De HellJohn le 16 Décembre 2006 à 00:378/10
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Le dernier show de Robert Altman...
"The Last Show" porte bien son titre (français). Robert Altman nous plonge dans les coulisses d’une émission de radio qui fait aussi office de music-hall. Altman s’inspire d’un authentique et populaire show radiophonique, A Prairie home companion, crée en 1974 et animé par Garrison Keilor, scénariste et acteur de "The Last Show". Mais dans le film d’Altman, c’est la grande dernière pour cette émission, et l’on suit du début à la fin l’ultime show, aussi bien dans les coulisses que sur scène. Le cinéaste tient à l’authenticité de cet univers : en plus du fait que Keilor soit l’auteur du scénario, certains acteurs et figurants travaillent vraiment pour A Prairie home companion et tiennent leurs propres rôles (Garrison Keilor en animateur, ici nommé G.K.), certains personnages existent bel et bien (le duo formé par Woody Harrelson et John C. Reilly), d’autres sont inventés, et Altman a tenu à tourner dans les conditions du direct pour les numéros musicaux, conférant à son récit une impression de temps réel (en une seule nuit). On sent bien qu’il y a une grande part de liberté et d’improvisation dans "The Last Show", et c’en est parfois très drôle (l’impro pendant que la régisseuse cherche du ruban adhésif, les blagues nulles du duo précité, les mimiques toujours inimitables de Kevin Kline…).
Altman ne fait pas cette fois-ci dans le cynisme et laisse de coté sa charge anti-américaine qui a quelquefois fait fureur. "The Last Show" est un de ses films qui s’attachent à l’art du spectacle (il est assez proche de son méconnu "The Company" sur l’univers de la danse classique). Son film est nostalgique, tendre, d’un charme désuet entraînant et émouvant, hommage à la country-music (Altman est un adepte de cette musique si méprisée) et adieu à toute une époque qui semble aujourd’hui ringarde, éclipsée par le capitalisme. « Derrière cette vitre j’ai l’impression d’être au zoo », dira le personnage de Tommy Lee Jones, dit L’Exécuteur (celui qui rachète les lieux, donc celui qui tue l’émission), seule once de cynisme du film, tâche dans ce milieu, prit de pitié pour tout ces braves gens…pour tout cela, cet odieux personnage sera puni par un ange (Virginia Madsen) errant dans les coulisses, qui envoie l’Exécuteur à la mort (« Prenez le raccourci pour l’aéroport, celui avec de nombreux virages et des arbres partout… »). Plutôt radical, et même moralement douteux.
C’est un des défauts du dernier Altman : le personnage de Virginia Madsen, touche fantastique dans cet univers si authentique, est encombrant et sonne faux, d’autant plus que l’actrice en fait trop dans le mystère et le lyrisme. Il n’a pas vraiment sa place ici et instaure une certaine morale ambiguë qui consiste à éliminer ceux qui pensent modernité et qui se moquent bien du passé jusqu’à le mépriser (comme le personnage de Tommy Lee Jones, pourtant tout aussi humain que les autres, c’est juste qu’il a une mentalité et une éducation différente). Ne mettons pas cela sur le crédit d’Altman mais plutôt sur le dos du scénariste Garrison Keilor qui, dans le film, n’arrête pas de raconter ses vieilles histoires à qui veut l’entendre. Ce qui ne fait qu’encrer un peu plus l’émission dans une Amérique profonde, ce qui n’est sûrement pas volontaire de la part du cinéaste (on connaît ses positions politiques), qui s’est cependant souvent attaché aux marginaux et aux minorités.
On retrouve pourtant dans "The Last Show" tout l’art du réalisateur dans l’œuvre polyphonique (c’est le cas de le dire), à capter les détails (guettez les acteurs au second plan), les improvisations, en laissant tourner sa caméra dans une série de plans-séquences précis, lents et fluides. Dans "The Last Show", pas une fois la caméra n’est fixe. Elle est toujours en mouvement, aérienne, suivant les personnages par des travellings, se rapprochant d’eux, s’en éloignant…Altman refuse tout champs / contre champs et laisse balader sa caméra planante et fantomatique un peu partout dans ce huit clos chaleureux, un peu à l’image de l’ange qui ère dans les parages, témoin quasi invisible de tout ce quu s’y passe. Il y a un coté théâtre évident, ce qui n’empêche pas la mise en scène d’être brillante et envoûtante (dés le tout premier plan). La galerie de personnages atypiques et sincères est, encore une fois avec Altman, savoureuse et bien vue.
Avec sa belle troupe d’acteurs dont on retiendra particulièrement Kevin Kline dans son numéro habituel (le détective privé Guy Noir), Lindsay Lohan dans un joli contre-emploi (et elle y est encore plus mignonne que d’habitude), Garrison Keilor en vieux fossile de la radio (et il l’est dans la réalité) ou encore la radieuse Meryl Streep (beau duo avec Lily Tomlin), Robert Altman nous emmène dans un voyage agréable et émouvant, sans véritable intrigue si ce n’est celle de tenir le show jusqu’à la fin.
Plus troublant, "The Last Show" illustre la fin d’une époque, la mort d’un vieil artiste (le brave L.Q. Jones) et les apparition d’un ange de la Mort, alors qu’il s’agit du dernier film de Robert Altman, décédé à 81 ans. C’est un film sur le passé (les personnages n’arrêtent pas d’en parler) et sur la Mort, mais traité avec humour, dans le pur style d’Altman. On peut se demander si tous ces indices étaient conscients de la part du cinéaste voyant peut-être la mort venir (pour une question d’assurance, il avait nommé un réalisateur de réserve au cas ou il ne pourrait pas terminer le film, c’était d’ailleurs Paul Thomas Anderson). Car "The Last Show" fait office d’œuvre posthume, ce qui la rend encore plus attachante, mélancolique et nostalgique. Un film en forme d’adieux qui porte décidément bien son titre…
7,5 / 10