligemment exploité (même les petits rôles comme Nathalie Baye, Jean Rochefort ou Guillaume Canet ont leur importance). Bémol pour l’apparition ridicule de Jalil Lespert en caillera grande gueule.
-Une bande-son magnifique, entre les quelques chansons merveilleusement bien exploitées (la belle séquence U2, l’introduction Jeff Buckley ou la scène avec la paisible Hands of Time, déjà entendue dans "Collateral") et la partition originale spontanée, expérimentale et tout en guitare électrique de M, qui devrait en rester à cet exercice, parce que quand il chante, personnellement, il m’énerve, (cf. sa chanson du générique de fin).
-Un rythme entraînant et palpitant, accentué par la bande-son et par une réalisation énergique, percutante, sophistiquée et inventive, comme le prouvent quelques séquences très tendues (une hallucinante course poursuite à pieds presque digne de celle de "Point Break" ou la séquence du rendez-vous dans le parc).
-Une intrigue tordue, cruelle, mais aussi émouvante et très prenante (on a vraiment la sensation de regarder un film en temps réel) pendant une heure et demi…
…et là intervient la raison du « presque », puisque le dénouement, censé nous « foutre sur le cul » (après l’heure et demi éreintante qu’on vient de passer, c’est au moins ce qu’on en attendait), s’étire en longueur dans les explications blabla (« En fait ça c’est passé comme ça… », « En fait c’était pas lui c’était moi ! », Etc.) avec des procédés bateau et éculés (flash-backs, mini-twists en série…). La vérité révélée tant attendue n’a rien de choquante, et sans doute le film de Canet aurait gagné à conserver une part de mystère plutôt que de tout dévoiler d’un seul coup. C’est bien dommage, car à un quart d’heure près (et même un peu plus, le film est un peu trop long en fait), c’était parfait. Un dénouement qui déçoit gâche un peu tout. Heureusement que la dernière séquence, d’une poésie et d’une beauté renversante, m’a presque tiré des larmes aux yeux…
On regrettera aussi quelques évènements trop hasardeux (Cluzet sauvé plusieurs fois par le personnage de Gilles Lellouche) et un récit de plus en plus confus (au bout d’un moment, on n’y comprend plus grand-chose, comme les personnages), ce qui n’empêche pas l’histoire d’être très crédible…
Malgré cette dernière partie poussive décevante (bien que la réalisation et l’interprétation y demeurent de qualité), "Ne le dis à personne" reste un pur suspense, nerveux, dense (trop), intense et d’une maîtrise impressionnante, surtout pour un deuxième film (à noter qu’avant Canet, c’est Michael Apted qui allait réaliser cette adaptation), mais c’est aussi un beau drame délicat et touchant sur le deuil, la certitude et l’espoir, porté par un François Cluzet qui trouve là le plus beau rôle de sa carrière. L’un des meilleurs thrillers français de ces dernières années (et qui met au tapis pas mal de thrillers US rien qu’en terme d’efficacité) est aussi une magnifique et poignante histoire d’amour.
7,5 / 10