De HellJohn le 20 Janvier 2007 à 00:187/10
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Un vrai film de genre bien de chez nous, beaucoup plus audacieux qu'il n'en a l'air.
Après avoir situé son "Scène de crime" dans le milieu judiciaire et son "Agents secrets" dans le milieu des services secrets, Frédéric Schoendoerffer basse de l’autre coté de la loi avec "Truands". Malgré les critiques catastrophiques, ce troisième film du fils de Pierre Schoendoerffer (auquel Frédéric adresse un clin d’œil dans "Truands") risque bien de marquer durablement par son radicalisme.
Les intentions de Schoendoerffer étaient d’illustrer le milieu du grand banditisme de la façon la plus réaliste et violente possible, de montrer les gangsters sous leur vrai jour, de les démystifier…Oui mais voilà, ça a déjà été fait de nombreuses fois depuis longtemps, et par les plus grands (Scorsese, De Palma, Ferrara…). Le cinéaste enfonce des portes déjà ouvertes et son "Truands" n’est pas plus original qu’un autre. En fait, "Truands" sort avec dix ans (et encore) de retard. Mais Schoendoerffer, s’il n’invente pas le concept, le pousse dans ses derniers retranchements avec un néo-polar ultra violent, plus audacieux qu’il n’en a l’air. Il n’est pas bien difficile de comprendre pourquoi les journalistes ont autant détesté ce film.
Allons-y franco : Dans "Truands", toutes les femmes sont des salopes qui se trémoussent à poils (au passage, un petit rôle pour la hardeuse Oksana d’Harcourt) et sucent n’importe qui n’importe quand, les hommes sont des queutards macho qui traitent les femmes comme des colis, les prennent dans les chiottes, les violent ou les cognent, tous les personnages sont des ordures sans morale, sans foi ni loi. "Truands", c’est un enchaînement d’exécutions sanglantes, de gunfights froids et percutants, et de tortures sadiques et dégueulasses (sodomie avec une batte de baseball, arrachage des yeux à la petite cuillère, perceuse…), les dialogues sont d’une vulgarité impressionnante, certaines prestations d’acteurs sont outrancières (Caubère et Ludovic Schoendoerffer en tête)…On est là dans un vrai film de genre (qui porte bien son nom), mais un film de genre dont l’épuration et le réalisme finissent par déranger : aucune empathie avec les protagonistes, on se fout complètement du semblant d’intrigue, pas de suspense, pas vraiment d’histoire, pas de réflexion, pas de morale, pas de message, aucun point de vue, de gros clichés…"Truands" est un film de gangsters qui ne dit absolument rien et qui n’a même pas la prétention de divertir. La violence gratuite et complaisante (le cul ou le sang) qu’il déverse semble être une entité qui dirige les personnages. C’est en cela que "Truands" fait dans la provocation, il ne cherche même pas à plaire, il montre, c’est tout, même si ça ne sert pas le récit (la séquence ou Caubère se tape une femme dans les chiottes, limite si on se croit pas dans un film X). Pas étonnant dans ce cas que les critiques, ayant du se sentir agressées voir insultées (et je peux les comprendre), ont flingué le film sans sommations.
Schoendoerffer ne ménage donc pas le spectateur. Cette plongée dans l’univers froid, sans concessions et chaotique (l’utilisation de la violence brute et sèche en tant que seul moteur de l’intrigue et personnage central du film donne une parfaite illustration du chaos) du grand banditisme est détaillée, très documentée et réaliste. Le cinéaste aborde même discrètement quelques sujets de société, comme le trafic de prostituées, mais sans jamais s’y attarder.
Schoendoerffer a bien compris que ce n’est pas parce qu’on filme le réalisme comme un documentaire qu’il faut tourner en caméra DV à l’épaule. Le réalisateur prouve une fois de plus une maîtrise impressionnante pour filmer la violence de la façon la plus percutante possible. Les excès de violence n’en sont que plus marquants, comme le déjà fameux gunfight dans le parking (les déflagrations et impacts font mal) ou l’exécution finale (aucune pitié !). C’est bien cette efficacité technique qui rend l’ensemble dérangeant, puisqu’elle magnifie la violence tout en la crédibilisant. Le style de Schoendoerffer est à la fois réaliste et très cinématographique, âpre et spectaculaire.
Coté interprétation, c’est assez inégal. Le haut du panier, c’est Benoît Magimel, sobre et poseur, donc excellent, accompagné d’un Olivier Marchal (qui est décidément sur tous les bons coups) de la même trempe. Le pourtant très estimé Philippe Caubère, pour son grand retour, singe Nicholson (avec des mimiques à la De Niro, tout comme Magimel, d’ailleurs) comme un forcené, ce qui peut être aussi impressionnant que ridicule. Le petit frère du réalisateur, Ludovic Schoendoerffer, n’est pas très crédible non plus (un rouquin maigrichon en gangsters énervé). Quand à la Dalle, elle joue une salope comme une autre, personnage qui n’a guère d’importance au cours du récit (et qui n’est pas très présent). Tomer Sisley est, lui, plus convaincant en petite frappe sortie de prison. On se réjouit surtout du nombre de « gueules » dans les seconds et petits rôles.
"Truands", c’est de vrais gangsters qui se massacrent entre eux pendant presque deux heures, et c’est tout. Rien d’autre qu’un carnage réaliste, sommet de violence qui en déstabilisera plus d’un puisqu’elle a plus d’importance que tout autre chose dans le film. Malgré l’absence totale d’émotions, de sentiments, d’empathie et d’intérêt pour l’intrigue, on a là un déferlement d’adrénaline qui constitue finalement une bonne représentation du milieu criminel, et donc une bonne illustration du titre. Un pur film de genre bien de chez nous.