De HellJohn le 14 Décembre 2006 à 01:118/10
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Tout simplement génial !
Voilà assurément le meilleur film d’animation de l’année, avec "Cars" (et, plus loin derrière, la bonne surprise "Monster House"). Mais "Happy Feet" n’est pas juste « sympa » comme la majorité des films d’animation US de cette année, et partage un point commun avec "Cars" : son intelligence. Non pas que "Nos voisins les hommes", "Les Rebelles de la forêt" & Cie soient des films cons, mais ils ont pour unique but de divertir les plus jeunes. "Happy Feet" va bien plus loin et n’est pas qu’un « film de pingouins » de plus (d’ailleurs le projet est bien antérieur à cette nouvelle mode).
Car malgré ce que laisse supposer les premières minutes, dansantes et déstabilisantes, il ne s’agit pas d’une comédie musicale. Oui, c’est rythmé, entraînant, funky, les références musicales abondent, les pingouins se mettent parfois à parler en chantant, ou juste à chanter, comme ça…mais "Happy Feet" prend sans cesse des directions inattendues. Le film de George Miller commence ainsi comme un récit d’initiation, dans une sorte de variation du Vilain Petit Canard (Mumble est rejeté parce qu’il ne sait pas chanter, mais il possède un don unique : c’est un pro des claquettes). C’est la partie qui contient le plus de chants, et aussi la partie la plus mignonne (les bébés manchots sont forcément craquants).
Mais voilà que "Happy Feet" prend le virage du pur film d’aventures (le jeune héros Mumble à la recherche de ces « extraterrestres », soit : les humains !), avec des séquences épiques qui donnent des frissons (le graphisme et la musique sont grandioses), pour finalement virer, dans une dernière partie surprenante et audacieuse (intervention d’acteurs réels dans l’animation), sur une réflexion écologique et humaine à travers une mise en abyme étonnante (le sommet étant la séquence édifiante dans le zoo puis celle ou les humains débarquent sur la banquise) voir vertigineuse. Miller traite de la marginalité, du droit à la différence, du fanatisme religieux…Le réalisateur de "Mad Max" aborde la musique comme un trait d’union universel entre les humains et les animaux, comme un langage que toutes les races peuvent comprendre. "Happy Feet" est l’un des rares films d’animation dont on pourrait analyser et disserter la toile de fond, parce qu’il possède une toile de fond riche et dense. C’est un film d’animation pour les enfants mais que seuls les adultes pourront vraiment comprendre. Ca c’est très fort.
Si l’on est jamais vraiment hilares (quoique les manchots latinos fêtards sont très drôles), on est constamment surpris et impressionné pendant une heure et 45 minutes (ce qui n’est pas rien, pour un film d’animation). Et graphiquement, c’est splendide, bien qu’à première vue ça ne semble pas l’être. Miller opte pour un rendu photoréaliste tout en conservant un certain coté toon dans les personnages. Les décors (étonnement variés) et l’animation (des animaux) sont hallucinants, les effets de lumière (la photo !) avec le soleil et les nuages sont à tomber, et jamais on a vu une telle gestion de l’eau. Miller exploite parfaitement l’outil de l’animation pour enchaîner les plans fous et inconcevables en live (on pense à Zemeckis et son "Le Pôle express" ou à "Monster House").
Fable écologique, plus ambitieuse qu’elle n’y parait et plus humaine qu’animale, "Happy Feet" est un dessin animé euphorique, ludique, épique (un Pôle Nord épique et magnifié, fallait le faire) et poétique d’une beauté soufflante et d’une étonnante profondeur, au point qu’il en devient vraiment touchant. Les doublages français (Clovis Cornillac, Marion Cotillard, Sophie Marceau, Kad Merad, Anthony Kavanagh et Marianne James, je n’ai franchement même pas fait attention à qui doublait qui, j’ai même pas reconnu les voix) sont corrects et la BO géniale (titres inédits, reprises, score intense de John Powell, à noter que la plupart des chansons en anglais n’ont pas été redoublées en français, ce qui est une bonne chose).